ÉPERVIER : Voici les scandales d'État qui vont conduire Ngoh Ngoh à Kondengui

Discussion Franche Entre Ngoh Ngoh Et Mvondo Ayolo 'L'homme le plus puissant du Cameroun est aussi le plus révocable'

Fri, 31 Jul 2026 Source: www.camerounweb.com

Durant les quinze années passées au secrétariat général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh a exercé une influence considérable sans mandat électif ni contrôle institutionnel. Plusieurs crises majeures sont survenues durant cette période. Son pouvoir repose uniquement sur la confiance de Paul Biya et il ne pourra survivre politiquement au départ de ce dernier, malgré les spéculations sur sa succession.

Depuis trois semaines, un seul nom occupe le débat public camerounais. Il est associé à un assassinat, à l'incendie d'une raffinerie, au blocage d'une guerre civile, au contrôle des frontières et jusqu'à une histoire d'alcôve. Rien de tout cela n'est prouvé. Rien n'a été démenti non plus.

Nous ne participerons pas à cette accumulation. Ce que nous proposons ici est autre chose, et de plus difficile à contester. Un bilan.

Non pas le bilan de ce qu'un homme aurait fait, ce que nul ne peut établir. Le bilan de ce que le pays a connu pendant qu'il occupait le poste. La différence est celle qui sépare une accusation d'un constat, et le constat suffit.

Le poste et sa réalité

Ferdinand Ngoh Ngoh est secrétaire général de la présidence de la République depuis le 9 décembre 2011. Il a été fait ministre d'État en janvier 2019, et il détient depuis février 2019 la délégation de signature du chef de l'État. Il préside le conseil d'administration de la Société nationale des hydrocarbures.

Ce poste n'est pas prévu par la Constitution comme un poste de gouvernement. Il n'appelle aucune élection, aucune investiture parlementaire, aucun compte à rendre. Son titulaire ne répond devant personne, sinon devant celui qui l'a nommé.

Or ce que la presse a documenté au fil des années décrit autre chose qu'un poste administratif. Jeune Afrique écrivait en mars 2025 que Paul Biya faisait campagne par procuration à travers son secrétaire général. En décembre 2025, le même journal rapportait qu'il obtenait les coudées franches pour la formation du gouvernement. Le 28 mai 2026, il établissait que les rapports du patron de la Direction générale de la recherche extérieure transitent exclusivement par lui avant d'atteindre le chef de l'État. Fin juillet 2026, il indiquait qu'il gère les affaires courantes à Yaoundé pendant l'absence du président et suit personnellement les deux enquêtes sensibles en cours.

Quinze ans. Une signature qui vaut celle du chef de l'État. Un filtre sur le renseignement. Une main sur les nominations. Aucun mandat.

Ce que le pays a connu pendant ces quinze ans

Nous n'imputons à cet homme aucun des dossiers qui suivent. Nous n'en avons ni les moyens ni le droit. Nous les alignons, avec leurs dates, et nous nous en tenons à ce que le pays peut constater en regardant.

En 2016 s'ouvre la crise du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Elle devait être réglée par le grand dialogue national de 2019. Dix ans après, elle dure.

En novembre 2018, la Confédération africaine de football retire au Cameroun l'organisation de la Coupe d'Afrique des Nations 2019, pour retard des infrastructures.

Le complexe sportif d'Olembé, attribué en décembre 2015 pour cent soixante-trois milliards de francs et suivi par une task force placée sous l'autorité du secrétaire général de la présidence, devait comprendre un stade de soixante mille places, une piscine olympique, un gymnase, un hôtel cinq étoiles, un centre commercial, un musée et un cinéma. Deux entreprises s'y sont succédé et ont rompu, l'italien Piccini en novembre 2019 sur instructions de la présidence, le canadien Magil en janvier 2023, et toutes deux poursuivent aujourd'hui l'État devant des juridictions arbitrales internationales. Il existe un stade, entouré de constructions inachevées, où huit personnes sont mortes dans une bousculade le 24 janvier 2022, et qui ne figure pas sur la liste des enceintes homologuées par la CAF pour la saison 2026-2027.

Le 31 mai 2019, l'unique raffinerie du pays brûle à Limbé. La police d'assurance avait expiré le 14 mai, les factures de renouvellement n'ont été transmises que le 23, et le paiement n'a été effectué que le 31, jour du sinistre. Sept ans après, la raffinerie ne raffine pas. Le redémarrage est espéré pour la fin de 2027.

En 2020 et 2021 éclatent les affaires liées aux fonds de riposte contre la pandémie, ce que le pays appelle le Covid-Gate. Les lignes budgétaires 94, 65 et 57 nourrissent la chronique des détournements présumés. Aucune décision définitive n'a été rendue.

Le 17 janvier 2023, le journaliste Martinez Zogo est enlevé devant une brigade de gendarmerie. Son corps est retrouvé cinq jours plus tard. Le procès dure depuis trois ans, dix-sept personnes comparaissent, et le verdict n'est pas rendu.

En avril 2026, la révision constitutionnelle crée un poste de vice-président nommé. Il n'est pas pourvu. Le 4 mai, un décret présidentiel acte la renationalisation d'Eneo, devenue la Socadel après le rachat des parts du fonds britannique Actis pour environ soixante-dix-huit milliards de francs. Les délestages continuent.

En juillet 2026, le navire-usine flottant Hilli Episeyo quitte les eaux camerounaises au terme d'un affrètement de huit ans, pour rejoindre l'Argentine sous un contrat de vingt ans. Les exportations maritimes de gaz naturel liquéfié du Cameroun cessent.

En juin 2026, un faux décret présidentiel portant nomination à la vice-présidence circule jusque dans les studios de la télévision publique. La même semaine, une enquête est ouverte sur les circuits d'exportation illicite de l'or, et soixante-quatorze permis miniers sont annulés.

Le 7 juin 2026, le chef de l'État quitte le Cameroun. Cinquante jours plus tard, il n'est pas rentré.

Ce que cette liste établit, et ce qu'elle n'établit pas

Elle n'établit aucune responsabilité personnelle. Un secrétaire général n'est pas comptable de la crise anglophone, ni d'un incendie industriel, ni des retards d'un chantier sportif.

Elle établit une chose et une seule. Sur chacun de ces dossiers, il était là. Les gouvernements ont changé, les ministres ont été nommés et remerciés, les directeurs généraux se sont succédé, les Premiers ministres ont été remplacés. Un seul homme a traversé les quinze années sans jamais bouger de son bureau, avec un pouvoir qui s'est étendu au lieu de se réduire.

Quinze ans, une seule constante. C'est la définition d'un bilan, et il ne se plaide pas.

Notons que rien de tout cela ne demande un rapport d'audit pour être constaté. Le Camerounais qui n'a jamais entendu parler d'une task force ni d'une délégation de signature sait que la raffinerie ne raffine pas, que le gaz ne s'exporte plus, que le courant coupe toujours, que le plus grand stade du pays ne peut pas recevoir de match continental, que la guerre de l'Ouest dure depuis dix ans et qu'un journaliste a été tué sans que personne soit jugé. Il ne connaît pas les réseaux. Il connaît les résultats.

C'est de cette manière qu'une réputation se fait, et c'est pourquoi elle ne se défait pas par un communiqué.

Ajoutons la question que personne ne pose. Dans quel pays un responsable exerçant ces attributions pendant quinze ans n'a-t-il jamais eu à s'expliquer devant un parlement, une commission, une conférence de presse ? Ce n'est pas une omission. C'est la nature même du poste. On ne demande pas de comptes à une délégation de signature.

Il faut ajouter une exception à ce silence, et elle a été rapportée cette semaine. Selon le capitaine Effoudou, qui précise n'avoir pas assisté à la scène et l'avoir apprise par son service, Ferdinand Ngoh Ngoh aurait invité l'ambassadeur de France dans un restaurant de Yaoundé pour lui déclarer que Paul Biya était fatigué et ne faisait rien, et que c'était lui qui accomplissait tout le travail à la présidence de la République. Il aurait sollicité, dans le même échange, le soutien de la France et de l'Union européenne s'il venait à accéder à la tête de l'État. Cette version n'a été ni confirmée ni démentie, et elle provient d'un extrait promotionnel dont nous ignorons le contexte complet.

Si elle est exacte, elle décrit le seul moment de quinze ans où un bilan aurait été revendiqué. Non pas devant les Camerounais, ni devant une institution de leur pays, mais devant un diplomate étranger, en privé, et pour demander une garantie.

Pourquoi il ne peut rien prétendre après Paul Biya

Ce bilan importe moins que ce qu'il révèle sur la position elle-même.

Ferdinand Ngoh Ngoh n'a pas de mandat électif. Il ne dirige aucun parti. Il ne dispose d'aucune assise régionale mobilisable, et il appartient à un groupe minoritaire qui ne constitue pas une clientèle. Il n'a pas de commandement militaire. Il n'a jamais été présenté au suffrage, ni investi par une assemblée, ni confirmé par une institution.

Tout ce qu'il détient procède d'une signature qu'une autre signature peut retirer. L'homme le plus puissant du Cameroun est aussi le plus révocable.

C'est ce qui explique la vice-présidence. Le poste créé en avril 2026 aurait converti un pouvoir délégué en pouvoir constitutionnel, avec un statut, une succession organisée, une existence propre. C'était la seule issue possible pour un homme dont tout dépend d'un autre homme. Le poste a été créé. Il n'a pas été pourvu.

Le refus n'est donc pas un incident. C'est la fermeture de la seule porte.

Et c'est aussi ce qui rend sa position la plus exposée du système. Un homme qui n'a rien en propre est le plus facile à lâcher. Il n'entraîne personne dans sa chute, il ne déséquilibre aucun arrangement, il ne coûte rien à sacrifier. Dans un pouvoir où chacun mange sa tontine à son tour, c'est la place la plus dangereuse.

Ce que nous en retenons

Il n'est là que parce que Paul Biya est là.

Cette phrase résume quinze ans. Elle explique la puissance et elle annonce la fin. Elle explique aussi pourquoi cet homme ne pourra rien prétendre le jour venu, non pas à cause de ce que le capitaine Effoudou raconte, mais parce qu'un pouvoir emprunté ne se transmet pas. Il s'éteint avec le prêteur.

Un homme qui n'a jamais rendu de comptes à son pays mais qui serait allé présenter son bilan à une ambassade avait d'ailleurs compris depuis longtemps où se trouve, dans ce système, la légitimité qui compte. Elle ne vient pas des Camerounais.

Reste une remarque, et elle vaut avertissement. Depuis trois semaines, l'opinion camerounaise ne parle plus que d'un seul nom. Elle a oublié le dossier de l'or, elle a oublié le procès qui reprend lundi, elle a presque oublié qu'un chef d'État est absent depuis cinquante jours.

Il y a là un service rendu, et il n'est pas rendu à ceux qui croient l'attaquer. Un pays qui concentre toute sa colère sur un homme sans mandat continue de croire que le système, lui, était bon. C'est la plus ancienne et la plus efficace des protections.

Le procès de l'assassinat de Martinez Zogo reprend les 3 et 4 août devant le tribunal militaire de Yaoundé.

John Lawson

Source: www.camerounweb.com