'Un Chef d'État en voyage à l'étranger ne se déplace pas à la manière d’un simple citoyen'
La gestion de la communication du Directeur du Cabinet civil de la Présidence camerounaise est vivement critiquée par certains observateurs qui l'accusent d'affaiblir la crédibilité de l'État par des explications jugées peu crédibles sur l'absence prolongée du président Paul Biya.
Dans une lettre ouverte adressée à Samuel Mvondo Ayolo, Loïc Kodjay estime que les déclarations officielles ne respectent ni les exigences du protocole d'État ni l'intelligence des Camerounais, alimentant ainsi les spéculations sur l'état de santé du chef de l'État et les tensions autour de sa succession. Il appelle enfin à davantage de transparence et, à défaut, au retour à une communication plus sobre afin de préserver la dignité des institutions.
NOTE D’OBSERVATION SUR LA GESTION DE LA COMMUNICATION, DU PROTOCOLE D’ÉTAT ET DES ENJEUX DE LA TRANSITION
Monsieur le Directeur du Cabinet Civil,
Il est des fonctions dont la gravité impose la dignité, et des prédécesseurs dont l'ombre rappelle l'exigence de la charge.
L'histoire administrative du Cameroun retiendra que là où feu Martin Belinga Eboutou s'efforçait de préserver le sanctuaire présidentiel, votre gestion actuelle semble accélérer l'effritement de l'image de la plus haute institution de l'État.
Vos manquements répétés, loin de rester de simples erreurs de cabinet, résonnent désormais comme les symptômes visibles du déclin d'un régime et de la décadence de son entourage immédiat.
Le silence, en diplomatie comme en haute politique, possède une résonance parfois plus puissante que la parole.
L'art de la communication d'État exige une rigueur, une cohérence et une finesse qui font manifestement défaut à vos récentes déclarations sur l’escapade d’un nonagénaire prétendument convalescent!
Pour être recevable, le récit officiel nécessite une architecture de faits crédibles et indiscutables. Or, vos explications se heurtent à la réalité géographique et protocolaire la plus élémentaire.
Le Président de la République, aujourd'hui âgé de 93 ans, a toujours imposé une discipline de vie éloignée des habitudes de sociabilité publique que vous tentez de lui prêter. Prétendre qu’au soir de son parcours, et face aux fragilités physiques qui sont les siennes, le Chef de l'État s'adonnerait à des sorties impromptues dans des établissements de restauration publique relève d'une méconnaissance profonde de l'homme et de sa fonction.
Plus grave encore est le mépris des usages protocolaires et sécuritaires dont vous faites montre.
Un Chef d'État en voyage à l'étranger ne se déplace pas à la manière d’un simple citoyen.
L'arsenal de sécurité et la logistique rigoureuse déployés par l'État hôte excluent toute improvisation ou clandestinité.
Évian-les-Bains se situe sur le territoire souverain de la République française ; un déplacement présidentiel depuis Genève implique des formalités et un temps de trajet – qu'il soit routier ou lacustre – incompatibles avec la thèse d'une escapade discrète.
En tentant de dissimuler la réalité derrière des fables géographiquement impossibles, vous n'abusez personne. Bien au contraire, la grossièreté de ces narratifs officiels s'apparente à une insulte à l'intelligence collective des Camerounais.
Plus inquiétant encore, cette communication défaillante nourrit les spéculations les plus alarmantes sur l'état de santé réel du Chef de l'État. En agissant ainsi, vous fragilisez l'équilibre de l'appareil gouvernemental et exposez dangereusement à l'échafaud politique les ambitions de dauphins potentiels, tout en dissimulant mal, chaque matin, votre propre rêve de succéder au calife ou d’être par consolation le Directeur de Cabinet Civil d’un Frank Biya présidentialisé !
Le peuple camerounais, éprouvé par des années de gestion opaque, de rapines incalculables et de ponctions massives sur les finances publiques au détriment du développement national, refuse désormais d'être le spectateur passif de ces approximations. Cette accumulation de richesses sur le dos d'une présidence vieillissante accélère la faillite économique du pays au moment précis où s'ouvre la bataille de la transition.
Si la vérité ne peut être dite, la décence républicaine impose à tout le moins le rétablissement du silence.
Dans l'attente d'une communication enfin conforme à la dignité des institutions que vous servez, veuillez agréer, Monsieur le Directeur du Cabinet Civil, l'expression de notre vigilance citoyenne.
Loïc Kodjay