Interrogé par RFI sur la santé et la localisation exacte de Paul Biya, absent du Cameroun depuis 56 jours, le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi a multiplié les réponses évasives qui, loin de rassurer l'opinion, risquent au contraire d'alimenter les interrogations qu'elles prétendaient dissiper.
Interrogé sans détour sur le point de savoir si le chef de l'État séjourne à l'hôpital ou à l'hôtel à Genève, le ministre a botté en touche, renvoyant la question à des interlocuteurs non identifiés qui seraient, selon lui, mieux placés pour répondre. Une pirouette rhétorique qui, venant du porte-parole officiel du gouvernement, censé incarner la voix autorisée de l'État sur ce dossier, interroge : comment le représentant du gouvernement peut-il se dire dans l'incapacité de préciser où se trouve son propre président ?
Le ministre a par ailleurs reconnu, dans cette interview accordée à RFI, qu'une intervention médicale avait bien eu lieu, tout en refusant d'employer le mot « hospitalisation » — une nuance sémantique qui, pour beaucoup d'observateurs, relève davantage de la communication de crise que de la transparence institutionnelle.
Une date de retour qui recule d'interview en interview
Sur la question du retour du président, la même stratégie du flou est à l'œuvre : le ministre affirme un retour « très bientôt », sans être capable — ou sans vouloir — avancer la moindre échéance, alors que le séjour initialement présenté comme un « court séjour privé » dépasse désormais les 56 jours. Un tel écart entre le discours officiel de juin et la réalité d'août ne peut manquer d'alimenter le procès en sincérité que le gouvernement dit pourtant vouloir éviter.
Enfin, RFI a relevé que le nouveau gouvernement promis par Paul Biya après sa réélection d'octobre n'a toujours pas été formé huit mois plus tard, et que l'ensemble des ministres travaillerait dans l'incertitude quant à leur propre maintien en poste. Sur ce point également, René Emmanuel Sadi s'est contenté d'expliquer que la décision relevait de la seule appréciation présidentielle — une réponse qui, en creux, confirme qu'aucun membre du gouvernement, pas même son porte-parole, n'est en mesure d'expliquer le blocage.
Ce faisceau d'esquives, recueilli par RFI dans une interview censée clarifier la situation, pourrait bien produire l'effet inverse de celui recherché : au lieu d'éteindre les rumeurs sur une éventuelle vacance du pouvoir, il en relance la légitimité aux yeux d'une opinion en quête de réponses précises.