Selon une enquête de RFI, l'attente interminable qui entoure la formation du nouveau gouvernement camerounais trouve son explication dans un fonctionnement présidentiel dont l'usure semble désormais peser lourdement sur la capacité de l'État à se renouveler.
RFI révèle qu'en 44 ans à la tête du pays, Paul Biya a nommé pas moins de 34 gouvernements, soit une moyenne de moins de 24 mois par équipe ministérielle. Un rythme qui contraste violemment avec la longévité actuelle de l'équipe dirigée par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, en poste depuis sept années, un record absolu sous cette présidence. Selon les informations recueillies par le média auprès d'un ancien ministre et proche collaborateur du chef de l'État, resté anonyme, la constitution d'un gouvernement représente une opération « très physique », nécessitant l'examen de centaines de curriculum vitae et de rapports d'enquêtes de moralité, pour près de 65 postes à pourvoir.
Un président affaibli par l'âge, selon les confidences recueillies par RFI
L'élément le plus significatif de l'enquête de RFI réside dans la description d'un chef de l'État dont l'âge avancé aurait progressivement réduit la capacité à mener seul ce travail de sélection. Le média rapporte que le cercle de proches et de personnalités influentes sur lequel Paul Biya s'appuyait traditionnellement pour opérer ses choix se serait considérablement amenuisé au fil du temps, compliquant d'autant l'arbitrage entre les prétendants aux différents portefeuilles.
Des postes vacants qui témoignent de l'enlisement
RFI documente également plusieurs cas concrets illustrant cette paralysie institutionnelle. Quatre membres du gouvernement sont décédés en fonction sans avoir été remplacés de manière définitive, à l'image de Gabriel Dodo Ndoké, ministre des Mines et du Développement technologique, mort le 21 janvier 2023 et toujours remplacé par un simple intérimaire. À cela s'ajoutent les départs de deux ministres démissionnaires ayant choisi de se présenter à l'élection présidentielle d'octobre, Bello Bouba Maigari et Issa Tchiroma Bakary, dont les portefeuilles n'ont pas davantage été pourvus de façon pérenne.
Interrogés par RFI, plusieurs analystes de la vie politique camerounaise pointent la responsabilité de clans rivaux, engagés dans une lutte d'influence anticipant la succession de Paul Biya. Le chercheur Thomas Atenga évoque ainsi un « État stationnaire », tandis que l'acteur de la société civile Hilaire Kamga estime que les propositions de chaque camp finissent systématiquement par être neutralisées par celles du camp adverse, rendant l'arbitrage présidentiel quasiment impossible.