L’affirmation fait l’effet d’une bombe dans le milieu juridique. Sous couvert d’un commentaire savant de la Loi fondamentale, des constitutionnalistes de renom torpillent la sincérité du suffrage universel direct au Cameroun. Dans un ouvrage de référence, ces experts estiment que l’élection du président de la République au suffrage universel, souvent présentée comme le sacre de la démocratie, n’est en réalité qu’un « simple vernis démocratique ».
Selon les analyses issues de l’ouvrage collectif dirigé par le Pr Jean-Louis Atangana Amougou, le scrutin uninominal à un tour (où le candidat arrivé en tête, même avec 18% des voix, est élu) est un mécanisme « brutal » qui favorise les régimes en place. Ajoutez à cela la suppression en 2008 de la limitation du nombre de mandats, et vous obtenez ce que la doctrine qualifie de « rééligibilité ad vitam æternam ».
Les auteurs vont plus loin en comparant le système à une « monarchie républicaine ». Le constat est sans appel : le suffrage universel direct, plutôt que d’être un gage de liberté, est devenu un outil de légitimation d’un pouvoir fort, « attentatoire à l’alternance politique ». L’ouvrage révèle une véritable « fièvre réélectionniste » qui a conduit à un « déclin du constitutionnalisme » camerounais.