Vice p résidence : Le message codé du Cpt Effoudou sur Franck Biya

CAPITAINE EFFOUDOU FRANCK BIYA Il demande un arbitrage à celui qui n'arbitre pas

Mon, 7 Sep 2026 Source: www.camerounweb.com

En six semaines, la Capitaine Effoudou a mis en cause plusieurs hauts responsables et personnalités, mais jamais directement Paul Biya, qu’il continue pourtant de solliciter pour ouvrir des enquêtes, intervenir dans un remaniement ou se méfier de son entourage. Concernant Franck Biya et l’hypothèse d’une vice-présidence, Effoudou est prudent et invoque tour à tour le pouvoir discrétionnaire du président, l’aptitude du fils et les risques liés à une succession familiale.

« LE CAMP QU'IL NE CHOISIT PAS »

En six semaines, le capitaine Effoudou a mis en cause un secrétaire général de la présidence, un vice-amiral, un ancien ministre de la Défense, un sénateur, des officiers de gendarmerie, trois directeurs de publication, un ministre des Finances et un blogueur.

Jamais le président.

On peut examiner ce qu'un accusateur affirme. On peut aussi regarder qui il épargne. C'est moins spectaculaire, et souvent plus instructif.

LA CARTE DE SES CIBLES

La révision constitutionnelle du 14 avril 2026 a créé une vice-présidence dont le titulaire deviendra le successeur constitutionnel du chef de l'État. Une bataille s'est ouverte au sommet.

Jeune Afrique la décrit comme une guerre de succession entre la première dame et Franck Biya, le fils aîné du président. Chantal Biya soutiendrait Ferdinand Ngoh Ngoh — beaucoup lui attribuent son maintien pendant quatorze ans au secrétariat général — qui se verrait passer à la vice-présidence. En face, Franck Biya plaide sa cause en coulisses depuis l'Europe, avec deux relais à la présidence : Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil, et le vice-amiral Joseph Fouda.

Cartographie de sérail, bâtie sur des sources anonymes. Elle vaut ce que vaut ce genre de travail. Mais elle dessine deux camps.

Superposez les cibles du capitaine.

Sa cible principale, depuis le 24 juillet : Ferdinand Ngoh Ngoh. Le candidat du camp de la première dame.

Sa seconde cible, devenue centrale en août : le vice-amiral Fouda. Un relais du camp adverse.

Et l'homme par lequel il s'exonère systématiquement — celui qui aurait enquêté sur son cas et transmis en mai 2023 les félicitations personnelles du chef de l'État — est Samuel Mvondo Ayolo. Le principal point d'entrée de ce même camp adverse.

Il frappe des deux côtés, et s'abrite dans l'un des deux.

Trois lectures. Ou la carte de Jeune Afrique est trop simple. Ou le capitaine ne la connaît pas, ce qui serait embarrassant pour un ancien chef du bureau de renseignement de l'état-major particulier. Ou ses cibles ne sont pas politiques mais personnelles — l'explication la plus économique, puisque Fouda est l'homme dont la plainte, dans l'affaire Pat Diamant, a mis fin à sa carrière.

Aucune ne décrit un homme qui aurait choisi son camp.

TROIS RAISONS DE NE PAS ACCUSER LE PRÉSIDENT

Fin juillet : un président informé. Des notes lui auraient été adressées, il aurait fait transmettre ses félicitations, et l'on aurait demandé au capitaine « de rester tranquille, de ne pas avoir peur ». Le chef de l'État y est celui qui sait.

Fin août : une autorité qu'il saisit. « Monsieur le Président de la République, ouvrez une enquête si ce que j'ai dit est faux. » Puis, apprenant l'attente d'un remaniement : « Monsieur le président, ne le faites pas encore, s'il vous plaît. Je n'ai pas encore fini. J'ai encore une ou deux émissions. »

Cette semaine : un homme du passé. Poussé par son intervieweur, qui lui rapporte que les Camerounais l'accusent de les prendre pour des jambons, il ne répond pas que Biya est innocent. Il répond : « Je considère que le président Paul Biya est déjà le passé. Il ne représente plus l'avenir. »

Ces trois positions ne peuvent pas être vraies ensemble. On ne saisit pas une autorité qu'on tient pour informer et complaisante. On ne demande pas à un homme du passé de différer un acte de gouvernement.

Ce qui ne varie jamais, c'est la conclusion.

CE QU'IL REFUSE DE LAISSER DIRE

Dans un enregistrement privé diffusé à la mi-août contre son gré, on l'entend dire à un parent : « Au grand jamais, je ne dirai quoi que ce soit concernant ce patriarche. »

Et cette semaine, quand Morgan Palmer avance qu'il faudrait que le chef de l'État se bouge, « à moins qu'il ne soit le parrain de cette mafia », il coupe : « M. Palmer, je ne peux pas vous laisser dire ça. »

Reprenez la série. En six semaines, l'intervieweur lui a tendu quatre formulations lourdes. Le permis de tuer donné à ses bourreaux : acceptée.

Le nom d'une épouse comme mobile d'un assassinat : acceptée.

La comparaison avec les anciens du Mossad pour justifier l'absence de pièces : acceptée. Le chef de l'État en parrain : refusée.

Trois sur quatre. La quatrième est celle qui vise Biya.

Ce n'est plus seulement qu'il ne dit pas. C'est qu'il empêche qu'on dise.

SON MEILLEUR ARGUMENT, ET CE QU'IL FAIT

Il cite un chiffre qu'il attribue à l'Institut national de la statistique — sept Camerounais sur dix auraient moins de trente-cinq ans — puis se met en scène : « Qu'est-ce que moi, un bonhomme de 35 ans, je gagne à espérer d'un monsieur qui en a 94 ? »

L'argument porte. On ne réforme pas à quatre-vingt-treize ans ce qu'on n'a pas réformé en quarante-trois.

Mais regardez ce qu'il produit. Il transforme un refus d'accuser en constat d'obsolescence. Dire qu'un homme n'est plus pertinent n'est pas dire qu'il n'est pas responsable : la question de la responsabilité disparaît sans avoir été posée.

Et il se retourne. Celui qui déclare Biya hors jeu a été chef de son bureau de renseignement — et lui demandait il y a huit jours d'ouvrir une enquête et de suspendre un remaniement. On ne saisit pas une autorité qu'on juge finie.

FRANCK BIYA : TROIS RÉPONSES À UNE QUESTION

Interrogé sur une vice-présidence confiée au fils du président, il répond d'abord par le droit : « le pouvoir discrétionnaire appartient au président de la République. » Relancé, par l'aptitude : « Non, moi je ne pense pas qu'il ait le niveau » — raisonnement qui porte d'ailleurs sur le père et non sur le fils, puisque s'il avait voulu en faire son successeur, il l'aurait préparé. Puis par la protection : « les ennemis du président Biya au sein de ce système ne lui feront pas de cadeau. »

Trois réponses, aucune qui tranche. Il ne dit jamais que la dévolution familiale serait illégitime. Il la déconseille par l'aptitude et par le risque, ce qui laisse le principe intact.

Il ajoute que le chef de l'État devrait se méfier des collaborateurs qui lui souffleraient cette idée. Or, selon Jeune Afrique, l'idée est portée par le fils lui-même et bloquée par la première dame.

LE RECOURS QU'IL INVOQUE

Depuis six semaines, le capitaine s'adresse à Paul Biya. Ouvrir une enquête, suspendre un remaniement, se méfier de son entourage, protéger son fils. Il ne l'accuse jamais, et change trois fois de raison de ne pas le faire.

Or l'homme auquel il s'adresse est décrit par ceux qui l'observent de près comme un chef d'État qui refuse d'arbitrer et n'a jamais dévoilé son testament politique. La vice-présidence créée en avril est toujours vide, cinq mois plus tard, pour cette raison précise.

C'est peut-être là que se lit le mieux sa position politique. Non dans un camp qu'il aurait choisi — la carte de ses cibles montre plutôt qu'il n'en a pas — mais dans le recours qu'il invoque.

Il demande un arbitrage à celui qui n'arbitre pas.

John Lawson

Source: www.camerounweb.com