Selon des informations exclusives, le Premier ministre Joseph Dion Ngute et le Secrétaire général de la Présidence Ferdinand Ngoh Ngoh se seraient accordés sur un point : le départ du ministre de l'Enseignement supérieur, le Pr Jacques Fame Ndongo. Une rare convergence entre deux hommes que tout oppose habituellement.
C'est une information qui, si elle se confirmait, marquerait la fin d'une ère. À la tête du ministère de l'Enseignement supérieur depuis 2004, le Pr Jacques Fame Ndongo est l'un des plus anciens membres du gouvernement camerounais. Pourtant, selon des sources proches du dossier, son départ serait désormais acté dans les propositions de gouvernement adressées au président Paul Biya.
Ce qui rend l'information particulièrement notable, c'est la convergence apparente entre deux poids lourds du régime qui s'opposent régulièrement sur de nombreux dossiers : le Premier ministre Joseph Dion Ngute et le Secrétaire général de la Présidence Ferdinand Ngoh Ngoh. Ce dernier, présenté comme un « verrou décisionnel » qui centralise les dossiers sensibles et valide chaque nomination, et Dion Ngute, dont l'autorité est souvent contestée, se seraient cette fois rejoints sur ce point.
Depuis son arrivée au ministère il y a plus de deux décennies, Jacques Fame Ndongo a accumulé les critiques. Sureffectifs dans les universités publiques, infrastructures vétustes, grèves récurrentes des enseignants et étudiants, corruption endémique dans l'attribution des bourses et marchés publics : les griefs sont nombreux. Sur les réseaux sociaux, son train de vie ostentatoire contraste régulièrement avec la précarité des campus universitaires.
Malgré ce bilan contesté, il a présidé le 30 janvier dernier une réunion d'évaluation du rapport de performance du système d'enseignement supérieur, où le bilan de l'année 2025 a été jugé « satisfaisant » au regard des objectifs fixés. Il a également plaidé pour la modernisation des universités, appelant à « valoriser économiquement nos recherches » et à la création de fondations universitaires pour mobiliser le mécénat.
Cette information s'inscrit dans un climat de fortes tensions entre Matignon et la Présidence. Le 5 mai dernier, Joseph Dion Ngute aurait été bloqué dans un déplacement officiel, exposant une guerre feutrée au sommet de l'État. La concentration du pouvoir exécutif autour d'un cercle restreint de collaborateurs à la Présidence a déplacé l'autorité hors des circuits constitutionnels, rendant le poste de Premier ministre « une vitrine, vidé de sa substance dès que des factions rivales verrouillent les arbitrages ».
Le départ de Jacques Fame Ndongo, s'il était confirmé, pourrait être l'un des premiers signes d'un remaniement gouvernemental attendu, plusieurs médias évoquant depuis des mois son possible remplacement.