Le procès peut être qualifié de fleuve. L'affaire Martinez Zogo devant le tribunal militaire de Yaoundé présente chaque jour des rebondissements. Elle continue de retenir l'attention de tous. Léopold Maxime Eko Eko fait partie des accusés phares. Lui, l'ancien patron de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), fait l'objet de graves charges.
L'ex-chef du renseignement, à travers ses avocats, n'acceptent pas une quelconque responsabilité dans la mise à mort de l'homme de média. Ils clament avec vigueur et insistance son innocence. Seulement, l'accusation a également des raisons de ne pas laisser. Elle s'appuie sur une série de "curiosités" et d'indices mis en lumière lors des audiences successives au tribunal.
Par exemple, lit-on dans les colonnes du journal L'Indépendant, « comme le témoin l'a dit, tout ceci (notamment la non-présentation de tous les téléphones que possède l'accusé, Ndlr) constitue des indices qui tendent à conclure que Maxime Eko Eko était forcément au courant (de l'opération d'assassinat, Ndlr) », estime Maître Calvin Job. « Et il n'a pas fait ce qu'il fallait faire pour empêcher que ça aille jusqu'au bout ».
Les conseils de Maxime Eko Eko, eux, restent formels : hormis les déclarations de Justin Danwe, patron du commando accusé d'avoir torturé et tué Martinez Zogo, il n'existe, selon eux, aucune preuve probante, testimoniale ou numérique établissant que Maxime Eko Eko, alors patron de la DGRE, ait donné l'ordre. « Il n'a jamais, n'a jamais été au courant », affirme Maître Hosanna Ndjana Ndjana.
« C'est pour ça qu'on lui a demandé : "quels indices avez-vous en dehors de la déclaration de Danwe qui est fluctuante ?" ». « Le 29 août, il commence avec des questions incitatives : "vous dites que vous avez agi sur ordre..." et poursuit en faisant référence à l'audition du 27. La hiérarchie n'est pas là ».
Depuis le début de cette histoire, l'un des arguments avancés par l'accusation, notamment par le colonel Jean-Pierre Otoulou, directeur de l'enquête préliminaire, est lié à l'inaction des services de renseignement. Il est connu qu'entre le moment de l'enlèvement choquant de Martinez Zogo et l'interpellation du lieutenant-colonel Justin Danwe (directeur des opérations de la DGRE), aucune enquête interne n'a été demandée par Maxime Eko Eko pour faire la lumière sur l'usage des moyens de l'État dans cette opération à forte allure criminelle. Ce silence institutionnel, pour les enquêteurs, s'apparente à une volonté de couvrir les actes commis par ses subordonnés.
Se trouve aussi dans le lot des curiosités le mystère entourant la restitution des téléphones portables. L'expertise technique a par ailleurs mis en exergue des zones d'ombre concernant les outils de communication de l'ancien chef espion. Il n'a initialement remis que trois téléphones sur la dizaine qu'il déclarait posséder ou utiliser. Aussi, Eko Eko, lors de ses premières dépositions, a orienté les enquêteurs de manière ciblée vers l'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou Belinga.
L'accusé tergiverse. Du point de vue de plusieurs citoyens qui croient en la force des défunts, c'est la victime qui ne les (les accusés) laisse pas tranquille. « Martinez Zogo fera son travail depuis l'au-delà jusqu'à ce que toutes les personnes impliquées dans sa mort soient arrêtées et condamnées », jure un membre de la famille qui a préféré parler sous anonymat.