Assassinat de Martinez Zogo : la chaîne opérationnelle et le rôle du lieutenant-colonel Danwé

Justin Danwe Image illustrative

Wed, 9 Sep 2026 Source: www.camerounweb.com

Des révélations issues du procès permettent de reconstituer la chaîne de commandement de l'opération ayant conduit à la mort du journaliste Martinez Zogo. Entre une mission initiale de « correction » confiée par le patron de la DGRE, la rupture du canal de communication et l'émergence d'une seconde chaîne de commandement remontant jusqu'au SGPR, les zones d'ombre persistent sur l'identité du véritable commanditaire.



AFFAIRE MARTINEZ ZOGO : LA CHAÎNE OPÉRATIONNELLE ET LE RÔLE DU LIEUTENANT-COLONEL DANWÉ

Pour comprendre le rôle du lieutenant-colonel Danwé dans l’affaire Martinez Zogo, il faut revenir à l’origine de l’opération et reconstituer précisément sa chaîne de commandement.

Au départ, la mission n’est pas confiée au lieutenant-colonel Danwé. Elle est attribuée au commissaire divisionnaire Elong Lobé James. À la dernière minute, cependant, le directeur général de la DGRE, Maxime Eko Eko, retire la mission à Elong Lobé James et la confie au lieutenant-colonel Danwé, alors directeur des opérations de la DGRE.

L’instruction transmise à Danwé est de « corriger » le journaliste Martinez Zogo en raison de ses prises de parole concernant certaines personnalités de la République. Danwé reçoit cet ordre dans le cadre de sa relation hiérarchique avec le directeur général de la DGRE.

Il constitue alors une équipe opérationnelle chargée d’exécuter la mission.

Danwé coordonne l’opération depuis son bureau

Un élément essentiel doit être clairement précisé : au moment du déroulement de l’opération, le lieutenant-colonel Danwé se trouve dans son bureau.

Il n’est pas physiquement présent sur le terrain avec les hommes chargés de l’intervention. Son rôle consiste à coordonner l’équipe à distance.

L’opération commence par une phase de filature de Martinez Zogo. Les différents membres de l’équipe communiquent et coordonnent leurs mouvements à travers un groupe WhatsApp spécialement utilisé pour l’opération.

C’est précisément au moment où l’opération entre dans sa phase décisive qu’un événement majeur intervient : le groupe WhatsApp cesse de fonctionner.

À partir de cet instant, la situation change.

La rupture du groupe WhatsApp constitue un tournant

La disparition du canal WhatsApp oblige les hommes présents sur le terrain à communiquer directement à travers le réseau téléphonique classique.

Ce changement est déterminant, car les communications deviennent alors susceptibles d’être retracées et les différents téléphones peuvent être localisés.

C’est également à ce moment que le lieutenant-colonel Danwé perd le contrôle effectif de l’opération.

Martin Savom prend progressivement le contrôle des opérations sur le terrain. Une seconde chaîne de commandement apparaît alors, distincte de celle qui avait été initialement mise en place par Danwé.

La question centrale devient donc celle-ci : qui a provoqué la rupture du dispositif de communication et qui dirige réellement l’opération à partir de cet instant ?

Martin Savom et la seconde chaîne de commandement qui ré

À partir du moment où Danwé est écarté du contrôle opérationnel, Martin Savom devient un personnage central.pour ne pas dire le patron des opérations

Selon les éléments rapportés dans le dossier présenté ici, il rend compte directement de l’évolution de l’opération à Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence de la République.

C’est ici qu’apparaît ce que l’on peut qualifier de « commando dans le commando » : une première équipe constituée dans le cadre de la mission confiée par la DGRE et, parallèlement, un dispositif qui prend progressivement le contrôle de l’opération.

Cette distinction permet de comprendre pourquoi il est indispensable de séparer l’ordre initial reçu par Danwé de ce qui se produit ensuite sur le terrain.

Les éléments attribués à Alain Ekassi

Le témoignage attribué à Alain Ekassi occupe également une place importante.

Ekassi affirme disposer d’éléments audio et vidéo concernant Martin Savom et des comptes rendus effectués en temps réel pendant l’opération.

Le même jour, un Prado noir qui appartient à Martin Savom ainsi qu’un autre véhicule lié à la DSP auraient également participé à la filature de Martinez Zogo.

Ces éléments sont essentiels parce qu’ils permettent de reconstituer non seulement les déplacements des différents protagonistes, mais également la chaîne des communications au moment des faits.

Les communications téléphoniques : la clé de l’affaire

Le colonel Ayissi considère l’exploitation des communications téléphoniques comme un élément déterminant pour identifier la véritable chaîne de commandement. Une fois que le colonel l’avait suggéré il avait été enlevé de l’enquête

La logique est simple : il faut déterminer qui appelait qui, à quelle heure, depuis quel endroit et immédiatement avant ou après chaque étape de l’opération.

La reconstitution technique des appels, des localisations et des communications permettrait ainsi de déterminer précisément qui contrôlait réellement les hommes présents sur le terrain.

Selon la thèse exposée dans les éléments d’enquête auxquels nous faisons référence, c’est cette analyse qui conduit à orienter les soupçons vers une chaîne de commandement remontant au SGPR Ferdinand Ngoh Ngoh.

Une accusation aussi grave que celle d’avoir commandité l’assassinat de Martinez Zogo doit toutefois être distinguée d’un fait définitivement établi par une décision judiciaire.

L’ordre de « corriger » venait du DGRE et l’ordre de tuer venait du SGPR

C’est probablement la distinction la plus importante de toute l’affaire.

Selon la version du lieutenant-colonel Danwé, Maxime Eko Eko lui donne l’ordre de « corriger » Martinez Zogo.

Danwé ne présente pas l’ordre reçu comme un ordre d’assassinat.

La thèse développée est donc qu’une modification de l’objectif de l’opération intervient après la perte de contrôle du dispositif par Danwé.

Autrement dit, il faut distinguer deux chaînes :

Première chaîne : Maxime Eko Eko → lieutenant-colonel Danwé → équipe opérationnelle.

Deuxième chaîne alléguée : Ferdinand Ngoh Ngoh → Martin Savom → hommes présents ou intervenant sur le terrain.

C’est le passage de la première chaîne à la seconde qui constitue le cœur de cette affaire.

La position de Jean-Pierre Amougou Belinga

Le lieutenant-colonel Danwé affirme également que Jean-Pierre Amougou Belinga n’est pas à l’origine de l’ordre qu’il reçoit.

Dans sa version, l’ordre vient directement de sa hiérarchie à la DGRE et consiste à « corriger » Martinez Zogo.

Danwé soutient donc qu’Amougou Belinga n’est pas informé de cette mission au moment où elle lui est confiée.

Cette déclaration doit être distinguée des autres accusations et versions développées dans le dossier judiciaire.

Les relations entre Danwé et Martin Savom

Les relations entre les différents protagonistes permettent également de comprendre comment certaines informations pouvaient circuler.

L’épouse de Martin Savom travaille avec le lieutenant-colonel Danwé. C’est par son intermédiaire que les deux hommes font connaissance.

Plusieurs rencontres entre Danwé et Martin Savom interviennent ensuite dans un cadre essentiellement familial ou professionnel : lors de visites liées au travail de son épouse, à l’occasion de la naissance de leur deuxième enfant, puis au cours d’événements liés à l’évolution de la carrière de celle-ci.

Ces relations constituent un élément important pour comprendre les connexions existant entre les différents acteurs de l’affaire.

Le rôle d’Elong Lobé James

Le commissaire divisionnaire Elong Lobé James occupe lui aussi une position particulière dans cette chronologie.

C’est à lui que la mission avait initialement été confiée avant d’être transférée au lieutenant-colonel Danwé.

Le récit fait également état de tensions professionnelles entre Elong Lobé James et Danwé ainsi que d’ambitions concernant la direction de la DGRE.

Il est surtout accusé, dans la thèse développée ici, d’avoir transmis à Ferdinand Ngoh Ngoh des informations concernant un rapport préparé par Maxime Eko Eko.

C’est à ce niveau qu’intervient une autre séquence déterminante de l’affaire.

Les dates du 26, 27 et 30 janvier 2023

Trois dates doivent être retenues.

Le 26 janvier 2023, un rapport concernant l’affaire est demandé.

Le 27 janvier 2023, le lieutenant-colonel Danwé est interpellé.

Le 30 janvier 2023, Maxime Eko Eko dépose le rapport qu’il a préparé.

Selon le récit présenté, une copie de ce document aurait été transmise à Ferdinand Ngoh Ngoh.

Cette chronologie est fondamentale, car elle pose directement la question de la circulation du rapport avant et pendant les différentes interpellations.

Maxime Eko Eko est ensuite arrêté.

Les circonstances exactes de cette arrestation, le rôle joué par les différentes autorités citées dans le dossier et surtout la circulation du rapport doivent être examinés à travers les documents officiels, les procès-verbaux et les pièces versées à la procédure.

LE POINT CENTRAL DE L’AFFAIRE

La question n’est donc pas seulement de savoir qui a participé à l’enlèvement de Martinez Zogo.

La véritable question est de déterminer qui contrôlait l’opération au moment où sa nature a changé.

Le lieutenant-colonel Danwé affirme avoir reçu de Maxime Eko Eko l’ordre de « corriger » Martinez Zogo.

Il coordonne initialement l’opération depuis son bureau.

Le canal WhatsApp utilisé par l’équipe cesse ensuite de fonctionner.

Les hommes basculent vers les communications téléphoniques ordinaires.

Danwé perd alors le contrôle effectif de l’opération et Martin Savom apparaît comme un acteur central de la phase suivante.

C’est donc à partir de cette rupture qu’il faut reconstituer, minute par minute, la véritable chaîne de commandement.

Les communications téléphoniques, les données de localisation, les véhicules présents, les témoignages, les éventuels enregistrements audio et vidéo ainsi que la chronologie des instructions constituent les éléments capables d’apporter une réponse définitive.

Qui a donné l’ordre initial ? Qui a ensuite pris le contrôle de l’opération ? Qui a transformé une mission présentée comme une opération visant à « corriger » Martinez Zogo en opération ayant abouti à sa mort ? Et surtout, à qui Martin Savom rendait-il réellement compte au moment décisif ?

C’est autour de ces questions que doit être recherchée la véritable chaîne de commandement de l’opération ayant conduit à la mort de Martinez Zogo.

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