Derrière les procédures arbitrales internationales et les centaines de millions d'euros en jeu dans le dossier du complexe sportif d'Olembe se dessinent les responsabilités politiques de deux figures majeures du pouvoir camerounais. Une enquête de Jeune Afrique met en lumière le rôle déterminant joué par le secrétaire général de la présidence Ferdinand Ngoh Ngoh et le ministre des Sports Narcisse Mouelle Kombi dans les décisions les plus contestées de ce dossier.
Selon Jeune Afrique, la décision de retirer le marché au groupe italien Piccini, en novembre 2019, a été prise par le ministre des Sports Narcisse Mouelle Kombi — mais sur instruction directe de Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence. Une précision de taille, puisque c'est précisément cette éviction que le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements a jugée abusive, condamnant le 4 septembre dernier le Cameroun à verser plus de 50 milliards de francs CFA pour expropriation illégale et absence de traitement juste et équitable.
Un gel de fonds également ordonné par le secrétaire général
Jeune Afrique documente une seconde intervention directe de Ferdinand Ngoh Ngoh dans ce dossier : alors que l'entreprise canadienne Magil, qui avait repris le chantier, se plaignait de factures impayées et de décomptes bloqués depuis juillet 2021, c'est le secrétaire général de la présidence qui aurait ordonné le gel de douze milliards de francs CFA supplémentaires, dans l'attente de vérifications sur l'utilisation des fonds déjà versés. Une décision qui a contribué à envenimer un conflit ayant lui aussi fini devant la Cour internationale d'arbitrage de la Chambre de commerce internationale.
Une lettre de protestation adressée directement à Paul Biya
L'enquête révèle également que le patron de Piccini, Makonnen Asmaron, avait écrit directement à Paul Biya pour dénoncer la réquisition de matériel appartenant à son groupe, affirmant même que des salariés de l'entreprise avaient été « pris en otage » — une alerte adressée au sommet de l'État qui n'a manifestement pas suffi à infléchir le cours des décisions prises par la présidence.
Ce que cette enquête de Jeune Afrique met en évidence, c'est la traçabilité politique des décisions qui ont conduit le Cameroun à sa situation actuelle : les condamnations arbitrales aujourd'hui prononcées ne sanctionnent pas des dysfonctionnements administratifs anonymes, mais des choix précis, imputables à des responsables identifiés, dont les noms reviennent désormais systématiquement dans un dossier qui pourrait peser lourd dans les recompositions politiques à venir.