Derrière une simple réunion associative peut se cacher une véritable opération de recrutement pour les services de renseignement camerounais. Une enquête de Jeune Afrique dévoile les méthodes employées pour enrôler, au sein même des campus universitaires, une main-d'œuvre jeune et précaire destinée à alimenter la machine de surveillance de l'État.
Selon Jeune Afrique, le jeune Alphonse* s'est rendu dans une école camerounaise croyant participer à une réunion associative ordinaire. Les organisateurs y exaltent le patriotisme et le service de la nation, sans jamais évoquer explicitement une opération de renseignement. Ce n'est qu'à la fin de la séance qu'une feuille circule pour recueillir les noms des volontaires prêts à effectuer des missions de surveillance dans leur propre quartier — sans qu'aucune explication ne soit donnée sur l'usage final de ces informations.
Jeune Afrique souligne le ressort principal de ce système : dans un pays où le diplôme universitaire ne garantit plus grand-chose, la promesse d'un poste dans l'administration, voire d'une intégration directe dans la fonction publique, constitue un argument redoutablement efficace auprès d'étudiants précaires. Une source citée par l'enquête résume l'ampleur du maillage ainsi obtenu : « Chaque promotion, chaque entreprise, chaque entité de l'État dispose en son sein d'un agent de renseignement. »
Ce que le témoignage d'Alphonse, recueilli par Jeune Afrique, met en lumière, c'est aussi la possibilité, pour certains jeunes sollicités, de résister à cette logique d'enrôlement : ayant compris que sa mission consisterait à surveiller ses propres voisins de quartier sans jamais savoir à quoi serviraient ces informations, il a choisi de ne pas signer la feuille de recrutement — un choix de conscience qui, selon l'enquête, reste loin d'être systématique face à la précarité économique qui pousse nombre de jeunes camerounais vers ce type d'engagement informel.