Le procès dans l’assassinat de Martinez Zogo continue au tribunal militaire de Yaoundé avec de nouvelles connaissances du dossier faites à chaque audience. Dernièrement, l’accusé, le camp de Jean-Pierre Amougou Belinga, homme d’affaires détenu depuis la découverte du corps torturé et sans vie du journaliste et dont les larmes ne se trouvent pas loin à chaque passage à la barre, a demandé a posé des questions que retrace ici le journal l’Indépendant HS n°054 qui explique son le bien-fondé.
La vérité ne se révèle pas toujours dans les réponses. Parfois, ce sont les questions qui tracent le chemin de son émergence. Elles avancent comme des éclaireuses, ouvrent des brèches, dévoilent des incohérences, mettent à nu ce qui ne tient pas debout. Et la vérité, elle, finit toujours par s’imposer, comme les fesses : on finit toujours par s’y asseoir.
C’est exactement ce qui se joue ici. Les trois questions posées par Amougou Belinga au colonel Jean-Pierre Otoulou ne sont pas des ruses, ni des échappatoires. Ce sont des pierres d’achoppement. Des tests de cohérence. Des révélateurs d’un logiciel d’enquête qui, au lieu de produire de la clarté, produit de la confusion.
Et parce qu’elles n’ont reçu aucune réponse, ces questions cessent d’être simplement judiciaires : elles deviennent philosophiques, méthodologiques, épistémologiques. Elles interrogent non pas l’homme, mais la structure même de l’enquête, sa rigueur, sa crédibilité, sa capacité à dire vrai.
Première question : l’iPhone 8 de « 20 ans »
Lorsqu’un enquêteur attribue à un mis en cause l’usage d’un téléphone dont la chronologie technique est impossible, il ne commet pas une erreur : il révèle une faille. Un téléphone n’est pas un numéro.
Un appareil a une date de fabrication, une architecture, un identifiant unique, ce que les experts appellent aujourd’hui son « ASN numérique ». Confondre l’un et l’autre, c’est confondre l’objet et sa trace, la preuve et son support. C’est une faute épistémologique.
Deuxième question : les numéros de 1998
Dire qu’un homme utilise les mêmes numéros depuis 1998 n’est pas une défense : c’est un fait vérifiable. Mais si l’enquête affirme qu’il en utilise onze, alors elle doit produire ces onze numéros. La charge de la preuve n’est pas une option. Elle est un devoir. Et lorsqu’une enquête ne peut pas produire ce qu’elle affirme, elle cesse d’être une enquête : elle devient un récit.
Troisième question : le téléphone confié à la nounou
La question n’est pas de savoir si un téléphone a été dissimulé. La question est de savoir si l’hypothèse formulée par l’enquête est cohérente. La cohérence est la première exigence de la rationalité judiciaire.
Si une femme voulait cacher un téléphone, le confier à une nounou est-il le geste le plus logique, le plus prudent, le plus rationnel ? Le droit ne juge pas les intentions : il juge la vraisemblance.