Il va pourtant falloir trouver un moyen. L'homme utilise un faux compte pour aborder la question afin d'obtenir des conseils. Je ne veux pas qu'on me reconnaisse ni qu'on m'écrive, j'ai juste besoin de me libérer, fait-il savoir.
Depuis des années, je porte un fardeau trop lourd, je n'en peux plus. Il y a dix ans, je n'étais qu'un petit vendeur de beignets sur le trottoir. Je gagnais des miettes, je trimais du matin au soir et pourtant j'avais déjà une femme et deux enfants à nourrir. La vie était dure, j'étouffais.
Un jour, un collègue vendeur m'a parlé d'une « réunion » où l'on pouvait emprunter de l'argent pour se lancer dans un vrai commerce. Moi qui rêvais d'indépendance, j'ai foncé. Tout s'est bien passé au début. J'ai obtenu mon prêt, j'ai lancé mon petit commerce, j'ai remboursé, j'ai même recommencé plusieurs fois.
Les années ont filé. Je faisais mes dépôts, mes retraits, j'investissais. Petit à petit, ma vie a changé. En cinq ans, j'avais ouvert une quincaillerie. En sept ans, je possédais plusieurs magasins. J'étais devenu quelqu'un. On respectait ma parole, même dans ma famille. J'avais un terrain, une maison. Ma femme était fière. Mes enfants grandissaient dans de meilleures conditions.
Je croyais que c'était ça, la réussite. Je croyais que tout ce que j'avais venait de mes efforts. Puis un matin, tout a basculé. Mon fils aîné s'est levé, a fait quelques pas, puis il est tombé. Mort sur le coup. Sans maladie, sans signe avant-coureur. Mon sang s'est glacé. Tout de suite, j'ai pensé à cette réunion.
J'y suis retourné. J'ai exigé des explications au président. Et là, il m'a dit une phrase qui m'a détruit : « Tu as signé. C'était dans le règlement intérieur. Le premier-né rembourse la dette totale ». J'ai cru qu'il se moquait de moi. Je pensais avoir tout remboursé. J'ai juré que je ne savais pas. Mais il m'a montré ma signature, noire sur blanc.
Depuis ce jour, ma vie est devenue un cauchemar. Mon fils est parti. Mes affaires s'écroulent. Ma femme pleure chaque soir sans comprendre. Je ne dors plus depuis trois ans. Je n'ai jamais voulu vendre mon enfant. Je n'ai jamais voulu échanger sa vie contre ma réussite. Je voulais juste offrir un avenir meilleur à ma famille. Aujourd'hui, je suis prisonnier d'un secret qui me tue à petit feu.
Je veux tout dire à ma femme, mais j'ai peur qu'elle prenne nos enfants et qu'elle parte. J'ai peur qu'elle me haïsse. Je n'en peux plus. C'est pour ça que je vous écris. Pour me libérer un peu. Peut-être que quelqu'un qui lit ce message saura m'aider.