Le massacre de la Mother Francisca International Academy, en octobre 2020, n'est pas un événement isolé mais l'aboutissement d'une escalade progressive dont une enquête de Jeune Afrique retrace les origines, depuis les premières manifestations pacifiques jusqu'à la militarisation complète de la ville.
Selon Jeune Afrique, tout commence le 22 septembre 2016, lorsque les habitants de Kumba sortent nombreux pour manifester pacifiquement, rejoignant dans leur mobilisation les avocats de Bamenda et les étudiants de Buea. À cette époque, l'enquête souligne que l'idée d'une sécession, portée par des leaders politiques locaux comme l'avocat Eyambe Elias, natif de la ville, paraissait encore séduisante à une partie de la population.
Une répression qui devient l'argument des groupes armés
Le basculement, documenté par Jeune Afrique, intervient dès le mois suivant : en octobre 2016, trois manifestants sont tués par les membres du GMI, une unité de police envoyée en renfort depuis Buea. Cette répression violente devient, selon l'enquête, le meilleur argument de recrutement des groupes armés naissants. Une semaine à peine après ce drame, le premier camp ambazonien voit le jour à Teke, un quartier du troisième arrondissement de Kumba.
Une prolifération rapide de campements armés
Jeune Afrique documente l'essor fulgurant de ces groupes dans les années suivantes : sous l'impulsion d'un chauffeur de moto-taxi devenu « général » sous le nom d'Ivo, prêtant allégeance au leader des Ambazonia Defense Force Lucas Ayaba Cho, les campements se multiplient autour de la ville, jusqu'à atteindre, en 2018, des localités comme Diffa, Kosala, Kake, Cassava Farm, Matoh ou encore Kogne.
L'enquête relève un moment charnière en août 2018 : après près de trois semaines de combats quotidiens tournant à l'avantage de l'armée camerounaise, puis la mort du général Ivo, abattu en décembre de la même année, le mouvement ambazonien affaibli se radicalise davantage encore. Selon Jeune Afrique, il cesse alors de cibler prioritairement les militaires pour s'en prendre aux civils eux-mêmes, désormais accusés d'être des « black legs », autrement dit des traîtres à la cause sécessionniste — un glissement qui ouvre la voie aux violences ultérieures contre la population, dont le massacre scolaire de 2020 restera l'illustration la plus tragique.