Jean Libah affirme toutefois avoir été écarté de son poste, privé de salaire et des avantages
Une bataille judiciaire oppose Jean Libah, délégué du personnel et représentant des travailleurs au conseil d’administration de la SEMRY, à la direction générale de l’entreprise dirigée par Fissou Kouma.
Une bataille judiciaire oppose la Société d’expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua (SEMRY) à Jean Libah, employé de l’entreprise, délégué du personnel et représentant des travailleurs au conseil d’administration depuis juillet 2015. Les documents consultés retracent une procédure administrative suivie d’une citation directe contre le directeur général de la société, Fissou Kouma.
Le différend débute officiellement le 1er avril 2025. La direction générale de la SEMRY sollicite alors l’autorisation de licencier Jean Libah. En raison de son mandat de représentant du personnel, son licenciement est soumis à une autorisation administrative préalable.
Le 23 mai 2025, le délégué départemental du Travail et de la Sécurité sociale du Mayo-Danay refuse cette autorisation, par décision n°315/25/L/REN/DMD/DDTSSMD/IT2. Les faits invoqués contre l’employé sont considérés comme non établis. La SEMRY engage ensuite un recours gracieux, lui aussi rejeté en août 2025.
L’entreprise saisit alors le Tribunal administratif de Maroua, le 16 octobre 2025, afin d’obtenir l’annulation du refus administratif. Mais, par jugement n°14/AN/TA/MRA/2026 rendu le 3 mars 2026, la juridiction déclare le recours recevable, mais non justifié. Elle le rejette et condamne la SEMRY aux dépens, fixés à 33 000 FCFA.
Le dossier ne s’arrête cependant pas à cette décision. Les pièces produites font également état d’une note du ministre du Travail datée du 17 octobre 2025, puis d’une nouvelle décision du délégué départemental, prise le 21 novembre 2025, autorisant finalement le licenciement pour « perte de confiance ». Cette autorisation aurait été assortie d’une condition : le paiement à Jean Libah de l’ensemble de ses droits légaux et conventionnels.
C’est précisément l’exécution de cette obligation qui nourrit désormais le volet pénal. Dans une citation directe signifiée à Fissou Kouma, Jean Libah affirme avoir été écarté de son poste depuis août 2025, avec suspension de son salaire et libération immédiate de son bureau. Il soutient également que son licenciement ne lui aurait pas été régulièrement notifié et que plusieurs mois de salaire, des frais de mission ainsi que des heures supplémentaires resteraient impayés.
Le plaignant mentionne par ailleurs deux décisions internes prises en mars 2026 : une consultation destinée à pourvoir son poste et le redéploiement d’une autre responsable dans les mêmes fonctions. Il estime que ces actes sont intervenus alors que son mandat de représentant du personnel était toujours en cours.
Sur la base de ces accusations, Jean Libah a fait citer directement le directeur général de la SEMRY devant le Tribunal de première instance de Yagoua. La citation évoque notamment des faits présumés de menaces sous condition, abus de fonctions, favoritisme, trafic d’influence, déclaration mensongère, refus d’un service dû et rétention sans droit de la chose d’autrui. Elle annonçait une comparution le 4 mai 2026.
Boris Bertolt