Affaire des lunettes : Où était René Sadi pendant les cinq jours de garde à vue des journalistes ?

RENE SADI JOURNALISTES ARRESTATION Le CPJ rapporte de son côté que Sadi a qualifié l’affaire d’« incident malheureux »

Fri, 25 Sep 2026 Source: www.camerounweb.com

Beaucoup de Camerounais s’interrogent sur le rôle de René Emmanuel Sadi dans l’affaire des quatre journalistes placés en garde à vue pendant cinq jours après leur interpellation au Palais des Congrès, dans le cadre de l’affaire des lunettes d’Alamine Ousmane Mey.

Non, arrêtons ce massacre : après avoir laissé la procédure policière produire son lot d’humiliation, il ne suffit pas de recevoir les victimes dans un bureau ministériel. Il faut répondre aux questions.

Il y a des images qui en disent davantage que les communiqués. Celle publiée dans La Lune montre les quatre journalistes François Essomba, Igor Gwet Bibey, Solange Djuikam, Pierre Mouchili, assis face au ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, après plusieurs jours de garde à vue.

La scène pourrait être présentée comme une rencontre d’apaisement.

Mais elle soulève surtout une question brutale :

QU’ALLAIENT FAIRE CES JOURNALISTES CHEZ LE MINISTRE DE LA COMMUNICATION ?

- Ils n’y sont pas allés pour demander une faveur.

- Ils n’y sont pas allés pour solliciter un passe-droit.

- Ils n’y sont pas allés pour négocier leur liberté.

- Ils venaient de la police.

- Ils venaient de cinq jours de privation de liberté après avoir été interpellés alors qu’ils exerçaient leur métier au Palais des Congrès.

Et surtout, ils venaient d’une affaire dont le motif initial : la disparition présumée des lunettes d’Alamine Ousmane Mey s’était effondré lorsque les lunettes ont été retrouvées dans le véhicule du ministre.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) rapporte que les quatre journalistes ont ensuite été libérés sans charge, tout en précisant que le ministre Alamine Ousmane Mey n’aurait pas ordonné leur arrestation selon les déclarations de René Emmanuel Sadi.

Alors, soyons sérieux.

Pourquoi cette rencontre seulement après la détention ?

OÙ ÉTAIT LE MINCOM AU MOMENT OÙ L’AFFAIRE COMMENÇAIT ?

À quel moment le ministre de la Communication, qui est aussi le porte-parole du gouvernement, a-t-il été saisi de cette affaire impliquant quatre professionnels des médias ?

- Parce que l’affaire n’était pas anodine.

- Quatre journalistes arrêtés dans l’exercice de leur profession.

- Une accusation de vol.

- Des lunettes retrouvées dans le véhicule de leur propriétaire.

- Puis un nouveau motif évoqué autour d’une prétendue intrusion.

- Une présentation au parquet.

- Une demande d’investigations complémentaires.

Et finalement cinq jours de garde à vue.

Tout cela ne constitue pas un simple incident de circulation. C’est une affaire qui touche directement à la liberté de la presse et au fonctionnement de l’appareil d’État.

LE MINCOM ARRIVE APRÈS LA TEMPÊTE

Le 23 septembre, deux jours après leur libération, René Emmanuel Sadi reçoit les quatre journalistes, accompagnés notamment de représentants du SPIC.

Les journalistes ont raconté les conditions de leur interpellation et de leur détention ; le ministre a exprimé ses regrets et indiqué vouloir poursuivre des démarches d’apaisement auprès d’Alamine Ousmane Mey.

Le CPJ rapporte de son côté que Sadi a qualifié l’affaire d’« incident malheureux » résultant du « zèle excessif » de certains éléments des forces de sécurité et qu’il a déclaré que Mey n’avait pas ordonné les arrestations. Il a également indiqué vouloir vérifier ce qui s’était passé auprès de la police et prendre les mesures appropriées.

Le ministre de la Communication ne doit pas devenir celui qui vient réparer politiquement les dégâts produits ailleurs.

Si des policiers ont commis un excès de zèle, qu’on l’établisse officiellement.

Si des procédures ont été irrégulièrement conduites, que les responsabilités soient recherchées.

Si des journalistes ont subi des traitements indignes, qu’une enquête soit menée.

Si aucune infraction ne leur est finalement reprochée, qu’on explique publiquement pourquoi ils ont été privés de liberté pendant plusieurs jours.

Charles Armel MBATCHOU

Source: www.camerounweb.com