La gestion est jugée scandaleuse. Cela concerne Nexttel, « le gâchis d’un investissement stratégique au Cameroun », souligne Adélaïde Etouga. Opinion !
L’effondrement de Viettel Cameroun, opérant sous la marque Nexttel, représente l’un des plus graves échecs industriels et technologiques de l’histoire récente du Cameroun. À l’origine, l’entreprise reposait sur un partenariat dans lequel Viettel Global détenait 70 % du capital, contre 30 % pour Bestcam, son partenaire camerounais.
Grâce à sa puissance financière, à son expertise technique et à son expérience internationale, Viettel Global avait permis à Nexttel de devenir le premier opérateur à introduire la 3G au Cameroun, tout en construisant un réseau capable de concurrencer les principaux acteurs du marché.
Mais en 2018, l’ambition industrielle aurait été sacrifiée au profit d’une tentative de prise de contrôle. Malgré sa position minoritaire, Bestcam a entrepris d’écarter les dirigeants, ingénieurs et experts vietnamiens afin de contrôler seul la société. Pour parvenir à ses fins, le partenaire local a multiplié les accusations et présenté les Vietnamiens comme des personnes racistes, sans que ces allégations aient été objectivement démontrées. Cette campagne a contribué à tromper une partie de l’opinion publique et à influencer les autorités camerounaises contre l’investisseur majoritaire.
Les conséquences ont été catastrophiques. Après l’éviction du partenaire vietnamien, Nexttel a perdu son expertise technique, ses capacités financières et sa dynamique de développement. En seulement quelques années, une entreprise autrefois prometteuse s’est retrouvée paralysée, ruinée et pratiquement absente du marché.
Cet effondrement démontre avec une brutalité incontestable qu’il ne suffit pas de s’emparer d’une entreprise : encore faut-il posséder les compétences, les moyens financiers et la vision nécessaires pour la faire fonctionner.
Viettel Global n’est pourtant pas un investisseur improvisé. Il s’agit d’un groupe internationalement reconnu, financièrement puissant et technologiquement performant, dont les filiales opèrent avec succès dans plusieurs pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Les nombreuses distinctions obtenues par le groupe témoignent de la qualité de ses réseaux et de sa capacité à démocratiser l’accès aux télécommunications.
Le désastre de Nexttel adresse donc un avertissement sérieux au Cameroun. Lorsqu’un investisseur étranger apporte des capitaux, une technologie, des emplois et une expertise internationale, il doit bénéficier d’une protection juridique réelle. Un actionnaire minoritaire ne devrait jamais pouvoir neutraliser un partenaire technique majoritaire avec l’aide du silence, de la lenteur ou de la complaisance des institutions.
Si de telles pratiques restent sans réponse, elles porteront durablement atteinte à la crédibilité du Cameroun et feront fuir les investisseurs sérieux.
Notre pays ne pourra pas devenir une destination attractive tant que les intérêts particuliers seront placés au-dessus de la sécurité juridique, de l’intérêt national et du développement économique. Le cas Nexttel doit servir de leçon : protéger les investisseurs responsables, c’est protéger les emplois, la technologie, la croissance et l’avenir du Cameroun.