Il a volontairement cédé le pouvoir à Paul Biya, un geste salué dans le monde entier
Le 18 juin 1983, quelques mois après l’arrivée de Paul Biya au pouvoir, une crise majeure aurait éclaté entre le nouveau président et les anciens barons du régime d’Ahmadou Ahidjo. Alors que des forces militaires étaient mobilisées autour de Yaoundé et que la visite de François Mitterrand approchait, une intervention a permis de désamorcer la crise et d’éviter un affrontement politique et institutionnel.
Yaoundé, samedi 18 juin 1983, une heure de l'après-midi. Dans le salon de la Résidence du Lac, Ahmadou Ahidjo allume son poste de radio, comme chaque jour depuis vingt-cinq ans.
Sept mois plus tôt, il a volontairement cédé le pouvoir à Paul Biya, un geste salué dans le monde entier. Mais il est resté à la tête du parti unique, et entre les deux hommes, le climat s'est lentement empoisonné : querelles de protocole, visite humiliante à Ngaoundéré où le chef de l'État a dû attendre toute une nuit, et ce mot lourd, lâché dans un accès de colère : trahison.
Ce jour-là, la radio annonce un remaniement surprise, lu à l'antenne dans la précipitation. Des barons de l'ancien régime découvrent leur disgrâce en rentrant chez eux. Le Premier ministre, qui travaillait encore avec le président le matin même, apprend par le poste la composition d'un gouvernement qu'il est censé diriger. Et Ahidjo comprend que son successeur vient de franchir la ligne rouge.
À seize heures précises, tous les ministres du Nord sont réunis autour de lui. L'ancien président laisse éclater sa colère. Ce qu'il leur propose : faire tomber le gouvernement en quelques heures. Certains sont prêts à le suivre. Puis une voix s'élève pour lui dire ce que personne n'avait jamais osé lui dire en face.
Pendant ce temps, dans l'ombre, un général fait encercler la capitale. Le ministre des Forces armées cherche son principal collaborateur militaire, sans le trouver. Et dans quarante-huit heures, François Mitterrand doit atterrir au Cameroun.
Qui a tenu tête à Ahidjo ? Qui a désamorcé la bombe ? Et comment le pays a-t-il frôlé l'embrasement sans que presque personne ne le sache ?
L'oubli est la ruse du diable !
Arol KETCH