Dans un contexte de vives tensions au sommet de l'État, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a ordonné la reprise de la diffusion de Vision 4 sur Canal+ Cameroun. Une décision qui intervient après la suspension prononcée par le Conseil national de la communication (CNC) et le retrait de la chaîne du bouquet. Pour certains observateurs, cette intervention serait le signe d'un rapport de force entre le « clan Bulu » et le « clan Nanga » dans la guerre de succession qui agite le pouvoir.
C'est une décision qui ne passe pas inaperçue. Dans une lettre datée du 2 octobre 2026, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a demandé à Canal+ Cameroun de reprendre « sans délai » la diffusion de Vision 4 sur ses canaux habituels. Une intervention qui survient cinq jours après la suspension de la chaîne par le CNC.
Pour de nombreux observateurs, cette décision dépasse le simple cadre réglementaire. René Emmanuel Sadi, présenté comme un membre influent du « clan Bulu » — le groupe ethnique du président Paul Biya —, aurait agi sous instruction directe du chef de l'État. Selon nos informations, Samuel Mvondo Ayolo, directeur du Cabinet civil, a d'abord contacté Canal+ par téléphone pour demander la reprise de la diffusion, avant que la procédure ne se poursuive par la saisine du ministre.
Cette intervention sonne comme un désaveu pour le CNC, dont la décision de suspendre Vision 4 est ainsi contournée par une autorité supérieure. Elle met en lumière les rivalités qui traversent le sommet de l'État, où chaque clan cherche à préserver ses intérêts et ses relais médiatiques.
Le « clan Nanga » dans l'attente
Face à cette décision, la question qui se pose est celle de la réaction du « clan Nanga », présenté comme l'adversaire farouche du « clan Bulu ». Ce groupe, qui tire son nom de la localité de Nanga, dans la région du Centre, regrouperait des personnalités influentes du régime, dont le secrétaire général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, et le ministre des Finances, Louis Paul Motaze.
Les relations entre les deux clans sont exécrables depuis plusieurs années, et chaque nomination, chaque décision administrative est scrutée comme un indicateur du rapport de force. La reprise de Vision 4 sur Canal+ pourrait être interprétée comme une victoire du « clan Bulu » et un affront pour le « clan Nanga », qui pourrait chercher à réagir.
Cette affaire s'inscrit dans un contexte de guerre de succession ouverte depuis la révision constitutionnelle d'avril 2026, qui a introduit le poste de Vice-Président de la République. Ce poste, toujours vacant, est l'enjeu de toutes les convoitises. Chaque clan cherche à positionner ses pions et à contrôler les leviers du pouvoir.
Dans ce contexte, le contrôle des médias devient un enjeu stratégique. Vision 4, chaîne du groupe L'Anecdote de Jean-Pierre Amougou Belinga, est perçue comme un relais d'influence important. Sa suspension par le CNC, puis sa reprise ordonnée par le ministre de la Communication, illustrent la volatilité des équilibres et la férocité des luttes en cours.