La tension est vive à la prison de Kondengui. L'arrivée des plus de 50 policiers accusés de détournement de 40 milliards de francs CFA rend difficile leur détention sur le lieu.
À Yaoundé dans la capitale, l'atmosphère est particulièrement tendue à la prison centrale, au lendemain de l'expédition d'une cinquantaine de fonctionnaires de police. Ces agents sont impliqués dans un éclaboussant scandale de détournement et de trafic de carburant au sein de la Délégation générale de la sûreté nationale (DGSN). Le préjudice causé représente, selon les enquêteurs, un montant de 40 milliards de francs CFA.
Dès les premières heures de la matinée, l'arrivée de ce groupe, qui comprend notamment des hauts gradés, a provoqué une onde de choc au sein de l'établissement pénitentiaire. Il y a un moment encore, ils se croyaient intouchables et n'avaient jamais imaginé qu'ils se trouveraient nez à nez avec ceux qu'ils poursuivaient auparavant et à qui ils faisaient des misères parfois injustifiées.
Selon le cyberactiviste Manto, les nouveaux arrivants font face à une hostilité générale. Les couloirs et les quartiers de la prison résonnent d'invectives et de huées de la part des détenus, marquant un rejet immédiat de ces anciens représentants de l'ordre désormais de l'autre côté des barreaux.
La situation prend une tournure délicate avec la présence, parmi les détenus, de prisonniers politiques et de manifestants qui ont été interpellés lors de différentes crises sociales et manifestations publiques passées. Plusieurs d'entre eux affirment avoir formellement identifié certains des policiers écroués aujourd'hui comme étant leurs présumés tortionnaires lors de leurs interpellations ou de leurs gardes à vue.
La cohabitation est donc loin d'être simple et apaisée. Le transfèrement des plus de 50 corps habillés fait suite à des audits et des investigations approfondies révélant des irrégularités massives et un réseau de prédation sur les stocks et les bons de carburant destinés à la police, un dossier qui embarrasse l'appareil sécuritaire et dont les répercussions judiciaires et administratives ne font que commencer.