Budget 2027 : L’année s’annonce encore plus difficile pour les camerounais

Louis Paul Motaze Dans Son Bureau.jpeg Le cadrage prévoit enfin une amélioration du déficit courant, de 4,1 % à 2,8 % du PIB, soit 1,3 pt

Tue, 13 Oct 2026 Source: www.camerounweb.com

Le budget 2027 du Cameroun s’annonce sous tension, avec une croissance économique projetée à 3,6 %, une inflation de 3,2 % et un déficit budgétaire de 2,7 % du PIB.

Une croissance attendue à 3,6 %, une inflation de 3,2 % et un déficit budgétaire de 2,7 % du PIB : la circulaire présidentielle du 12 octobre 2026 dessine une politique économique sous contrainte. Ses orientations privilégient les infrastructures et une meilleure gestion publique, mais leur financement et leur efficacité restent à démontrer.

Le Cameroun prépare son budget 2027 sur une base économique moins favorable qu’espéré. Alors que le cadrage initial de 2026 prévoyait une croissance de 4,3 %, celle-ci est désormais estimée à 3,5 %. L’inflation, initialement attendue à 3 %, atteindrait 4 %. Le déficit budgétaire passerait, lui, de 1,7 % du PIB prévu initialement à 2,2 %. Ces révisions traduisent une activité moins dynamique et des tensions financières plus importantes.

Pour 2027, le pouvoir exécutif table sur 3,6 % de croissance : une accélération de seulement 0,1 point. Le déficit budgétaire atteindrait pourtant 2,7 % du PIB, soit une dégradation supplémentaire de 0,5 point. Le principal défi sera donc de transformer cet effort financier en capacités de production et en emplois.

La circulaire présente néanmoins une orientation favorable : porter les dépenses d’investissement à au moins 30 % du budget général. Elle insiste également sur l’entretien des infrastructures, l’achèvement des projets et l’examen de leur maturité.

Cette priorité peut améliorer l’efficacité de la dépense publique. Une infrastructure achevée et entretenue produit des services ; un chantier dispersé sur plusieurs exercices immobilise des ressources sans nécessairement bénéficier aux usagers.

L’objectif de 30 % appelle cependant une clarification comptable. Dans la présentation officielle du budget 2026, les investissements représentaient 2 026,3 milliards FCFA, pour un budget général de 8 683,9 milliards. Les dépenses hors remboursement du principal de la dette s’élevaient à 6 210,5 milliards.

Selon le périmètre retenu, les investissements pesaient donc 23,3 % ou 32,6 %. La différence est considérable. À budget général inchangé, atteindre 30 % sur le premier périmètre supposerait environ 579 milliards FCFA supplémentaires. Ce calcul est illustratif : il ne constitue pas une annonce de crédits pour 2027.

Autre force du texte : la volonté de préserver la trésorerie des entreprises par le remboursement des crédits de TVA et l’apurement des arriérés. L’exigence d’audits avant de nouveaux soutiens à certaines entreprises publiques peut également limiter les renflouements sans résultats.

Ces mesures pourraient soutenir l’activité sans attendre la réalisation de grands projets. Une facture publique réglée permet à une entreprise de payer ses salariés, ses fournisseurs et ses échéances bancaires. Mais leur portée dépendra des sommes effectivement versées et des délais de paiement.

La faiblesse majeure du cadrage demeure le décalage entre croissance et déficit. Le ratio du déficit augmenterait de 22,7 %, passant de 2,2 % à 2,7 % du PIB, pour une accélération économique très limitée. Cela ne prouve pas que la dépense sera inefficace : les investissements produisent souvent leurs effets sur plusieurs années. Cela impose toutefois une justification précise de l’emploi des ressources.

À titre d’ordre de grandeur, sur un PIB hypothétique de 40 000 milliards FCFA, un demi-point supplémentaire de déficit représente 200 milliards FCFA. Cette simulation montre l’importance des arbitrages, sans prétendre chiffrer le déficit officiel de 2027.

Pour les ménages, la baisse attendue de l’inflation à 3,2 % constituerait un soulagement relatif. Les prix continueraient néanmoins d’augmenter. Avec une hausse de 4 % puis de 3,2 %, un panier moyen de 100 000 FCFA atteindrait théoriquement 107 328 FCFA après deux années. À revenus inchangés, la désinflation ne suffirait donc pas à restaurer le pouvoir d’achat.

Le cadrage prévoit enfin une amélioration du déficit courant, de 4,1 % à 2,8 % du PIB, soit 1,3 point. Cette perspective sera favorable si elle résulte d’une production nationale plus compétitive. Elle le serait moins si elle reflétait surtout une contraction des achats provoquée par les difficultés des ménages et des entreprises.

La circulaire fixe ainsi des priorités économiques défendables, mais elle ne remplace pas un financement détaillé. La future loi de finances devra préciser les enveloppes, les économies attendues et les conditions d’endettement. Le véritable test sera la capacité à convertir les crédits en électricité disponible, en routes praticables, en paiements réguliers et en emplois durables.

Boris Bertolt

Source: www.camerounweb.com