Quatre ministres morts jamais remplacés : le gouvernement fantôme de Paul Biya

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Tue, 13 Oct 2026 Source: www.camerounweb.com

C'est un constat qui donne la mesure du blocage institutionnel que traverse le Cameroun. Un an après l'élection présidentielle du 12 octobre 2025 et onze mois après la prestation de serment de Paul Biya, le gouvernement fonctionne toujours avec des postes vacants et des intérimaires. Quatre ministres décédés entre 2021 et 2023 — Adoum Gargoum, Alim Hayatou, Clémentine Ananga Messina et Gabriel Dodo Ndoke — n'ont jamais été remplacés par des titulaires. Deux autres portefeuilles, l'Emploi et la Formation professionnelle, ainsi que le Tourisme et les Loisirs, sont gérés par intérim après les départs d'Issa Tchiroma Bakary et de Bello Bouba Maïgari. Chez les directeurs généraux, l'Agence de promotion des investissements attend un patron depuis près de trois ans, et l'ANOR est dirigée provisoirement depuis juillet 2024. Derrière ces chiffres, une réalité : un appareil d'État qui prolonge l'attente, cumule les responsabilités sur les mêmes épaules et laisse des secteurs stratégiques sans pilotage clair, à quelques mois des échéances budgétaires de 2027.



UN AN APRÈS LA PRÉSIDENTIELLE, QUATRE MEMBRES DU GOUVERNEMENT DÉCÉDÉS ; DEUX DIRECTEURS GÉNÉRAUX DÉCÉDÉS ET DEUX MEMBRES DU GOUVERNEMENT DÉMISSIONNAIRES RESTENT SANS SUCCESSEURS TITULAIRES

Plus d’un an après l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, Paul Biya n’a toujours pas annoncé de remaniement général. Quatre membres du gouvernement morts entre 2021 et 2023 n’ont pas été remplacés par des titulaires. À ces absences s’ajoutent deux portefeuilles confiés à des intérimaires après les départs d’Issa Tchiroma Bakary et de Bello Bouba Maïgari.

Le nouveau septennat avance avec une équipe gouvernementale dont plusieurs fonctions restent durablement privées de titulaire. Au 13 octobre 2026, l’attente dépasse désormais une année depuis le scrutin présidentiel et onze mois depuis la prestation de serment de Paul Biya, le 6 novembre 2025.

Le problème dépasse le renouvellement politique attendu après une élection. Il concerne aussi la succession de responsables décédés pendant le précédent mandat, dont certains postes restent vacants depuis plus de cinq ans.

Adoum Gargoum, ministre délégué auprès du ministre des Relations extérieures chargé de la Coopération avec le monde islamique, est décédé le 8 mars 2021. Plus de cinq ans et sept mois après sa disparition, aucun successeur titulaire n’a été annoncé à cette fonction. Sa mort était intervenue après plus de vingt-trois années passées à ce poste.

Alim Hayatou, secrétaire d’État auprès du ministre de la Santé publique chargé de la lutte contre les épidémies et les pandémies, est mort le 5 avril 2021. Là encore, l’absence de remplacement dure depuis plus de cinq ans et six mois.

Clémentine Antoinette Ananga Messina, ministre déléguée auprès du ministre de l’Agriculture et du Développement rural chargée du Développement rural, est décédée le 5 août 2022. Son poste demeure sans nouvelle titulaire annoncée, plus de quatre ans et deux mois après son décès.

Enfin, Gabriel Dodo Ndoke, ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, est mort le 21 janvier 2023, il y a près de trois ans et neuf mois. Son département est effectivement dirigé par Fuh Calistus Gentry, mais toujours sous le régime de l’intérim, comme le confirment les publications officielles du ministère en 2026.

Il serait donc inexact d’affirmer que tous ces services sont sans direction ou que leurs activités ont cessé. Les administrations continuent de fonctionner. Mais assurer la continuité administrative ne règle pas la question du remplacement politique des responsables disparus.

Deux départs intervenus avant la présidentielle ont encore accru le recours aux solutions provisoires. Après celui d’Issa Tchiroma Bakary, Mounouna Foutsou, déjà ministre de la Jeunesse et de l’Éducation civique, a été chargé de l’Emploi et de la Formation professionnelle par intérim. Le site du MINEFOP le présente toujours ainsi dans un message actualisé le 11 octobre 2026.

À la suite de la démission de Bello Bouba Maïgari, Gabriel Mbaïrobe, ministre de l’Agriculture et du Développement rural, a pris en charge le Tourisme et les Loisirs en août 2025. Cet intérim se poursuivait encore en 2026.

Le tableau est préoccupant : quatre successions après décès non réglées par des nominations titulaires et deux portefeuilles supplémentaires gérés provisoirement. Ces situations sont différentes, mais elles ont un point commun : une organisation gouvernementale qui prolonge l’attente.

Le cumul de responsabilités peut alourdir la charge des ministres concernés et réduire le temps consacré à chaque secteur. Il pose aussi une question de pilotage : comment suivre simultanément les urgences agricoles et touristiques, ou les politiques de jeunesse, d’emploi et de formation, avec la même disponibilité ?

Ces secteurs sont pourtant directement concernés par les priorités économiques affichées pour 2027. L’agriculture, l’industrialisation, l’emploi et la santé nécessitent des arbitrages suivis, des responsables clairement identifiés et une évaluation publique de leurs résultats.

Le gouvernement n’est pas le seul concerné. Chez les directeurs généraux, L’Agence de promotion des investissements (API) demeure dirigée provisoirement après le décès de Marthe Angéline Minja, survenu le 29 décembre 2023. Shinwinsoh Boma Donatus assure sa succession par intérim. Près de deux ans et dix mois après la disparition de la première directrice générale, aucun nouveau titulaire n’a été identifié dans les sources consultées.

À l’Agence des normes et de la qualité (ANOR), Charles Booto à Ngon est décédé le 29 juin 2024. Le conseil d’administration a désigné, le 10 juillet suivant, la directrice générale adjointe, Chantal Andely, née Momo Ndongo, pour assurer l’intérim dans l’attente d’une nomination définitive.

Ainsi va la République

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