Lancé le 21 octobre à Yaoundé, le compact AgriConnect veut faire converger capitaux publics et privés autour de huit chaînes de valeur. L’enjeu dépasse la production : il s’agit de sécuriser les marchés, les emplois et la facture d’importation.
Le Cameroun vient de donner un cadre chiffré à une ambition souvent répétée : produire davantage de nourriture sur son territoire et transformer une plus grande part de ses récoltes. Le compact AgriConnect, présenté par le gouvernement et le Groupe de la Banque mondiale, vise à mobiliser environ 1 120 milliards de FCFA d’ici à 2030. Les filières ciblées sont le maïs, le riz, le manioc, le palmier à huile, le cacao, le soja, le lait ainsi que la pêche et l’aquaculture.
Le choix de ces huit filières dit où se situe la vulnérabilité. Certaines alimentent directement les ménages, d’autres l’industrie locale ou les exportations. Selon la Banque mondiale, l’agriculture et l’alimentation représentent près de 17 % du PIB, emploient environ 4,7 millions de personnes — soit 42 % de la population active — et génèrent plus de la moitié des exportations hors pétrole. Le programme est donc aussi une politique d’emploi et de devises.
La cible annoncée de réduction de 28 % des importations alimentaires sera toutefois jugée sur des résultats concrets : rendements, accès aux semences et à l’irrigation, logistique rurale, stockage, contrats d’achat et transformation.
Mobiliser des capitaux ne garantit pas leur décaissement, encore moins leur arrivée auprès des petits producteurs. La publication d’un calendrier, de responsables par filière et d’indicateurs territoriaux permettrait de distinguer les engagements des investissements effectivement réalisés.
L’originalité d’AgriConnect peut précisément résider dans cette discipline de chaîne de valeur. Une tonne supplémentaire n’a d’effet durable que si elle trouve un acheteur, une route, une unité de transformation et un prix rémunérateur. C’est à cette articulation entre ferme, usine et marché que se mesurera la portée du compact.