'Je pense que je suis suivi par le président Kamto'
La déclaration de la députée Nourane Fotsing, dite Nourane Foster, qui affirme être la deuxième personnalité politique camerounaise la plus suivie sur Facebook après le chef de l’État, est critiquée pour son manque de preuves chiffrées et de méthode de vérification.
Invitée d'« Obama Time » sur A1, la députée Nourane Fotsing, dite Nourane Foster, s'est classée intuiti personae juste derrière le chef de l'État sur Facebook. Une déclaration sans source ni chiffre, qui mérite d'être examinée au vue de la multiplicité de profils que chacune de ces personnalités disposent sur les réseaux sociaux.
1. Une affirmation chiffrable, présentée sans chiffre
Un classement se démontre. Or la députée ne cite ni nombre d'abonnés, ni outil de mesure, ni date. Elle commence même par « je ne sais pas si vous êtes au courant », comme si le public devait la croire sur parole. En journalisme, une affirmation vérifiable donnée sans preuve reste une déclaration, pas un fait.
2. Aucun classement officiel de ce type n'existe
Facebook ne publie pas de palmarès des responsables politiques camerounais les plus suivis. Ses bilans annuels portent sur les personnalités les plus commentées, et le réseau n'y indique même pas les scores. Parler d'une « deuxième place » suppose un comparatif que personne n'a rendu public.
3. « Suivi » et « influent » sont deux choses différentes
Un abonné peut être un militant, un curieux ou un faux compte. Au Cameroun, l'usurpation d'identité des personnalités sur Facebook est une pratique courante, et les pages parodiques ou clonées brouillent toute comptabilité. Le nombre d'abonnés mesure une audience, pas un poids politique, et encore moins une légitimité.
4. Le président de la République comme point de repère : un détail révélateur
Se placer « juste après » le chef de l'État est un procédé classique : on emprunte son rang pour se grandir.
Une ancienne enquête sur les faux profils des dirigeants camerounais attribuait à la page présidentielle jugée officielle environ 112 000 abonnés.
Le chiffre est ancien et ne dit rien d'aujourd'hui, mais il montre que le président n'est pas, en soi, le sommet incontesté du classement numérique. Le « deuxième » n'a donc de sens que si l'on sait qui est le premier.
On se rappelle de cette même filouterie politique de « je sais qui a gagné, je vous le dirai au moment opportun »
5. « Je pense que je suis suivi par le président Kamto » : l'aveu de flou
Après l'assurance vient la supposition/le conditionnel : « je pense ».
Qu'un responsable politique en suive un autre ce que j’en doute au vue des faux profils ne prouve d'ailleurs rien sur le nombre de ses abonnés. L'argument fonctionne par association : être suivi par Maurice Kamto, principal opposant au régime, serait un label. (Qu’est-ce que son nom vient faire là ?)
Un abonnement n'a jamais valu adhésion, et une simple notification n'est pas un brevet de représentativité.
6. Le contexte politique éclaire la sortie
Élue députée du Wouri en 2020 sous la bannière du PCRN, Nourane Foster a connu des tensions publiques avec le président de son parti, Cabral Libii, après ses propos élogieux envers la Première Dame.
Dans un contexte de départ tumultueux du PCRN, afficher un rang numérique revient à avancer un capital de popularité, utile pour négocier sa place.
Mais au fond ce n'est pas une preuve d'ancrage électoral.
7. Le vrai sujet : la politique à l'ère des « likes »
La séquence illustre une dérive : l'audience numérique devient une monnaie politique. Pourtant, les électeurs ne votent pas sur Facebook, et un fil d'actualité ne remplace ni un programme, ni un bilan législatif, ni une présence sur le terrain.
À une députée, on est en droit de demander ce qu'elle a fait de sa fonction, pas seulement combien de personnes la suivent.
Verdict à l’observation…
Affirmation invérifiable en l'état, probablement flatteuse, et de toute façon hors sujet par rapport à ce qu'on attend d'une élue.
Si Nourane Foster dispose de données, qu'elle les publie : captures datées, comparatifs avec les autres pages politiques, méthode. Tant qu'elle ne le fait pas, ce « deuxième rang » relève de la communication, pas de l'information.
Par
Charles Armel Mbatchou