Les chiffres sont spectaculaires et l’imaginaire des minerais de batteries immédiat. Pourtant, les résultats d’Elig-Mfomo sont d’abord une découverte scientifique : ils justifient davantage d’exploration, pas une promesse d’exploitation industrielle.
Cinq chercheurs ont décrit la pétrologie et la géochimie de roches mafiques et ultramafiques ainsi que des sols latéritiques d’Elig-Mfomo, dans le Centre. Leur étude, publiée le 28 octobre dans Discover Geoscience, signale dans certains échantillons des concentrations élevées de nickel et de cobalt. L’un d’eux contient plus de 1 % de cobalt et 0,75 % de nickel. Les auteurs montrent aussi le rôle de l’altération tropicale dans la concentration des métaux, avec la goethite comme phase hôte dominante.
Ces valeurs ne suffisent pas à établir une réserve. Il faut connaître la continuité latérale et verticale, le tonnage, la variabilité des teneurs, la métallurgie, les coûts d’extraction et les impacts sur l’eau et les sols. Les échantillons universitaires répondent à une question géologique ; un projet minier doit répondre à une série beaucoup plus longue de questions économiques, sociales et environnementales. La confusion entre indice, ressource et réserve crée des attentes locales difficiles à corriger.
La meilleure suite serait une exploration transparente, associant universités, autorités, communes et communautés. Les données de forage, protocoles d’échantillonnage et résultats environnementaux devraient être accessibles. Le Cameroun peut tirer parti des minerais critiques, mais il doit éviter un modèle où la valeur scientifique quitte le pays avant d’avoir renforcé les laboratoires, les compétences et la transformation locale. Elig-Mfomo est une invitation à chercher mieux, pas encore à exploiter vite.