Vice – présidence : L’axe sécuritaire se met en place autour de Franck Biya

FRANCK BIYA ALBERT II ACCUEIL La succession se préparerait davantage à travers les symboles et les réseaux d’influence

Tue, 3 Nov 2026 Source: www.camerounweb.com

La montée en influence de Franck Biya dans les cercles du pouvoir camerounais constitue des signes d’une préparation progressive de la succession de Paul Biya. Certains observateurs s’appuient notamment sur le dîner privé organisé à la résidence de Franck Biya lors de la visite du prince Albert II de Monaco auquel auraient été conviés plusieurs hauts responsables politiques, diplomatiques et sécuritaires.

LA SUCCESSION À PAS DE LOUP, OU LA PATIENTE MISE EN SCÈNE DE FRANCK BIYA

Pendant des décennies, évoquer l’après-Paul Biya relevait à Yaoundé du tabou absolu. À 93 ans, le patriarche d’Étoudi occupe toujours le sommet de l’État. Dans son ombre, pourtant, un glissement s’opère. Sans avoir jamais prononcé le moindre discours de candidature, Emmanuel Franck Biya, fils aîné du président, s’installe au centre de l’échiquier politique. Notre lecture est que cette prééminence ne doit rien au hasard. Elle procède d’une scénographie patiente, qui mobilise la diplomatie, l’appareil sécuritaire et les leviers de l’administration.

FRANCK BIYA ET LA DIPLOMATIE DU HUIS CLOS

Au Cameroun, le pouvoir ne s’exhibe pas, il se suggère. La visite du prince Albert II de Monaco, le 30 octobre 2026, en offre l’illustration la plus récente. Officiellement caritative et mémorielle, elle a pris l’allure d’un rite d’adoubement.

Le Protocole d’État a inscrit au programme officiel un « dîner privé » à la résidence de Franck Biya. Il a ainsi brouillé la frontière entre l’intime et l’institutionnel. Recevoir un chef d’État étranger relevait jusqu’ici du président de la République ou du Premier ministre. Ce soir-là, le rôle est revenu au fils. Jeune Afrique note d’ailleurs que certaines sources s’interrogent sur le titre qui l’y habilite.

Selon une note de renseignement citée par l’hebdomadaire, l’ambassadeur de France Sylvain Riquier figurait parmi les convives attendus. Deux lectures sont possibles. La première est protocolaire : la Principauté n’a pas d’ambassade à Yaoundé, et la France assure la protection consulaire des Monégasques là où Monaco n’est pas représenté. La seconde est politique. Notre hypothèse est qu’une telle présence permettrait de tester l’acceptabilité internationale d’une transition, en présentant le fils du président comme un interlocuteur crédible.

L’AXE SÉCURITAIRE AUTOUR DE FRANCK BIYA

Le message le plus fort s’adresse pourtant à l’échiquier intérieur. La liste des convives annoncés dessine une succession adossée à la force légitime. Réunir autour du fils le ministre de la Défense, le délégué général à la Sûreté nationale et le secrétaire général de la présidence n’est pas un choix mondain.

Dans l’architecture du pouvoir camerounais, l’armée et la police restent les ultimes arbitres de la stabilité. Si leur présence se confirme, l’alignement de ces sécurocrates lors d’un événement officieux fonctionnerait comme une revue des troupes. Il s’agirait de montrer aux factions du sérail que l’appareil sécuritaire s’est déjà rangé derrière l’option Franck Biya. Le message vaudrait aussi pour la première dame. Chantal Biya n’est candidate à rien, mais certains de ceux qu’elle parraine étaient attendus à la même table.

FRANCK BIYA, UNE INFLUENCE SANS MANDAT

La prééminence de Franck Biya repose sur une anomalie assumée : une influence maximale sans l’usure d’un mandat exécutif. L’homme cultive la discrétion, mais son nom traverse toute l’architecture gouvernementale.

Jeune Afrique range parmi les personnalités mobilisées pour la visite, « pour la plupart favorables à Franck Biya », le ministre de l’Économie Alamine Ousmane Mey, le ministre des Finances Louis-Paul Motaze et le directeur du cabinet civil Samuel Mvondo Ayolo. Ce « pour la plupart » mérite qu’on s’y arrête. En juin 2026, selon des informations attribuées au même hebdomadaire, Louis-Paul Motaze se positionnait discrètement pour la vice-présidence. Un allié peut aussi être un concurrent. Notre lecture est que l’entourage de Franck Biya ressemble moins à un club de fidèles qu’à une coalition d’intérêts, qui se range derrière lui tant qu’il demeure l’option la plus sûre.

LA PRÉPARATION DES ESPRITS

Toute cette ingénierie converge vers un but : banaliser la succession. Les débats sur la vice-présidence de la République, toujours vacante, entretiennent les spéculations sur une entrée officielle en scène. En installant Franck Biya dans la posture de celui qui reçoit les têtes couronnées, s’entoure des chefs de l’appareil sécuritaire et attire la haute administration, le régime opère une lente acclimatation des esprits.

Au Cameroun, la transmission du pouvoir semble moins se jouer dans l’arène électorale que dans la maîtrise des symboles d’État. Reste le paradoxe du silence. Devant l’opinion, il passe pour cette absence de rêve que nous relevions il y a quelques jours. Dans le sérail, il devient l’écrin d’une puissance qui n’a de comptes à rendre à personne. C’est peut-être toute la méthode : une succession qui, sous le vernis du mystère, s’orchestre à la vue de tous sans jamais avoir à se justifier.

John Lawson

Source: www.camerounweb.com