Il faut suivre la survie des plantations pendant plusieurs saisons
Un grand fromager a disparu du paysage de l'Hippodrome pour laisser place à un projet d'espace vert réaménagé. L'épisode résume une contradiction : moderniser la ville tout en détruisant parfois l'ombre et les sols qui la rendent respirable.
Le chantier de la rue Nachtigal, à Yaoundé, a commencé par l'abattage d'un fromager emblématique. La Communauté urbaine explique que le nouvel aménagement doit créer un espace public convivial et redéfinir le paysage. Cette justification ne répond toutefois pas encore à toutes les questions : diagnostic sanitaire de l'arbre, alternatives étudiées, nombre d'arbres remplacés, essences choisies et délai nécessaire pour retrouver une canopée équivalente.
La perte d'un arbre adulte ne se compense pas par une plantation symbolique. Un grand sujet réduit la chaleur, retient l'eau, stocke du carbone et offre un habitat à la biodiversité. Dans une capitale confrontée aux pluies intenses et aux glissements de terrain, les espaces végétalisés sont aussi des infrastructures. Le précédent du drame de Mbankolo rappelle que l'urbanisation, le drainage et l'occupation des pentes doivent être pensés ensemble.
Le débat dépasse la rue Nachtigal. Des habitants observent la disparition progressive d'alignements d'arbres à Mvan, Essos ou Biyem-Assi. La ville a besoin d'un inventaire public de son patrimoine arboré, d'une règle de compensation et d'un mécanisme d'information avant les coupes. Une photographie avant-après ne suffit pas : il faut suivre la survie des plantations pendant plusieurs saisons.
Ce projet peut encore devenir un cas de bonne pratique si la municipalité publie le plan paysager, les espèces, les surfaces perméables et les objectifs de température. Le choix n'est pas entre chantier et nature. Il est entre un urbanisme qui considère l'arbre comme un obstacle et un urbanisme qui l'intègre comme un équipement essentiel.