'Élimbi Lobé a dit une stupidité': le faux et tribaliste historien copieusement corrigé par un vrai

Elimbi Lobe, Ex Secrétaire Adjoint Du SDF Elimbi Lobé

Tue, 25 Feb 2025 Source: www.camerounweb.com

Comment l'homme qui écume les plateaux télé et qui raconte quelques fois des vérités, ses vérités et la plupart du temps, des bêtises, est toujours sollicité sur les plateaux de télévision ?

Parce que, ce que cet homme qui se dit politicien et des fois analyste, a bel et bien dit une bêtise, lorsqu'il a affirmé que Ouandié était un bandit.

Heureusement que l'historien Prof Edouard Bokagne, très bien connu sur le plan international, a très vite remis Elimbi à sa place.



"Je savais qu'on en arriverait là. (Puisque n'importe qui se mêle de devenir historien). Tout le monde peut, à partir de sa seule compréhension, sur la bonne foi de ses impressions, créer ses propres définitions. Et, du jour au lendemain, on obtient un génocide en pays bamiléké et des laisser-passer qui ne ciblent que des Bamiléké.

Pourquoi pas, (puisque c'est ainsi qu'il faut procéder), Ernest Ouandié ne serait-il pas un bandit, ainsi qu'Abel Élimbi Lobé le dit ? Tant qu'à dire : disons. J'ai encore relu les mots dont j'ai été flétri : de gens qui, à la vérité, ne savent même pas écrire. Et même des Djamen ; j'ai cru m'en étrangler ; un Djamen ! sont venus me parler.

Seulement, Élimbi a dit une stupidité. Avant de définir l'histoire, il aurait dû me consulter. Il a écrit : « l'histoire, c'est les faits ». Non. Les faits, c'est ce qui s'est passé. L'histoire, c'est d'abord comment c'est raconté. Ensuite, c'est comment c'est interprété. Tout un mécanisme préside à comment on rapporte les faits du passé. Tout un autre permet de les interpréter.

Ce sont ces deux mécanismes, mis bout à bout, qui octroient ce qu'on appelle Histoire. Pas simplement le fait. Trouver un individu, près d'un corps poignardé, avec le couteau ensanglanté ; quand même ce serait lui qui aurait tué, ne suffit pas pour le dire meurtrier. Il faut encore comprendre exactement comment la chose s'est passée.

Notre travail, à nous historiens, commence par le plus facile : reconstituer. Les faits passés laissent toujours des traces. Il est difficile, - quasiment impossible - à l'homme de cacher ou même de se cacher. Je le dis aux jujubards qui croient qu'il y a en leurs brousses, trois cent mille cadavres que personne n'a pu trouver. Ils n'ont simplement jamais existé.

Reconstituer est certes facile, mais nullement exempt de pièges inhérents à la reconstitution. Les chrétiens qui lisent l'histoire des Hébreux dans la Bible n'acceptent jamais la version de l'Égypte des pharaons. Quand on n'est pas un historien, la reconstitution devient celle d'une seule appréciation ; reçue, souvent avec les critères d'un autre temps.

Il se construit une trame historique narrative chargée d'émotions. Elle octroie aux faits, des significations orientées au service de sa propre traduction. Il se crée un no man's land pour l'interprétation. On ne saura pas si Robin des Bois était héros ou bandit ; ou si la reine Pokou qui jeta son enfant au fleuve commit un crime ou fût une reine éclairée.

Élimbi Lobé a construit une telle trame sur Ernest Ouandié ; que des contradicteurs ayant bâti la même trame inversée réfutent. Ça donne une querelle d'idées, sans personne pour départager. Il n'y a pas de passion en histoire. Les faits exhumés sont passés. Ils ne reposent que sur des idées. Hérodote d'Halicarnasse a dit écrire l'histoire, pour que « les actes des hommes ne sombrent pas dans l'oubli ».

Les faits de l'histoire ne se comprennent pas sans le contexte qu'il faut correctement définir. Élimbi Lobè a parlé d'indépendance. C'est ce mot, justement, qui est querellé. Qui essaie de comprendre Ouandié par rapport à cette indépendance a tout faussé ; car c'est elle, avec ce qu'elle implique ; avec le sort qu'elle aspirait à changer, qu'Ouandié voulait modifier.

L'ignorance de l'histoire, dans tous les sens, est extrêmement dommageable. Est ignorant celui qui ne connaît pas. Celui qui en possède une inventée l'est tout autant. Avec effarement, la communauté nationale a vu le Noso basculer dans une espèce de suicide collectif constitutif précisément du rapport à son ignorance de sa trajectoire historique.

Personne à date ne peut dire sur quoi se fonde le désordre qui a mis un million de ses enfants sur les chemins de l'exil. Tout s'est mêlé dans leur esprit, d'un narratif dont, progressivement, ils découvrent le caractère erroné. Ils ne sont pas les seuls à posséder cette perspective faussée. L'histoire est la seule unité didactique qui doive être généralisée.

La question, alors, se pose : peut-on faire de l'histoire sans historiens ? Exactement comme on peut faire de la médecine sans médecin ou de la sorcellerie sans sorcier. De toutes façons, c'est ce qu'on fait depuis qu'on lapide des Bokagné. Comment démontreriez-vous, sur la base de faits, qu'Ouandié fut différent de No Pity ? (Déjà qu'il finit comme lui : liquidé) ?

Mon propos n'est pas de faire entendre raison à qui possède déjà sa propre idée.

Je vous dis ce qui adviendra de notre société où tout le monde refuse d'entendre raison".

Source: www.camerounweb.com