Au moins 36 personnes auraient déjà été transférées au Cameroun depuis décembre
Selon les informations rapportées par le Wall Street Journal et reprises par notre consœur Angie Forbin, l’administration Trump a conclu un accord avec le Cameroun prévoyant environ 35 millions de dollars d’aide militaire au BIR, en contrepartie de l’accueil de migrants expulsés des États-Unis, y compris des ressortissants de pays tiers.
Les détails de cet accord controversé et secret conclu entre le Cameroun et les Etats Unis qui permettaient à Trump d’expulser les migrants vers le Cameroun commencent à filtrer.
Selon le Wall Street Journal, les États-Unis vont fournir environ 35 millions de dollars d'aide militaire au BIR, en échange de l'accueil par le Cameroun de personnes expulsées du territoire américain.
Le Département d'État américain a négocié la livraison d'équipements militaires — comprenant notamment des véhicules blindés de transport de troupes — au Bataillon d'intervention rapide (BIR) du Cameroun.
En contrepartie, le Cameroun a accepté de recevoir des individus expulsés par les États-Unis, y compris des personnes qui ne sont pas de nationalité camerounaise. Depuis décembre, au moins 36 personnes ont ainsi été acheminées au Cameroun, et ces vols d'expulsion pourraient s'intensifier.
Ce partenariat suscite de vives critiques en raison du passé du BIR. En 2017, un rapport de l'organisation Amnesty International accusait déjà cette unité de crimes de guerre, de tortures et de maltraitances commis dans le cadre de sa lutte contre le groupe terroriste Boko Haram. En 2019, lors de son premier mandat, Donald Trump avait d'ailleurs réduit l'aide à cette même unité en raison de ses abus répétés.
L'accord a provoqué la colère de la sénatrice démocrate Jeanne Shaheen, membre influente de la commission des affaires étrangères du Sénat. Après avoir bloqué la livraison des fonds pendant plusieurs mois, elle a vu son veto outrepassé par l'équipe du secrétaire d'État Marco Rubio.
La sénatrice a qualifié cet arrangement de « grotesque », estimant que les États-Unis ne devaient pas fournir de matériel militaire sensible à des gouvernements accusés de violations des droits humains, encore moins pour s'en servir de paiement pour la gestion des expulsions.
Le Département d'État américain s'est refusé à détailler les termes précis de l'accord, mais a salué son partenariat sécuritaire avec le Cameroun. Il assure respecter la loi « Leahy », un texte qui interdit théoriquement tout financement militaire américain à des forces étrangères impliquées dans des exactions. De son côté, l'ambassade du Cameroun à Washington n'a pas souhaité réagir.
Angie Forbin