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Sports News Fri, 24 Jul 2020

Enquête: voici les enjeux et acteurs de la nouvelle cabale contre Tombi A Roko

Lynchage. L’ancien président de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) dont le mandat avait été interrompu en août 2017, suite à une décision du Tribunal arbitral du Sport (TAS), est au centre d’une controverse suite à l’audit financier de ses huit derniers mois de gestion de l’institution. Alors que ses adversaires l’accusent de mauvaise gestion, en compagnie de certains de ses anciens collaborateurs, dont le directeur administratif et financier en poste à l’époque, ces derniers remettent en cause le travail du commissaire aux comptes à l’origine de la controverse et décrient les manœuvres de leurs successeurs respectifs pour masquer la réalité. Kalara a enquêté.

Alors que les Camerounais en étaient encore à ruminer leur déception après l’élimination des Lions Indomptables du football par les Supers Eagles du Nigeria en quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) en Egypte, l’actualité a brusquement basculé sur la gestion de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot). Le 11 juillet 2019, en effet, M. Jean-Pierre Soh, magistrat hors hiérarchie et secrétaire général du ministère des Transports dans le civil, a jeté un gros pavé dans la marre en tant que président de la Commission d’éthique de la Fécafoot. Dans un communiqué de presse diffusé ce jour-là, le haut magistrat a déclaré, après avoir énuméré une kyrielle de griefs, que sa commission avait suspendu M. Tombi A Roko «à vie de toute activité relative au football».

Ancien président de la Fécafoot, M. Tombi A Roko était aux commandes lorsque les Lions indomptables ont soulevé pour la dernière fois le trophée de la CAN. C’était au Gabon, en 2015. Une victoire remportée par une équipe que peu de personnes voyaient sur le toit de l’Afrique. Du coup, la mise en accusation de cette figure emblématique, avec huit autres personnes, dont le directeur financier de la fédération à l’époque de son règne, ont rapidement détourné les regards des Camerounais de la débâcle de l’équipe nationale en Egypte. L’ancien dirigeant et certains de ses coaccusés sont présentés dans le communiqué de presse de M. Soh au moins comme des gestionnaires indélicats, qui auraient détourné une bonne partie du patrimoine de la fédération à leur profit.

Bien que parsemé par des détails croustillants de nature à intriguer le lecteur, comme ce grief selon lequel M. Tombi A Roko avait transformé un don de 6000 ballons reçus de l’équipementier Puma en un achat d’une valeur de 79 millions de francs prélevés dans les caisses de la fédération, le caractère non contradictoire de la procédure ayant abouti aux sanctions prononcées par la commission de discipline est rapidement apparu, obligeant certains lecteurs à en savoir davantage. Une petite enquête menée la semaine dernière permet de démêler une partie de l’écheveau dans ce qui apparaît finalement comme la poursuite des batailles souterraines entre différents prétendants (réels ou supposés) à la gestion de la fédération dans un contexte où le Comité exécutif en poste, dirigé par M. Séidou Mbombo Njoya, est non seulement chahuté pour les performances médiocres des équipes nationales ces derniers mois, mais aussi n’est pas sûr d’aller au bout de son propre mandat.

En fait, selon l’enquête de Kalara, le communiqué de presse de M. Jean-Pierre Soh est le dernier épisode d’un long feuilleton dont l’origine remonte à la prise de contrôle de la fédération par le Comité de normalisation dirigé par l’avocat Dieudonné Happy. Il a pour socle un rapport d’audit mené en 2018 sur la gestion de la fédération au cours de l’exercice 2017. C’est en cette année que le Comité exécutif dirigé par M. Tombi A Roko avait été démis au profit d’un Comité de normalisation dirigé par Me Happy. Pour mieux cerner le scénario, il convient de s’appesantir sur le rôle des principaux acteurs. Ce sont, non seulement Me Dieudonné Happy et M. Jean-Pierre Soh, mais aussi M. Emile Christian Bekolo, expert-comptable et commissaire aux comptes de la Fécafoot, sans oublier M. Séidou Mbombo Njoya.

1. Dieudonné Happy, le prescripteur

Lorsque l’équipe de Me Happy prend les commandes de la Fécafoot le 10 septembre 2017, elle a pour mission principale de poursuivre le toilettage des textes de l’institution menée par un autre Comité de normalisation jadis présidé par M. Joseph Owona, professeur agrégé émérite de droit public. L’avocat a-t-il reçu mandat de la Fédération internationale de football association (Fifa) de passer au peigne fin la gestion du Comité exécutif sortant ? Toujours est-il qu’il va poser nombre d’actes dans le domaine de la gestion financière au cours du mandat du Comité de normalisation. Profitant d’une pratique de la Fifa, qui fait auditer tous les ans l’exécution des programmes financés par elle auprès des organismes membres, Me Happy va demander que l’audit s’étende à l’ensemble de la gestion de la Fécafoot en 2017.

Cette vérification comptable, menée par un cabinet londonien, impose aux responsables financiers de la Fécafoot de mettre à la disposition de l’auditeur, sous forme de documents numériques, l’ensemble des pièces justificatives de la gestion de la Fécafoot en 2017. Le rapport du cabinet londonien ne relève aucun problème. La Fifa ne trouvera aucun intérêt à lui donner une quelconque suite ou à le mettre en circulation. Est-ce pour éviter de laver publiquement M. Tombi A Roco des soupçons de mauvaise gestion que ses successeurs agitent dans les médias ? Certains en sont convaincus, surtout qu’entre-temps, l’équipe de M. Happy décide de se débarrasser du directeur administratif et financier recruté à l’époque de M. Tombi A Roko. Suspecté de malversations financières, M. Abega Nguini Gilles est chassé sans ménagement. Le bureau qu’il occupe est d’ailleurs éventé. Un nouveau DAF prend le relai, sans passation de service. Ce limogeage sera d’ailleurs à l’origine de nombreuses procédures judiciaires, qui sont encore pendantes.

C’est dans ce contexte que le cabinet Bekolo and Patners, commissaire aux comptes de la Fécafoot, va auditer les comptes de l’institution pour l’exercice 2017. L’équipe de Happy a-t-elle dissimulé certaines pièces comptables au moment de cet exercice ? Les a-t-elle détruites ? De toutes les façons, l’auditeur va dresser son rapport en août 2018, dans lequel il s’abstient de donner son opinion quant à la qualité de la gestion financière. L’ensemble de l’information financière contenue dans le rapport d’audit provient en effet des nouveaux responsables financiers de la Fécafoot et de certains contrôles que l’auditeur prétend avoir effectués. Elle n’a pas fait l’objet d’un regard contradictoire des gestionnaires de l’époque. Cela ne va pas empêcher Dieudonné Happy d’inscrire la discussion de ce rapport dit provisoire dans l’ordre du jour de l’Assemblée générale de la Fécafoot organisée le 12 décembre 2018, obtenant le lynchage médiatique sans frais de l’équipe à Tombi A Roko.

Avant cette assemblée générale, le Comité de normalisation de la Fécafoot a déjà pris sur lui de dénoncer M. Abega Nguini auprès du TCS, l’accusant de détournement de fonds publics sur la base du rapport provisoire de M. Bekolo Emile Christian. Une autre plainte sera déposée par Dieudonné Happy au Tribunal de grande instance (TGI) du Mfoundi. Ces procédures judiciaires sont encore pendantes. C’est donc sur la base du contenu du rapport dit provisoire du Cabinet Bekolo and Partners, que la commission éthique de la Fécafoot sera saisie d’une plainte contre Tombi A Roko et consorts.

2. Emile Christian Bekolo, le malin

Le Cabinet Bekolo & Partners est commissaire aux comptes de la Fécafoot et, à ce titre, chargé d’émettre tous les ans un rapport sur la gestion financière de l’institution pour l’exercice précédent. C’est une obligation contractuelle. En cela, son rapport d’audit pour l’année 2017, au centre des accusations portées contre l’ancien président de la Fécafoot, est tout à fait normal, surtout qu’il est indiqué, dans les toutes premières lignes du document, que l’auditeur s’abstient de donner son opinion sur la gestion qu’il aura épluchée. «S’il avait été convaincu de la gravité des actes de gestion financière attribués aux anciens dirigeants de la Fécafoot, le commissaire aux comptes n’aurait pas eu d’autre choix que d’alerter lui-même le procureur de la République», explique un autre expert-comptable qui estime que son confrère n’a fait que son travail.

Seulement, ayant été commissaire aux comptes au cours des exercices antérieurs, notamment de l’exercice 2016 pour lequel il avait certifié les comptes de la Fécafoot et proposé à l’Assemblée générale de la Fécafoot de donner quitus à la tenue des comptes de la gestion de M. Tombi A Roko, il apparaît curieux aux yeux des observateurs avertis de la fédération que l’expert-comptable se soit comporté comme une simple caisse d’enregistrement des données financières incomplètes reçues du Comité de normalisation présidé par M. Dieudonné Happy..

C’est le cas des informations touchant à l’exécution du contrat qui liait jadis la Fécafoot à l’équipementier Puma. Sous anonymat, un membre de l’actuelle équipe de la Fécafoot prend des distances : «Ce contrat n’a jamais prévu que l’équipementier offre des ballons à la fédération. Il est surprenant que M. Bekolo ait gobé cette information sans le moindre recul parce qu’il a, par le passé, manipulé le contrat Puma, ce qui lui aurait permis d’émettre au moins des réserves sur l’information selon laquelle un don de Puma a été masqué en achat de ballons pour 79 millions de francs. Pareil pour les avances de salaires qui sont une pratique connue, même dans l’administration, lorsque la Trésorerie le permet. Le commissaire aux comptes avait la possibilité de recouper autrement ses informations au lieu d’offrir facilement de la matière aux faits divers de caniveau».

C’est aussi le cas concernant les informations touchant à l’exécution des chantiers de construction de quatre stades dans certaines communes, précisément à Bangangté, à Bafia, à Sangmélima et à Bamenda. La gestion de ces investissements, dont le montant cumulé avoisine 3 milliards de francs, constitue le gros des critiques de l’expert-comptable à l’égard de l’ancien président de la Fécafoot et ses coaccusés. Le problème, pour ces derniers, c’est que M. Bekolo Emile Christian a présenté, dans les détails, au cours de l’AG du 12 décembre 2018, le contenu d’un rapport dit provisoire sans les avoir approchés pour éclairer les zones d’ombre de ses constats.

Au lendemain de cette rencontre, un communiqué final avait été publié dans les médias pour rendre compte, à l’attention du public, les principales décisions prises par les membres de l’Assemblée générale. Le communiqué indiquait que le commissaire aux comptes n’avait pas émis une opinion sur les comptes de l’exercice 2017. Les raisons de cette situation étaient données : absence de contradictoire avec l’exécutif de la Fécafoot présidé par Tombi A Roko pour la période allant du 1er janvier au 22 août 2017 ; absence de réponses à des questions qui aurait pu être adressées par l’équipe de M. Tombi A Roko ; puis absences de pièces justificatives ou de preuves de marchés, d’exécution et de réception de certains contrats relatifs aux travaux de construction des stades.

La partie du rapport du commissaire aux comptes sur la période de gestion du Comité de normalisation, soit du 23 août au 31 décembre 2017, ne présentait donc aucun problème selon l’expert-comptable. L’Assemblée générale du 12 décembre 2018 donnera mandat au commissaire aux comptes pour boucler son rapport. Profitant de la situation, M. Tombi A Roko, comme M. Abega Nguini, l’ancien DAF, disent avoir pris contact avec le commissaire aux comptes au lendemain de cette AG pour s’étonner du caractère non contradictoire de son rapport et proposer leur collaboration pour aider le cabinet comptable à achever sa mission. En dépit de plusieurs séances de travail informelles sur les réponses attendues et d’une mise à disposition des pièces justificatives, le 28 février 2018 (voir ci-contre), M. Bekolo va refuser d’en tenir compte.

Selon les informations émanant du camp Tombi A Roko, «Le commissaire aux comptes a déclaré qu’il ne reçoit les documents que sur autorisation de son mandataire officiel, c’est-à-dire le président de la Fécafoot». Pourquoi ? La tentative faite par Kalara, le 18 juillet dernier, pour essayer d’en saisir la raison ont été vaines. Plusieurs SMS (courts messages électroniques) émis sur une adresse téléphonique connue du concerné, d’abord pour savoir si son rapport était effectivement provisoire, et ensuite pour comprendre, le cas échéant, pourquoi le rapport définitif n’était pas encore disponible sont restées vaines. Et l’autorisation attendue par l’expert-comptable de la part du président de la Fécafoot, M. Séidou Mbombo Njoya, n’a jamais été donnée.

Pour les personnes mises en cause par le rapport du Cabinet Bekolo and Partners, la dérobade de l’expert-comptable, qui consiste à ne recevoir dans le cadre de ses travaux de vérification comptable que des pièces mises à disposition par les dirigeants en poste de la Fécafoot, est contraire à ses obligations professionnelles. D’abord, fait l’observer l’ancien DAF de la Fécafoot, M. Abega Nguini Gilles, le commissaire aux comptes est un «auditeur indépendant» qui est recruté par l’Assemblée générale de la Fécafoot à laquelle il est tenu de rendre compte. Il ne peut donc se réfugier derrière de prétendues autorisations attendues du président de la Fécafoot.

En plus, ajoute le financier, en plusieurs endroits de son rapport dit provisoire, M. Bekolo a fait des affirmations qui contredisent le contenu du rapport d’audit de la gestion financière 2016 réalisé par lui-même, sur la base des pièces comptables et des justificatifs mis à sa disposition à l’époque par les services financiers de la fédération. Les observations opposées à l’expert-comptable, consultées par Kalara, mettent à nu la volte-face surprenante de l’expert-comptable par rapport à des situations qu’il avait déjà approuvées. Pour l’heure, Emile Christian Bekolo a rendez-vous avec l’ancien DAF de la Fécafoot ont rendez-vous, en principe dans les prochains jours devant le juge d’instruction du TGI du Mfoundi, à la suite de la plainte de la Fécafoot.

3. Jean-Pierre Soh, l’exécuteur

C’est l’Uccaf, une association des clubs amateurs affiliée à la Fécafoot qui a officiellement saisi d’une requête contre Tombi A Roko et consorts la Commission d’éthique de la fédération, qui compte deux chambres dont l’une chargée de l’instruction et l’autre dite de jugement. Cette saisine se fait au lendemain de l’Assemblée générale de la Fécafoot tenue en décembre 2018, avec base de la dénonciation, le rapport d’audit signé par M. Bekolo Emile Christian. Suite à cette saisine, le dossier sera d’abord examiné par la chambre d’instruction. Des convocations sont adressées aux mis en cause. Mais M. Tombi A Roko, comme M. Abega Nguini Gilles, refusent d’y donner suite. Ils estiment que cette chambre est dépouillée de toute crédibilité.

En fait, selon les principes de la Fifa, expliquent les proches de l’ancien président de la fédération, les organes juridictions des associations affiliées à la Fifa doivent être mis en place par voie d’élection. Ce n’est pas le cas, dit-on de ce côté-là, des deux chambres de la commission d’éthique, qui ont été mises en place par le Comité de normalisation dirigé par M. Happy Dieudonné, loin de toute assemblée générale de la Fécafoot. On n’hésite même pas à désigner M. Jean-Pierre Soh comme un «chargé de mission» de l’ancien président du Comité de normalisation, le haut magistrat ayant atterri dans les affaires du football par la seule bénédiction de l’avocat.

Lorsque le rapport d’instruction de la requête de l’Uccaf est soumis à l’appréciation de la chambre de jugement, le même manège sera observé. Deux premières convocations sont adressées à M. Tombi A Roko, sans réponse de sa part. Une troisième partira, à laquelle il donnera une suite via son avocat. En réalité, Me Sylvain Rodrigue Ambomo demande par écrit à la chambre de jugement de concéder un report pour l’audition de l’ancien président de la Fécafoot qui serait empêché. Cette demande restera lettre morte.

La gestion du cas de M. Gilles Abega Nguini, l’ancien DAF de la Fécafoot est rocambolesque. Ce dernier, qui était pourtant la cheville ouvrière de la gestion financière de la Fécafoot, affirme n’avoir jamais été convoqué, ni par la chambre d’instruction de la commission d’éthique, ni par la chambre de jugement. Mais, sur la base des pièces fournies à un certain M. Sali Issa, mis en cause sur des faits supposés de faux et usages de faux, et qui s’est défendu devant la commission d’éthique avec des arguments reçus de l’ancien DAF, a été mis hors de cause… Jusqu’au moment où le communiqué du 11 juillet 2019 est rendu public, M. Tombi A Roko et certains de ses coaccusés sont sans nouvelle de la suite de la procédure. Ils apprendront donc, comme tout le monde, les sanctions prononcées à leur encontre. Ces dernières ont été prises une semaine auparavant, soit le 3 juillet 2019.

Pourquoi le président de la chambre de jugement de la commission d’éthique de la Fécafoot choisit-il de publier un communiqué au lieu de faire porter (notifier) aux parties concernées la quintessence même de la décision prise par ses soins ? Le choix de M. Soh est contesté, y compris par nombre de membres actuels du Comité exécutif de la Fécafoot. Selon l’article 13 des Statuts de la Fécafoot, notamment, c’est le Secrétaire Général qui a la charge de communiquer au public, lorsque c’est nécessaire, les décisions prises pour le compte de l’institution. Il est en effet chargé «de la publication des décisions prises par l’Assemblée générale, le comité exécutif, les organes juridictionnels, les commissions spécialisées et ad hoc».

Magistrat hors hiérarchie, M. Jean-Pierre Soh méconnait-il les limites de ses fonctions de président de la chambre de jugement de la commission d’éthique de la fédération lorsqu’il décide de communiquer sur ses décisions, en lieu de place du secrétaire général de la Fécafoot ? Personne ne peut y croire. D’ailleurs, comme on pouvait s’y attendre, l’avocat de M. Tombi A Roko fait une critique sans concession des actes posés par M. Soh dans le communiqué de presse rendu public le 17 juillet dernier. Me Ambomo dénonce, entre autres, le caractère rétroactif des décisions du 3 juillet 2019, les faits querellés étant antérieurs à la mise sur pied de la commission Soh, mais aussi la prise d’une sanction non prévue par les textes de la fédération, notamment l’exclusion à vie des activités relatives au football, qui serait, selon les partisans de M. Tombi A Roko, le vrai dessein poursuivi depuis le règne de Me Happy.

Le contenu même de l’article 40 du Code d’éthique de la Fécafoot est rappelé dans le communiqué de presse pour mettre en exergue la forfaiture du haut magistrat. Il stipule que «les membres de la Commission d’éthique et les secrétaires sont tenus de garder le secret sur tout ce dont ils ont pris connaissance dans le cadre de leurs fonctions, notamment les faits de la cause et le contenu des enquêtes, délibérations et décisions prises». Ce texte précise en outre que «seules les décisions définitives déjà notifiées à leurs destinataires peuvent être rendues publiques». Le code prévoit même que tout contrevenant à ces prescriptions soit passible «d’une suspension par les 2/3 des membres de la Commission d’éthique de la Fécafoot jusqu’à la prochaine Assemblée générale».

Bien que conscient de tout cela, M. Jean-Pierre Soh a pris le soin, dans son communiqué, d’informer ses victimes qu’elles ont dix jours pour demander d’obtenir copie de sa décision et le même délai pour engager un éventuel recours. Aux dernières nouvelles, l’avocat de M. Tombi A Roko a informé la Fécafoot du désir de son client d’obtenir notification de la décision du 3 juillet 2019 et d’engager un recours pour laver son honneur. C’était jeudi dernier, 18 juillet 2019. Et la Fécafoot, qui a accusé réception de la démarche, indique que des dispositions sont prises pour que la demande de l’ancien président soit satisfaite. Elle ouvrira sans doute la voie à des contestations ultérieures et probablement à des procédures judiciaires, puisque l’avocat de M. Tombi A Roko a déjà prévenu que son client engagera si nécessaire «toutes actions judiciaires idoines prévues par la loi».

4. Séidou Mbombo Njoya, le profiteur

L’actuel président de la Fécafoot n’était pas en poste lorsque les premières escarmouches ont été essuyées à propos de la gestion financière de l’institution en 2017. Pour autant, étant donné le fait que M. Tombi A Roko est un sérieux candidat potentiel au poste qu’il occupe, il n’est pas sûr qu’il soit prêt à lui tendre la perche pour le sauver en cas d’éventuel naufrage. C’est ainsi qu’il faut regarder l’attitude de M. Séidou Mbombo Njoya dans la polémique née de la gestion de la Fécafoot.

Jusqu’ici, en effet, il n’a été enregistré aucune réaction de l’exécutif de la fédération depuis la publication du communiqué de presse de M. Jean-Pierre Soh, le président de la chambre de jugement de la commission d’éthique. Or, cette publication est clairement contraire aux statuts de l’organisme. Et c’est bien le président de la Fécafoot qui est chargé de veiller au bon fonctionnement de toutes les structures de l’organisme, y compris les commissions juridictionnelles, d’autant que le communiqué querellé empiète sur les attributs du secrétaire général.

Dans sa posture, M. Séidou Njoya a toujours voulu montrer patte blanche autour des querelles liées à l’appréciation de la gestion financière de 2017. Ignorant la résolution de l’Assemblée générale de la Fécafoot du 12 décembre 2018, qui mandate bien le commissaire aux comptes pour qu’il achève les travaux de vérification de la comptabilité de la fédération en 2017, il a écrit, le 1er mars 2019 (voir ci-contre), en réponse à un courrier de M. Tombi A Roko reçu la veille et demandant son intervention pour que M. Emile Christian Bekolo reçoivent les justificatifs de gestion manquants, «que les éléments de contradiction [proposés par son prédécesseur et l’ancien DAF] devraient plutôt être présentés au juge, lequel, dans le cadre d’une procédure contradictoire, saura déterminer leur portée».

C’est une opinion qui laisse croire que le successeur de M. Happy Dieudonné est sur la même longueur d’onde que lui. Ils sont prêts à entretenir longtemps le flou sur la gestion financière de 2017. Tant qu’une épée de Damoclès pend sur la tête de Tombi A Roko, à travers des procédures judiciaires suscitées aussi bien au TCS que devant le TGI du Mfoundi, en plus de la sortie controversée de la commission d’éthique, les rivaux se portent bien. Les rumeurs en provenance du Tribunal Sportif arbitral, saisi au sujet des accusations supposées d’achat de voix par la mouvance Séidou Mbombo Njoya lors du processus électoral l’ayant porté à la tête de la fédération et les résultats médiocres des sélections nationales ne donnent pas à penser que la donne change aujourd’hui.

(Enquête publiée par Kalara le 22 juillet 2019)

Source: Le Bled Parle

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