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Sport

Football: voici la vraie histoire autour du complexe sportif d'Olembe

Tue, 23 Feb 2021 Source: camer.be

Et si l’histoire du complexe sportif d’Olembe m’était contée. Tout commence en septembre 2014. Lors de la session ordinaire du comité exécutif de la Confédération africaine de football, le vote est effectué pour choisir les pays devant organiser la 32eme édition de la coupe d’Afrique des nations en 2019, la 33eme édition en 2021 et la 34eme édition en 2023.

Le Cameroun obtient alors l’organisation de 2019, la Côte d’Ivoire celle de 2021 et la Guinée celle de 2023. Le Cameroun venait ainsi de remporter une victoire, ou du moins d’avoir l’occasion de laver la honte que le pays trainait depuis qu’il était devenu un pays de référence de football en Afrique, avec 4 coupes d’Afrique des nations remportées depuis 1984, à la date de 2014, auxquelles il faut ajouter une cinquième en 2017, 7 participations à la coupe du monde depuis 1982, faisant de lui le pays qui a disputé le plus grand nombre de matches d’une équipe africaine dans l’histoire de la Coupe du Monde .

Sauf qu’avec ce palmarès, le pays devenu une grande nation de football, avait été incapable d’organiser une édition de la coupe d’Afrique depuis l’avènement du renouveau, qui pourtant s’était à chaque fois approprié ces victoires, avant de les attribuer au président de la République désormais « le premier sportif » du pays. L’organisation acquise donc, il fallait répondre aux exigences de la Caf qui demandait des infrastructures modernes pour l’occasion, alors que les deux stades des capitales camerounaises étaient désormais dépassés par le temps et la mode.

Se mettre à jour

Un vaste programme de construction des infrastructures était donc lancé, et parmi les complexes sportifs à construire, figurait en bonne place celui d’Olembé, qui devait en guise de reconnaissance porter le nom du président de la république, le stade Paul Biya. L’exécution de ce projet fut alors attribué au groupe italien Piccinni, qui dans son site internet présentait l’ouvrage comme la fierté du Cameroun : « Le futur complexe sportif d’Olembé comprendra le stade Paul Biya d’une capacité de 60 000 places couvertes, deux stades d’entraînement de 1000 places chacun, un gymnase où pourront se jouer le handball, le basket-ball ou le tennis, une piscine olympique, un hôtel 5 étoiles de 70 chambres, un centre commercial, un musée et un cinéma.

Le stade Paul Biya, actuellement en construction sur une superficie de 34 hectares dans le quartier d’Olembé à Yaoundé, à 13 km de la ville, sera l’un des plus grands stades d’Afrique. Le stade Olembé accueillera les cérémonies d’ouverture et de clôture de la 32ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations en 2019 et fera la fierté du Cameroun. La construction d’un stade facilite non seulement l’organisation de grands événements sportifs, mais revitalise également l’économie, le quartier et la ville. Les installations (cinémas, restaurants, hôtels, entreprises, salles de sport, etc.) qui accompagnent le stade ajoutent de la valeur aux nouveaux espaces et les intègrent harmonieusement dans la ville. »

Les travaux avaient en effet débuté en mars 2016, et le groupe Piccinni, par la voix de l’ambassadrice d’Italie au Cameroun, promettait à cette date de livrer le chantier dans un délai de 30 mois, à savoir en septembre 2018. Le coût du projet était alors de 163 milliards de francs Cfa. Et le Cameroun n’avait pas cet argent, malgré sa volonté d’organiser la coupe, et il fallait faire des prêts. Trois conventions de prêts fûrent signées en août 2016 avec les banques nigériane UBA pour 24,5 milliards et italienne Intesa Sanpaolo, qui accepta de débourser le gros lot de 138, 538 milliards. L’argent de Intesa devait essentiellement servir à régler les factures de Piccinni, l’adjudicataire du marché.

Difficultés….

Bon l’an mal an, les travaux continuaient, les ministres des Sports et autres ne cessaient de rassurer que l’infrastructure sera prête à temps, même comme les mouvements d’humeurs des employés s’annonçaient déjà sur le chantier pour revendiquer des conditions de travail et autres primes et assurances. On apprendra alors qu’il y a des difficultés de financements. Le site internet investir au Cameroun renseigne qu’au mois de juillet 2019, le président du groupe Piccinni Makonnen Asmaron arrivait au Cameroun, alors que le délai de livraison était déjà dépassé, pour solliciter une convention de cautionnement en vue de lever auprès des banques locales un «?financement supplémentaire?», destiné à achever l’infrastructure. Quelques temps après, le ministre des Finances Louis Paul Motaze déclarait à la sortie d’une audience avec le président de BGFIBank que ?Piccinni recevra des financements supplémentaires pour achever les travaux de construction du stade d’Olembé.

Entre temps, la Caf, ayant constaté qu’elle ne pouvait pas compter sur le Cameroun pour l’organisation de cette 32eme édition de la Can, avait déjà adopté le plan B et confié la compétition à l’Egypte, donnant ainsi davantage de temps au pays pour mieux revoir ses devoirs. Sur le chantier, fatigué de diplomatie, Piccinni commençait à crier haut ses déboires et le manque de financement. Le gouvernement qui n’aime pas que ses petites affaires soient rendues publiques, décida simplement de lui retirer le marché, confié à l’entreprise canadienne Magil, sous nouveau fond de triomphalisme. Au ministère des sports, Bidoung Mkpatt a laissé sa place à Narcisse Mouele Kombi, qui lors d’une visite sur le site le 22 septembre 2020, déclarait à la presse « Nous ne pouvons que nous féliciter de leur bon niveau d’exécution. »

…et opacité

Mais malgré ce satisfecit de surface, le fond du problème restait, le nerf de la guerre. Qu’est ce qui s’est passé avec les 163 milliards de francs Cfa ? D’après le rapport final de validation technique du cadre des dépenses à moyen terme (2021-2023), « Les acteurs de la chaîne d’élaboration des documents budgétaires du Ministère des Sports et de l’éducation physique ont toujours présenté la difficulté du suivi financier des grands projets à financement extérieur de la CAN, notamment les stades d’Olembé, de Japoma, de Roundé-Adja de Garoua, etc. » Le rapport précise que le suivi est fait par d’autres instances, sans dire lesquelles. Toujours est-il que sans voir clair sur ce financement, le président de la république, s’appuyant sur une rallonge budgétaire adoptée au cours de la session de novembre 2020, a signé un décret autorisant le ministre de l’Economie à rechercher 55,16 milliards de francs cfa supplémentaire pour « la poursuite des travaux de construction du complexe sportif d’Olembé?» Ce qui situe le coût de ce projet à 218,16 milliards, et on est encore à la poursuite des travaux.

Si l’histoire du complexe sportif d’Olembé nous était contée, elle se résumerait à celle d’une infrastructure lancée il y a 5 ans, qui devait être livrée il y a 3 ans, pour une compétition qui devait avoir lieu il y a 2 ans, mais qui s’est embourbée dans un labyrinthe gouvernemental propre au renouveau où tout le monde est responsable de tout… mais personne n’est coupable de rien.

Source: camer.be

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