Il raconte comment Samuel Eto'o se comportait chez les Lions indomptables
Longtemps présenté comme l’un des plus brillants espoirs de La Masia, Jean Marie Dongou, formé à la Fondation Samuel Eto’o, avait tout pour marquer durablement les Lions Indomptables. Convoqué très jeune en sélection mais jamais utilisé en match officiel – il compte zéro titularisation en A, malgré un appel en 2013 –, l’attaquant n’a finalement jamais pu s’imposer au plus haut niveau international.
Apres avoir disparu des radars du football, l’attaquant camerounais de 30 ans, Jean-Marie Dongou a entamé une reconversion en tant que analyste pour la chaîne espagnole Jijantes TV sur Twitch. Il raconte comment Samuel Eto'o se comportait avec lui en équipe nationale du Cameroun.
« À l’arrivée, Samuel est accompagné d’un garde du corps armé, avec un pistolet. Là, je me dis : où est-ce que je suis tombé ? Il ne mange pas avec nous, par peur d’être empoisonné. »... Lisons
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« Deuxième convocation, Cameroun – Libye, au Cameroun. Là, je me dis clairement : ce football-là, ce n’est pas pour moi. Je suis arrivé en Europe à 13 ans, j’ai fait toutes les catégories au Barça, j’ai joué avec le premier groupe, côtoyé des joueurs de très haut niveau.
« Avec tout le respect que j’ai pour eux, ce ne sont pas les mêmes standards. À ce moment-là, je suis avec Alexandre Song. Lui non plus n’a pas une bonne relation avec Samuel. Mais Song est mon coéquipier.
« On reçoit la convocation en même temps, on prend le même avion, on est assis côte à côte. Je ne suis pas contre Samuel, mais je vais naturellement vers mon coéquipier.
« À l’arrivée au Cameroun, on est logés au centre de la sélection, à Mbankomo. Chacun a sa chambre, on partage une salle de bain. Song et moi venions du même club, donc on était ensemble. Samuel arrive en retard au rassemblement. Il refuse de monter dans le bus, veut venir avec sa voiture. Finalement, il monte, son véhicule suit le bus.
« À l’arrivée, il est accompagné d’un garde du corps armé, avec un pistolet. Là, je me dis : où est-ce que je suis tombé ? Il ne mange pas avec nous, par peur d’être empoisonné. Son frère lui apporte sa nourriture. Il arrive à table, s’assoit, dit aux autres qu’ils peuvent manger, puis repart. Il ne parle qu’espagnol.
« Personne ne peut entrer dans sa chambre. Pour moi, c’est un choc. Mon rêve, depuis toujours, c’était de jouer avec lui. Plus que le Mondial, je voulais jouer à ses côtés. Un soir, le sélectionneur vient me voir et m’annonce que je ne jouerai pas. La raison ? Selon lui, Samuel aurait dit : « s’il joue, je ne joue pas ». Je ne sais pas si c’est vrai ou non.
« Cette nuit-là, Samuel quitte le rassemblement avec son Range Rover, son chauffeur et son garde du corps. Il y a des tensions. Certains joueurs prennent son parti. Moi, à ce moment-là, je suis dans une forme exceptionnelle. Je m’entraînais avec le Barça A, j’avais déjà débuté, mes performances à l’entraînement étaient très bonnes.
« Tout le monde me disait que je devais jouer. Je panique. J’appelle mes parents. Ils le vivent très mal. Je décide alors que je ne jouerai pas. Pas de match, pas de problème. Le sélectionneur, Volker Finke, essaie de me rassurer. Il me dit qu’il est allemand, qu’il contrôle la situation.
Mais je connais mon pays. Lui repartira en Allemagne, moi je resterai là-bas avec ma famille. Finalement, Samuel revient juste avant le match, joue, est capitaine.
« Victoire 1-0 contre la Libye. Moi, je suis en tribune. Après le match, il annonce qu’il prend sa retraite internationale. Un vrai show. Il réunit tout le vestiaire, fait son discours, puis s’en va ».