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Qui était Khaled Cheikh Mohamed, le cerveau des attentats du 11-Septembre ?

Sat, 12 Sep 2020 Source: jeuneafrique.com

L’idée de lancer des avions de ligne contre des objectifs américains obsédait depuis 1994 Khaled Cheikh Mohamed (KCM), ingénieur pakistanais qui a fait ses études aux États-Unis.

Le 11-Septembre n’aurait sans doute pas eu lieu sans Khaled Cheikh Mohamed (KCM). Ce Pakistanais originaire du Baloutchistan et élevé au Koweït n’est pas un inconnu de la scène jihadiste quand il entre dans la sphère d’Oussama Ben Laden : il a combattu en Afghanistan jusqu’en 1992. À Peshawar, il s’est fait connaître pour ses réseaux de financement, et parvient ainsi à s’attacher plusieurs seigneurs de guerre afghans.

En 1994, il met au point un plan de détournements d’avions américains dans le Pacifique, qui échouera. Mais la cible et le modus operandi sont déterminés : lancer des avions de ligne contre des objectifs américains devient l’idée fixe de Khaled Cheikh Mohammed.

RÉSERVÉ AUX ABONNÉS | 12 septembre 2020 à 10h21 | Par Jihâd Gillon

Khaled Cheikh Mohamed après sa capture, en 2003.

L’idée de lancer des avions de ligne contre des objectifs américains obsédait depuis 1994 Khaled Cheikh Mohamed (KCM), ingénieur pakistanais qui a fait ses études aux États-Unis.

Le 11-Septembre n’aurait sans doute pas eu lieu sans Khaled Cheikh Mohamed (KCM). Ce Pakistanais originaire du Baloutchistan et élevé au Koweït n’est pas un inconnu de la scène jihadiste quand il entre dans la sphère d’Oussama Ben Laden : il a combattu en Afghanistan jusqu’en 1992. À Peshawar, il s’est fait connaître pour ses réseaux de financement, et parvient ainsi à s’attacher plusieurs seigneurs de guerre afghans.

En 1994, il met au point un plan de détournements d’avions américains dans le Pacifique, qui échouera. Mais la cible et le modus operandi sont déterminés : lancer des avions de ligne contre des objectifs américains devient l’idée fixe de Khaled Cheikh Mohammed.

À LIRE [Série] 11-Septembre : dans la tête d’Oussama Ben Laden (1/4)

Sa réputation le précède donc quand il arrive à Tora Bora en 1996 pour présenter à Ben Laden ses projets. Avec son fort accent koweïtien, KCM suggère de viser plusieurs cibles américaines, dont le Pentagone, le Capitole, la Maison-Blanche, le QG de la CIA, du FBI et le World Trade Center.

« Psychopathe »

Abou Hafs est atterré par le plan et s’empresse de qualifier l’homme de « psychopathe directement sorti de l’asile ». Ce n’est pas l’avis de Ben Laden : séduit, le Saoudien nomme KCM chef des opérations spéciales d’Al-Qaïda.

Khaled Cheikh Mohammed essaye dès lors de convaincre le chef saoudien de mener des attaques de ce type. Ben Laden hésite, « l’opération lui semblait complexe et très coûteuse » d’après Abou Hafs. Mais l’idée fait du chemin dans son esprit.

C’est le crash d’un avion d’Egyptair le 31 octobre 1999 qui finit par convaincre la tête d’Al-Qaïda. Au départ de Los Angeles, l’avion devait rejoindre Le Caire. Il s’écrasera dans l’Atlantique, causant la mort de 217 personnes. À son bord, d’ordinaires touristes américains partis découvrir les merveilles de l’Égypte, mais aussi une trentaine d’officiers égyptiens qui revenaient de leur formation militaire aux États-Unis.

La thèse de l’accident est d’abord privilégiée. Mais la boîte noire révèle les derniers mots du copilote Gameel al-Batouti — « Je me confie à Dieu » — avant le crash. Cet élément, ainsi que l’identité des passagers égyptiens, persuade Ben Laden qu’il s’agit d’une opération suicide du copilote égyptien.

Entre temps, les fonds en provenance du Golfe commencent à parvenir à Al-Qaïda, conséquence de la fatwa anti-américaine de Ben Laden. KCM a de son côté amendé son projet, et réduit le nombre de cibles.

Ben Laden se décide enfin, identifie et sélectionne personnellement plusieurs attaquants potentiels : ils doivent apprendre l’anglais, se comporter en parfaits Arabes occidentalisés pour ne pas attirer l’attention et obtenir seuls un visa pour les États-Unis. « De cette façon, il éliminait les moins débrouillards », précise Abou Hafs.

Chauvinisme

Dix-neuf candidats sont retenus, dont pas moins de quinze Saoudiens. Une surreprésentation qui ne doit rien au hasard.

Ben Laden, bien qu’islamiste, n’est pas immunisé contre le chauvinisme et estime que ses compatriotes sont plus fiables et ne trahiront pas en cas d’échec de l’opération.

Surtout, les ressortissants saoudiens obtiennent habituellement assez facilement les visas américains. Ils seront d’ailleurs tous regroupés dans la même équipe, celle chargée de neutraliser les équipages des avions.

L’autre équipe regroupe des ressortissants d’autres pays arabes, pour la plupart étudiants en Allemagne. C’est la fameuse cellule de Hambourg, à la tête de laquelle est nommé l’Égyptien Mohammed Atta. Ses membres doivent apprendre à piloter, prendre le contrôle des appareils et les lancer sur les cibles.

KCM les emmène à Karachi, et les loge dans différents appartements de la ville, où ils sont formés aux rudiments du pilotage sur des logiciels de simulation. KCM leur indique aussi les points faibles de la cabine de pilotage.

Dans le cas où l’un d’entre eux serait arrêté, ils ne sont pas précisément tenus informés de la nature de l’opération. Parallèlement aux cours de pilotage, on les entraîne aux techniques de guérilla urbaine, aux arts martiaux, à la confection d’explosifs, etc. Façon de brouiller les pistes.

Ruse

« Une ruse de Ben Laden, qui savait pertinemment qu’ils n’avaient pas besoin de savoir tout ça », abonde Abou Hafs. Ils sont ensuite envoyés aux États-Unis pour prendre des cours de pilotage plus poussés.

KCM met aussi au point un langage codé. Dans les messages que s’échangent les membres des différentes équipes, « le Professeur » désigne Oussama Ben Laden, les « écoles » les cibles civiles, et les « universités » les cibles militaires.

En août 2001, l’un des membres de « l’équipe » saoudienne, Saeed al-Ghamdi confirme ainsi à son comparse Ramzi bin al-Shabih, de « l’équipe » de Hambourg, la nature et le nombre des cibles : « Le premier semestre commence dans 3 semaines. Deux lycées, et deux universités… 19 certificats de scolarité, et 4 examens. Salutations au professeur. » Comprendre : « L’opération aura lieu dans 3 semaines, deux cibles civiles et deux cibles militaires. 19 participants, 4 pirates de l’air. Salutations à Ben Laden. »

Source: jeuneafrique.com

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