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Troublantes révélations d'un journal francais sur Vincent Bolloré [LIBERATION]

Thu, 4 Feb 2021 Source: www.camerounweb.com

Magnant de l'industrie portuaire en Afrique, Vincent Bolloré prépare sa retraite qu'il a programmée pour 2022. Et pour se retirer, l'homme d'affaires, incontournable sur le contient Africain, prépare un "happy-end" pour son entreprise à coup de multiples acquisitions. Des acquisitions qui suscitent des inquiétudes au sommet de l'Etat français.

CamerounWeb vous propose les révélations du journal "Libération" sur les activités de Vincent Bolloré. Lecture...

Depuis quelques années, Vincent Bolloré a pris l’habitude d’accueillir ses visiteurs en leur montrant une application sur son téléphone. Un compte à rebours, qui mesure le temps lui restant avant le 17 février 2022. A cette date, qui marquera le bicentenaire du groupe portant son nom, le milliardaire a prévu de quitter ses fonctions. Il aura alors près de 70 ans, dont quarante passés à la tête de l’entreprise familiale. Bolloré à la retraite dans douze mois, vraiment ? «Vincent montre un peu moins le chronomètre quand vous allez le voir, se marre un grand patron français qui le fréquente. Il commence à dire qu’il espère avoir bouclé les chantiers en cours, que le Covid lui a fait prendre du retard…» Un des principaux lieutenants de l’intéressé nuance : «Il est toujours dans l’idée d’arrêter en 2022. Mais est-ce qu’il arrivera à le faire à 100 % à la date prévue ? Ce n’est pas sûr.» Il n’est pas déraisonnable de parier que Bolloré fera un peu de rab. D’autant que l’homme d’affaires (qui n’a pas souhaité répondre à Libé) se démultiplie ces derniers temps. Vivendi, dont son groupe est l’actionnaire de référence avec 27 % du capital, bataille âprement sur les droits de diffusion de la Ligue 1. Il vient de racheter l’éditeur de presse Prisma, qui publie les magazines Géo, Capital,Gala… Il s’est aussi invité au capital (à hauteur de 10 %) de l’espagnol Prisa, propriétaire du quotidien El País et d’un tout petit bout, sans pouvoir, du Monde. Surtout, Vincent Bolloré est en première ligne dans la baston pour le contrôle du groupe Lagardère (Europe 1, Paris Match, Hachette), qui l’oppose depuis l’été 2020 à Arnaud Lagardère et son allié, Bernard Arnault. Il a aussi un œil sur l’ensemble RTL-M6 (lire ci-contre), que son propriétaire allemand, Ber - telsmann, serait prêt à lâcher pour 3 milliards d’euros.

DERNIER FEU D’ARTIFICE

Est-ce l’échéance de 2022 qui fait s’agiter le titulaire de la 17e fortune de France (5,7 milliards d’euros selon Challenges) ? Si l’on considère que le personnage, complexe et mystérieux même pour ses proches, est d’abord mû par un ego et une volonté de puissance, on dira qu’il s’offre un dernier feu d’artifice avant de lâcher la rampe. Histoire de partir en beauté, et non la peur du vide au ventre. C’est plutôt l’avis de ses adversaires, comme cette source provenant du camp Lagardère-Arnault : «C’est un truc de pouvoir.» Son ex conseiller Alain Minc, qui a cheminé trois décennies avec lui avant de rompre il y a trois ans : «Bolloré, c’est Gengis Khan. Il se fait plaisir.» Si l’on estime en revanche qu’il est avant tout un stratège hors pair, on répondra qu’il range la maison avant de la confier à ses descendants. Cyrille Bolloré, 35 ans, est déjà pleinement aux commandes du groupe Bolloré depuis 2019. Il supervise les activités historiques de transport et de logistique (3,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires au premier semestre 2020), notamment en Afrique et, avec sa sœur Marie, la division technolo - gique, celle qui a produit, sans grand succès pour l’instant, les Autolib et des batteries électriques. «Vincent a lâché cette partie, raconte un proche. Il n’a plus de bureau au siège, ne participe plus aux réunions ni aux comités.»

«BOULIMIE D’ACQUISITIONS»

Côté Vivendi, la maison mère de Canal + (télévision) également propriétaire d’Universal (musique), Havas (publicité) et Editis (édition), le successeur désigné est Yannick Bolloré, 40 ans, président du conseil de surveillance. Mais en coulisse, c’est encore le paternel, présent au conseil en tant que «censeur», qui décide. Les investissements récents concernent tous cette branche, devenue la plus grosse de l’empire (7,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires au premier semestre 2020) et dotée de participations importantes dans la société de production Banijay ou l’opérateur Telecom Italia. Le centre de gravité du groupe Bolloré, bousculé en Afrique par la concurrence chinoise et la fin d’une époque de liens privilégiés avec certains chefs d’Etat, a basculé ces cinq dernières années vers les médias et le divertissement. Au soir de sa vie professionnelle, Vincent Bolloré accélère encore dans le virage. «Il ne s’est pas lancé dans une boulimie d’acquisitions pour se faire plaisir, mais parce qu’il se projette dans plusieurs années et se demande comment repartir en conquête», explique un ex-dirigeant de Vivendi, resté proche du patriarche. D’où la recherche de nouvelles entités de production de «contenus», comme Prisma. En 2019, Vivendi avait tenté de racheter les éditions des Arènes. Les deux parties se sont finalement entendues pour s’allier dans la distribution. «Nous n’avons pas encore tous les morceaux du puzzle», indique un porte-parole de Vivendi. Le but affiché : constituer un conglomérat dont les différentes branches collaborent pour décliner les livres en séries, les récits journalistiques en films ou en podcasts, etc. Un modèle extérieur de cette idée est l’adaptation des livres formant la Chronique de Bridgerton par Netflix, énorme succès de la plateforme. Vincent Bolloré a les moyens d’être actif. Vivendi est riche, et lui avec. Le milliardaire a réussi à maintenir la rentabilité de Canal + aux alentours de 450 millions d’euros par an, malgré son déclin en France. Une transformation opérée dans la douleur. Surtout, il profite du renouveau par le streaming de l’industrie musicale, qui a permis à Universal Music d’augmenter ses revenus de moitié en cinq ans (3,5 milliards d’euros au premier se mestre 2020). Le conglomérat chinois Tencent vient d’en acquérir 20 %. Vivendi a ainsi récupéré 6 milliards d’euros. Vincent Bolloré peut arroser les actionnaires, donc lui-même, de dividendes et traquer de nouvelles proies. Il s’agit de perpétuer le nom qu’il porte. «Il y a chez lui une obsession dynastique et patrimoniale. C’est la clé de tout», assène un proche. En quarante ans, il a étendu, diversifié, mondialisé la petite entreprise familiale de papeterie qu’il a reprise en piètre état. D’un point de vue économique, le parcours du bonhomme est extraordinaire. Sur le plan de la réputation, c’est une autre histoire. Au moment où Vincent Bolloré boucle sa carrière, il incarne plus que jamais le capitaliste sans foi ni loi. Dans le dossier Lagardère (lire page 3), il est le pré - dateur à qui l’on n’aurait jamais dû faire confiance. A Canal +, il est le patron qui censure et vire les journalistes qui lui déplaisent. En Afrique, il est l’accusé de «corruption», mis en examen en 2018 : la justice française le soupçonne d’avoir financé la campagne du président togolais Faure Gnassingbé en 2010 contre l’obtention de la concession du port de Lomé. Un premier volet de l’affaire, en Guinée, est tombé pour prescription.

RÉACTION ET COMPLOTISME

Difficile de faire pire, en termes d’image publique. «Il s’en fout complètement, c’est le drame», se désole un ami. C’est oublier que Bolloré attaque très vite en justice les journalistes s’intéressant à ses affaires. En privé, il use volontiers d’une formule : «Les coupures de presse sont celles qui cicatrisent le plus vite.» Un conseiller ajoute : «Il lui importe d’être craint et respecté dans la communauté des affaires. Il a la reconnaissance de ses pairs.» Son image est ternie par le glissement de CNews vers l’extrême droite (lire page 6). Autour du duo infernal Eric Zemmour-Pascal Praud, la chaîne d’information de Canal + s’enfonce vers les profondeurs de la haine, de la réaction et du complotisme, sous couvert de «débat» et de «liberté de parole». Vincent Bolloré n’y trouve apparemment rien à redire. Ce qui oblige à poser une question qu’on n’aurait même jamais imaginée il y a dix ans : le Breton veut-il signer son départ à la retraite en 2022 en propulsant Marine Le Pen à l’Elysée ? Face à cette hypothèse, son entourage se récrie. Selon la mythologie familiale, les Bolloré ont accueilli Léon Blum à leur table et un oncle faisait partie des commandos Kieffer le 6 juin 1944. Les mêmes rappellent que le patron de Vivendi est ami avec Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, venu du PS. Et qu’il a soutenu Anne Hidalgo lors de sa campagne de 2014. C’était avant que la maire de Paris ne mette fin au contrat Autolib et que Bolloré lui réclame 235 millions d’euros d’indemnités. Le business au-dessus de tout. «Vincent est un opportuniste», sourit un membre de sa garde rapprochée. «Le Vincent Bolloré que j’ai connu n’était pas d’extrême droite, confie Alain Minc. Mais certains amis me disent qu’il ressemble de plus en plus à sa chaîne.» Un autre conseiller confirme le durcissement : «Il est devenu plus à droite sur certains thèmes, comme l’immigration.» La plupart de ses proches situent néanmoins Vincent Bolloré dans le champ du sarkozysme (l’ex-président est un grand ami). La version la plus identitaire, alors. Le milliardaire fréquente certains milieux catholiques traditionalistes. Des mondes qui ne voient pas forcément d’un mauvais œil le discours de Zemmour.

«BRAS DE FER AVEC LE PRÉSIDENT»

La mise en avant du pamphlétaire sur CNews vaut-elle approbation idéologique ? «Vincent considère que Zemmour a un public et correspond à une attente», tente l’un de ses amis. «Il explique que 25 % de la population vote pour Marine Le Pen et ne voit pas pourquoi sa parole ne serait pas représentée dans les médias», ajoute un autre, qui évoque une position «libertarienne» : «Bolloré, c’est un esprit libre.» Un conseiller : «Il a en commun avec Zemmour une détestation de la bien-pensance, du conformisme, du socialisme.» Pour ne rien gâcher, CNews, en se positionnant à la droite de la droite, voit son audience grimper. «D’abord, il se dit que ça marche, donc c’est du cynisme, commente Alain Minc. Et puis, cela le place dans une sorte de bras de fer avec le président de la République, qui le grise. Donc c’est aussi de l’ego.» Avec Emmanuel Macron, la relation est mauvaise. Un dîner de réconciliation organisé cet été par Nicolas Sarkozy n’a pas atteint le but espéré. Le chef de l’Etat se méfie depuis long temps de Vincent Bolloré. Lorsqu’il était le secrétaire général adjoint de François Hollande à l’Elysée, il l’a vu pousser ses intérêts par le biais d’un autre conseiller que lui, l’ancien maire de Quimper, Bernard Poignant, un vieux copain de Bolloré. Macron n’a pas oublié. L’homme d’affaires a compris que le président de la République n’était pas très bien disposé à son égard. Il sait aussi qu’Alexis Kohler a travaillé pour l’armateur MSC, un concurrent de Bolloré en Afrique, avec les dirigeants duquel le bras droit d’Emmanuel Macron est lié familialement. Derrière le blocage, l’an dernier, de la vente d’Europe 1, qu’il convoite depuis longtemps, il a vu la main de l’Elysée. «Vincent l’a très mal pris», assure l’un de ses collaborateurs. Dans le premier cercle du milliardaire, tous s’accordent sur un constat. L’homme déteste qu’on lui dise ce qu’il doit faire. Plus les anti CNews s’affolent sur les réseaux sociaux, plus Bolloré soutiendra sa chaîne. Comme un ado en crise surjouant l’esprit de contradiction. «Cela lui plaît d’être transgressif», observe le dirigeant d’une filiale médias de son groupe. «Il dit en privé qu’il veut ouvrir le système», constate un concurrent. «Il est beaucoup plus anar qu’on ne le croit», dit une autre figure du Tout Paris du business. Anar de droite, évidemment. Le milliardaire n’aime guère l’establishment, qu’il a souvent choqué avec ses mauvaises manières de corsaire des affaires. CNews fait trembler le petit monde parisien qu’il juge trop feutré ? Il adore. A un an de la retraite, il est peu probable qu’il change.

Source: www.camerounweb.com

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