Déportations massives : Ce que vivent les Africains immigrés illégaux aux Etats-Unis
La situation aux Etats-Unis est actuellement « très critique » pour les personnes en situation irrégulière. « C'est une sorte de chasse aux sorcières que nous vivons ici », témoigne Beaugard, un immigré régulier dans l'Etat Ohio, mais qui s'inquiète beaucoup pour ses frères, les sans-papiers obligés d'abandonner leur domicile pour échapper à la police d'immigration.
Donald Trump, depuis son retour à la Maison Blanche le 20 janvier dernier, a mis en application sa promesse de campagne de déporter les sans-papiers de son pays.
« Beaucoup d'amis que je connais dans les autres Etats ont arrêté leur travail. Parce que c'est là où on vient les chercher », confie à BBC Afrique Ousmane (nom d'emprunt), un Sénégalais en situation irrégulière qui habite dans un Etat au nord des Etats-Unis.
Il indique que les sans-papiers dans cette partie du pays sont pour le moment en observation, parce que le gouverneur de l'Etat est contre la politique de déportation de Trump. Mais Ousmane est conscient que la menace d'expulsion est réelle. « Dans tous les cas, ils vont venir chez nous ».
« Il y a un fort climat anxiogène dans la communauté de migrants. Certains immigrants ont retiré leurs enfants de l'école, par peur d'être victimes de raids. D'autres n'osent plus sortir de chez eux, y compris pour faire les courses au supermarché », indique-t-elle.
Ousmane qui est en situation irrégulière dans le pays depuis plus de deux (02) et demi, se sent très menacé, même s'il affirme qu'il va au travail et continue de faire ses shoppings grâce au calme qui règne dans le petit Etat où il habite.
« On ne va quand même pas rester à la maison à ne rien faire. La vie est très chère ici. Il y a la famille au Sénégal qu'il faut supporter aussi. Mais il faut être prudent et ne pas chercher un problème qui peut te faire localiser ».
Dans son Etat au nord des Etats-Unis, Ousmane peut se permettre encore d'aller au boulot. « Mais en vérité, il y a cette peur qui vous ronge parce qu'ils peuvent venir vous trouver là où vous êtes et automatiquement vous êtes expulsé sans bagage, sans document, sans argent. C'est ça qui me fait peur », reconnaît-il.
Et de déclarer comme dans une sorte de fatalité : « Si ça devrait m'arriver aujourd'hui, je ne peux rien y faire. Mais si je devais échapper aussi à ce piège, cela arrivera ».
« Un bon ami à moi m'a dit qu'il n'était pas de shift la semaine dernière. Mais la police d'immigration était passée dans son lieu de travail. Elle a embarqué des gens, des Mexicains surtout. Le lendemain aussi il n'était pas allé au travail. C'est compliqué pour nous ici », dit Ousmane.
Il note aussi qu'il y a un risque pour prendre l'avion d'un Etat à un autre. Des amis à lui, selon ce qu'il nous a confié, sont là depuis des jours sans voir leurs proches. Parce qu'ils devraient se rendre dans un autre Etat pour cela. « Les contrôles sont beaucoup plus stricts dans les aéroports ».
Beaucoup de ces immigrés illégaux évitent les lieux de rencontre, les centres commerciaux, les mosquées et autres qui sont des endroits de prédilection pour la police d'immigration aux Etats-Unis.
Ousmane réitère que dans son Etat, les choses sont calmes, grâce au gouverneur de son Etat qui est contre la politique d'immigration de Donald Trump. « La police d'immigration est là, elle ne dit rien pour le moment. Mais on sait qu'un jour elle va descendre sur nous et commencer à interpeller les gens ».
De plus, les personnes victimes de crimes, notamment de la traite des êtres humains et détentrices de T visa qui permet aussi à leur famille proche de résider et de travailler temporairement sur le territoire américain, ne peuvent pas être déportées.
Il en est de même pour celles qui ont subi des violences mentales ou physiques et qui sont utiles aux forces de l'ordre ou aux représentants du gouvernement dans le cadre d'une enquête ou de poursuites pénales et qui possèdent U visa, ou encore des personnes victimes de violence à l'égard des femmes avec la carte verte Vawa.
« De surcroît, les personnes présentes aux États-Unis depuis 10 ans, peuvent demander l'annulation de la procédure de déportation, si cela représenterait des difficultés exceptionnelles pour son conjoint ou enfants américains ou résidents permanents », ajoute Me Koloko.
Enfin, les personnes parrainées par un employeur, peuvent également attaquer la déportation devant les tribunaux aux Etats-Unis.
« Nous assistons nos clients face à la déportation. Nous les représentons devant les tribunaux d'immigration, ainsi que devant USCIS. Nous assistons également des clients qui souhaitent ajuster leur statut de non immigrant à immigrant », renseigne l'avocate.
Elle lance un appel aux immigrés afin de s'informer et de connaître leurs droits pour ne pas subir l'injustice par rapport au durcissement de la loi sur l'immigration sous le second mandat de Donald Trump.
« Il faut également rester positif, car les Etats-Unis demeurent un pays de droit. Il existe présentement, une série de poursuites judiciaires déposées devant les cours, suite à la série des décrets présidentiels », souligne-t-elle.
Quant à Ousmane qui reconnaît ne pas être à l'abri d'une déportation, même si c'est le calme dans l'Etat dans lequel il se trouve au nord des Etats-Unis, ce ne sera pas une fatalité. Photographe, monteur et infographe, il compte reprendre ses activités dans l'audiovisuel au Sénégal si cela devait lui arriver.
« On est aux Etats-Unis, mais tout notre esprit est au Sénégal. Le futur c'est l'Afrique. On est ici pour chercher quelque chose pour aller investir dans notre pays. Avec le peu que j'ai, je pourrais, si cela m'arrive, aller investir au Sénégal et reprendre mes activités », projette ce jeune.
Il souligne que l'Afrique est mieux pour entreprendre, car aux Etats-Unis les immigrés gagnent de l'argent mais sont obligés de le dépenser dans les taxes, assurances et autres, en plus de l'argent qu'il faut envoyer à sa famille en Afrique. « Rien n'est gratuit aux Etats-Unis ».
Ousmane compte investir également dans le secteur de l'agriculture dans son pays. « On ne va pas rester aux Etats-Unis éternellement. Je pense un jour retourner au Sénégal et être entouré de mes amis, de ma famille et de mes proches. On a fait des études, on a notre maîtrise, on pense aller travailler aussi pour notre pays. On est venu pour chercher un avenir meilleur. Mais si les choses ne sont pas au rendez-vous et qu'on a difficultés, mieux vaut retourner dans son pays et essayer autre chose ».
Déjà, selon ce qu'il nous a confié, il a un terrain dans les Niayes (Sénégal) où il prévoit faire du maraîchage. « J'ai acheté aussi du matériel audiovisuel pour investir dans ce domaine au Sénégal ».