La République démocratique du Congo fait fi des pressions en faveur de pourparlers avec les rebelles
Malgré la pression internationale croissante, la République démocratique du Congo reste ferme sur sa décision de ne pas engager de négociations directes avec le groupe rebelle M23, qui a réalisé d'importantes avancées dans l'est du pays au cours des derniers mois.
La semaine dernière, le gouvernement britannique s'est joint aux appels lancés pour que le groupe participe à un « dialogue inclusif » afin de trouver une solution politique au conflit.
Toutefois, dans une interview accordée à la BBC, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a déclaré que son gouvernement souhaitait négocier avec le Rwanda voisin, qu'il accuse de soutenir le M23.
Selon les autorités congolaises, au moins 8 500 personnes ont été tuées depuis l'escalade des combats en janvier.
La pression monte pour qu'il retire ses forces du sol congolais.
« Mais il ne l'a pas encore fait de manière effective », a déclaré Mme Suminwa Tuluka.
Elle a salué les sanctions américaines imposées au ministre rwandais James Kabarebe, déclarant qu'elles contribueraient à « faire pression sur les agresseurs ». Le Rwanda les a toutefois qualifiées d'« injustifiées et inefficaces pour résoudre la crise ».
De son côté, la Commission européenne a suspendu ses « consultations en matière de défense » et placé « sous examen » un protocole d'accord qu'elle avait signé l'année dernière avec le Rwanda sur les matières premières.
Le Premier ministre congolais a salué les décisions de la Commission européenne en déclarant que « l'exploitation illégale des ressources est l'une des causes du conflit ».
La RD Congo accuse le Rwanda d'exploiter illégalement ses gisements de minerais dans l'est du pays, ce que le Rwanda nie.
S'ajoutant au chœur contre le Rwanda, le Royaume-Uni a déclaré la semaine dernière que, parmi d'autres mesures, il interromprait son aide, à l'exception de l'argent destiné aux groupes les plus pauvres et les plus vulnérables, à moins que le pays ne retire ses troupes, ne s'engage « de manière significative » dans des pourparlers et ne parvienne à un cessez-le-feu.
Le Rwanda a qualifié cette décision de « punitive », estimant qu'il n'était pas raisonnable d'attendre de lui qu'il compromette sa sécurité nationale.
Mais la Première ministre congolaisae déclaré que le Rwanda ignorait tous les appels au retrait de ses troupes.
« Alors, qui fait obstacle [à la résolution du conflit] ? Ce n'est pas le gouvernement congolais », a-t-elle déclaré.
Le Rwanda a déjà reconnu avoir déployé ses forces « de manière défensive et offensive » pendant le conflit en cours, revendiquant le droit de défendre son territoire.
Il a également accusé à plusieurs reprises le gouvernement congolais d'abriter et de collaborer avec le groupe militant des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui compte parmi ses membres des combattants du génocide rwandais de 1994.
Interrogée à ce sujet, Suminwa Tuluka a nié que l'armée congolaise travaille avec les rebelles des FDLR, mais a déclaré que son pays s'engagerait dans un processus de « neutralisation » des militants.
Quant à la question de savoir ce qui résoudrait le problème si les pourparlers directs avec le M23 étaient exclus, la Première ministre a déclaré qu'outre les négociations avec le Rwanda, la réponse était simple quant à ce qui garantirait un cessez-le-feu.
« Faire en sorte que les troupes rwandaises se retirent du territoire congolais et que le M23 cesse de tuer les populations congolaises », a-t-elle déclaré.