L’absence du président alimentait les critiques sur la gouvernance du pays
L'absence prolongée de Paul Biya, hors du Cameroun depuis le 7 juin 2026, suscite des inquiétudes non seulement sur le plan politique, mais aussi auprès des investisseurs et créanciers du pays.
L’absence prolongée du président camerounais Paul Biya ne nourrit plus seulement les interrogations politiques. Elle commence également à être analysée sous un angle économique et financier, notamment à travers le comportement des investisseurs vis-à-vis de la dette camerounaise.
Le chef de l’État, âgé de 93 ans, a quitté Yaoundé le 7 juin 2026 pour ce que la présidence avait officiellement présenté comme un « bref séjour privé en Europe ». Deux mois plus tard, il n’est toujours pas rentré au Cameroun et aucune date officielle de retour n’a été communiquée. La présidence avait bien confirmé son départ le 7 juin, tandis que le gouvernement a par la suite indiqué qu’il se trouvait à Genève, en Suisse.
Cette situation intervient dans un contexte où les investisseurs surveillent déjà attentivement la stabilité politique, la situation budgétaire du Cameroun et la question de la continuité du pouvoir.
Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement pour les obligations camerounaises ?
Pour comprendre simplement, il faut d’abord savoir ce qu’est une obligation d’État.
Lorsque le Cameroun a besoin d’argent pour financer son budget, ses infrastructures ou rembourser certaines échéances, il peut emprunter auprès d’investisseurs. En échange de leur argent, l’État émet des titres de dette : les obligations.
En quelque sorte, l’investisseur prête de l’argent au Cameroun et le Cameroun promet de le rembourser avec des intérêts.
Mais ces investisseurs évaluent constamment le risque.
Plus ils considèrent qu’un pays est politiquement stable, financièrement solide et capable de respecter ses engagements, plus ils sont disposés à lui prêter dans de bonnes conditions.
À l’inverse, lorsque l’incertitude augmente, les investisseurs peuvent vendre les obligations qu’ils possèdent ou réclamer un rendement plus élevé pour accepter d’en acheter.
C’est ici que la question de l’absence prolongée du président prend une dimension économique.
Pourquoi l’absence de Paul Biya peut-elle inquiéter un investisseur ?
Un investisseur ne raisonne pas nécessairement en fonction de son opinion sur Paul Biya ou sur le gouvernement camerounais. Il se pose essentiellement une question : quel est mon risque de perdre de l’argent ?
Or, une absence prolongée du chef de l’État sans calendrier de retour clairement annoncé peut alimenter plusieurs interrogations : qui prend les décisions importantes ? Existe-t-il un risque de blocage institutionnel ? Que se passerait-il en cas de succession imprévue ? Les politiques économiques et budgétaires continueront-elles normalement ?
L’absence du président alimentait les critiques sur la gouvernance du pays, alors que le poste de vice-président récemment réintroduit demeurait vacant et qu’aucune date de retour du chef de l’État n’était annoncée.
C’est ce que les financiers appellent le risque politique. Et lorsqu’un risque politique augmente, les marchés réclament généralement une rémunération supplémentaire pour continuer à prêter au pays concerné.
Boris Bertolt