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Affaire Cana Bois: ces vérités que Cyrus Ngo’o veut noyer

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Thu, 12 Aug 2021 Source: Le Messager

Condamné à six mois d’emprisonnement avec sursis pendant 5 ans par le Tribunal de première instance (Tpi) de Douala-Bonanjo le 5 août dernier, le Directeur général du Port autonome de Douala, tente désespérément de sortir la tête de l’eau…

Le Messager a largué les amarres en annonçant en exclusivité, dans son édition du lundi 09 août 2021, la condamnation du Dg du Pad. Et la presse à gage, habituée à jouer les charognards, s’est cru le devoir, au nom d’un pseudo patriotisme, de gracier Cyrus Ngo’o en faisant le procès d’une Justice qu’on aurait soudoyé pour les besoins de la cause.

Entre ceux qui y voient une grosse machination et ceux qui estiment qu’on s’en est injustement pris à un « défenseur d’un des fleurons de notre économie nationale », chacun y va de son commentaire. Un exercice qui ne changera rien au verdict du Tpi de Douala-Bonanjo, siégeant en matière correctionnelle le 5 août dernier sur l’affaire qui oppose l’actuel Dg du Pad à la société Cana Bois.

Quoiqu’il se susurre que le personnel du Port autonome s’est réuni pour trouver les voies et moyens de voler au secours de sa hiérarchie, horripilée par cette décision de justice. Pour comprendre les raisons d’une telle agitation, il faudrait convoquer la genèse de ce dossier qui continue de faire des émules dans les milieux portuaires de notre pays.

Tout commence en octobre 2020. C’est un Nassar Bouhadir amer qui se confie dans les colonnes du Messager. Noir de colère, l’investisseur camerouno-libanais par ailleurs patron de la société Cana bois Sarl, propriétaire d’un espace construit en entrepôt dans la zone portuaire de Douala, introduit une citation directe contre le Dg du Pad.

En effet, il dit avoir été surpris d’avoir reçu certains individus agissant au nom et pour le compte du Pad, lesquels ont apposé des scellés sur le grand portail de la requérante. Une situation qui cause un préjudice grave à Cana bois et à toutes les autres entreprises appartenant aux camerounais d’origine libanaise.

A l’origine, la nouvelle tarification des redevances locatives imposée à ces investisseurs par Cyrus Ngo’o qui a visiblement bien ciblé les sociétés concernées à travers cette mesure que beaucoup taxent de suicidaire. En fait, le patron du Pad a exigé depuis 2018, à une cinquantaine de ses amodiataires, de reverser 300 à 500 % en termes de locations.

Une décision que les concernés assimilent à une chasse aux sorcières alors qu’ils payent régulièrement leurs impôts et respectent la Loi. N’ont-ils pas progressivement transformé la zone marécageuse d’hier en espace viable au point d’attirer nombre d’opérateurs économiques ?

Hold-up foncier

Pour eux, il est impensable de payer des taxes colossales d’occupation domaniales alors même que depuis un an, ils (camerouno-libanais Ndlr) n’ont reçu aucune facture dans ce sens. Cette manœuvre, soutient le patron de Cana bois, n’est ni plus ni moins qu’un moyen sibyllin de déclarer la guerre contre ces investisseurs dont l’apport dans l’économie du pays est loin d’être négligeable.

A preuve, le nouveau contrat proposé à ces derniers ne vise ni plus ni moins, qu’à leur arracher leurs biens et intimider Cana Bois, présenté comme le chef de file de cette rébellion naissante.

Ses bourreaux craignent que ses allures de « tête de turc » ne fassent foirer ce qui a tout l’air d’un hold-up. Ce d’autant plus que le fameux contrat querellé précise que le refus de paiement de ces taxes induit une saisine des espaces qui seront ensuite reversés dans le patrimoine foncier du Port.

Nullité de la mise en demeure

Une « grosse escroquerie », de l’avis de ces investisseurs désormais sur la sellette. Rappelons qu’en mars 2019, voyant que la situation se corse, tous ces opérateurs se sont vus servir une mise en demeure. Occasion pour ces derniers de saisir le Tribunal de grande instance (Tgi) pour réclamer la nullité de cet acte.

Comment comprendre qu’après avoir travaillé 25 ans sans heurts avec Emmanuel Etoundi Oyono (de regretté mémoire) et Dayas Mounoume (aujourd’hui en cavale), ce ne soit que pendant le règne de Cyrus Ngo’o que la polémique éclate sur ce sujet ?Dans la foulée, l’autorité portuaire justifie sa démarche par le fait que« la société Cana Bois n’a pas respecté les engagements pris en vertu des dispositions de l’article 9 alinéas 1 et 6 de ladite Aot à savoir, entre autre le paiement des redevances domaniales à terme ».

A date, selon le Pad, ses impayés dans ses livres, s’élèveraient à la rondelette somme de 155 millions 483.256 Fcfa. Pad. Rappelant au passage que la fixation des tarifs est une initiative souveraine du gouvernement de la République du Cameroun et non de la Direction générale du Pad qui est chargé de l’appliquer sans état d’âme.

Bataille pour le contrôle du Pad

Chose intrigante,Cyrus Ngo’o est nommé patron du Pad au même moment où des voix s’élèvent pour accuser deux barons du régime d’avoir la mainmise sur les grands dossiers du sérail. Le Sgpr et le Sgpm puisqu’il s’agit d’eux, n’ont alors qu’une seule obsession : le contrôle du Port autonome de Douala.

Un funeste dessein qui passe inéluctablement par le désaveu du groupe Bolloré au sujet de la concession du très convoité Terminal à conteneurs.

Humilié dans le cadre du contentieux de la suspension de l’appel d’offre qu’au niveau de la chambre administrative de la Cour suprême, le Vice-dieu a également été désavoué dans la procédure de l’annulation de l’appel d’offre et de celle liée à la suspension de l’exécution de la résolution mettant en place la Rtc au Pad. La suite, on la connait.

En attendant le Pm

Le Tpi de Douala s’empare de l’affaire. Cyrus Ngo’o qui choisit de sécher les audiences, milite pour un huis-clos qui lui est refusé. Reconnu coupable d’abus de fonction et de confusion, l’homme est finalement condamné à « 6 mois d’emprisonnement avec sursis pendant 5 ans et 1 700 000 francs d’amende ferme ».

Sentant le naufrage, le numéro 1 du Pad, qui s’est toujours targué d’avoir des soutiens haut placés ; lesquels le rassuraient en perma- nence de ce qu’il n’a pas d’inquiétude à se faire, se retrouve esseulé. Autre incongruité dans l’affaire, le Pad n’a pas rappelé la caution déposée en banque de CanaBois. Pour quelle raison ? Mystère et boule de gomme.

Or, dans les normes, la condamnation du Dg devrait logiquement pousser le Premier ministre, Chef du gouvernement à prendre une mesure conservatoire pour nommer pourquoi pas, un intérimaire à la tête de l’institution portuaire. Question de démontrer que les décisions de justice s’accommodent mal des partis-pris et d’autres affinités telles qu’elles soient.

Source: Le Messager