Cette démarche intervient à l’approche de l’échéance annoncée de la licence de Nexttel
Le groupe vietnamien Viettel, maison mère de Nexttel, a saisi Paul Biya dans une lettre datée du 25 août 2026 pour demander la protection de sa participation de 70 % dans Viettel Cameroun, au terme de huit années de conflit avec son partenaire camerounais Bestcam, lié à Baba Ahmadou Danpullo.
Dans une lettre datée du 25 août 2026, le groupe vietnamien sollicite l’intervention du président camerounais, PAUL BIYA pour préserver ses droits dans Nexttel. Cette démarche intervient dans un conflit ancien avec le partenaire local, Bestcam, lié à Baba Ahmadou Danpullo, alors que la licence de l’opérateur doit, selon le courrier, expirer en décembre 2027.
La bataille pour le contrôle de Nexttel est portée devant Paul Biya. Dans une correspondance adressée au chef de l’État depuis Hanoï, Viettel Global Investment JSC demande une intervention au plus haut niveau pour protéger sa participation dans Viettel Cameroun, l’entreprise qui exploite la marque Nexttel. Le groupe affirme demeurer le détenteur légal de 70 % du capital, avec les droits d’actionnaire et d’investisseur qui en découlent.
La copie transmise porte le nom et la signature du lieutenant-général Tào Đức Thắng, président-directeur général de Viettel Group. Son objet annonce clairement la démarche : obtenir l’attention des plus hautes autorités et la protection de l’investissement vietnamien au Cameroun. Le signataire présente le dossier comme non résolu depuis 2018, soit huit années de différend à la date du courrier.
Viettel sollicite précisément une coordination entre les ministères compétents et le régulateur des télécommunications. L’objectif est de faire reconnaître et préserver les droits qu’il revendique, avant toute décision susceptible de modifier l’avenir de l’entreprise.
La demande la plus sensible concerne l’actionnariat : le groupe souhaite qu’aucun nouvel actionnaire, investisseur ou partenaire ne soit agréé pour le remplacer, directement ou indirectement, sans son consentement écrit préalable ou une décision définitive d’une autorité compétente. Cette formulation vise à prévenir une éventuelle recomposition du capital. Elle ne prouve toutefois pas qu’une opération de remplacement aurait déjà été décidée.
Cette démarche s’inscrit dans le conflit opposant Viettel à Bestinver Cameroon SA, dite Bestcam, partenaire camerounais de Baba Ahmadou Danpullo. La répartition historiquement documentée attribue 70 % à Viettel et 30 % à Bestcam. Dès octobre 2018, la presse économique relatait une lutte entre les deux camps pour la gestion et le contrôle de l’opérateur.
Les enjeux financiers dépassent largement la seule répartition des actions. Dans un communiqué de 2018, Viettel déclarait avoir engagé 201 milliards de FCFA au 31 décembre 2017, sous forme d’apports en capital, de prêts d’actionnaire et d’autres soutiens commerciaux. Le groupe faisait également état de 2 500 stations 2G/3G et de 8 000 kilomètres de fibre optique. Ces chiffres historiques, revendiqués par l’investisseur, donnent la mesure du projet industriel ; ils ne constituent ni une valorisation actuelle de Nexttel ni un montant de pertes établi.
Le recours aux autorités camerounaises n’est pas nouveau. Le 6 mai 2019, une délégation vietnamienne avait déjà rencontré le Premier ministre Joseph Dion Ngute pour rechercher une issue au différend. À cette époque, le groupe Danpullo exprimait, de son côté, sa confiance dans l’État et la justice pour la médiation ou le règlement du conflit.
La lettre du 25 août 2026 introduit cependant une échéance déterminante : décembre 2027, date annoncée d’expiration de la licence, environ seize mois après l’envoi du courrier. Viettel demande qu’aucun transfert, renouvellement, restructuration ou changement substantiel de cette licence, ou de la structure de l’entreprise, ne porte atteinte à sa participation revendiquée.
Le groupe ne demande donc pas l’arrêt de toute procédure de renouvellement. Il cherche à obtenir que les décisions administratives à venir préservent ses intérêts jusqu’au règlement légal du différend. La licence devient ainsi un enjeu central de la bataille : elle conditionne la poursuite de l’exploitation, tandis que le conflit porte sur les droits attachés à l’entreprise qui l’exerce.
Viettel affirme rester engagé au Cameroun et se dit prêt à fournir les pièces sociales, contractuelles et juridiques nécessaires pour étayer sa position. En s’adressant personnellement à Paul Biya, le groupe cherche à placer la protection de son investissement au cœur du traitement institutionnel du dossier.
La correspondance ne chiffre aucun préjudice, ne contient aucune demande d’indemnisation et ne présente aucune décision tranchant définitivement le conflit. Elle ne permet pas davantage d’établir une réponse de la présidence. Elle fixe néanmoins une ligne claire : à l’approche de 2027, Viettel entend empêcher que l’avenir de Nexttel se décide sans prise en compte de ses droits revendiqués.
Boris Bertolt