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Blanchiment d’argent: 124 milliards détectés par l’ANIF en un an au Cameroun

Wed, 29 Sep 2021 Source: Expression Economique

Cette somme suspecte détectée en 2020 par les fins limiers de l’Agence nationale d’investigation financière (Anif) intègre les fonds ayant servi au financement du terrorisme ainsi que les activités des séparatistes dans le Nord-Ouest et le Sud-Est à hauteur de 686 millions.

Le dernier rapport de la Commission nationale anticorruption (Conac) vient d’être rendu public. Ce document de 237 pages est intitulé : l’état de la lutte contre la corruption au Cameroun en 2020 ». Conformément aux dispositions de l’article 24, en ses alinéas 3 et 4 de son texte organique, la CONAC publie son 10ème rapport en 15 ans d’activité. Celui-ci retrace les actions menées par tous les acteurs impliqués dans le processus afin de prévenir et réprimer les atteintes à la fortune publique et à la morale sociale.

Sa lecture souligne, à souhait, la participation appuyée des populations à dénoncer des actes et pratiques de corruption dont elles ont connaissance ou en sont victimes avec 3.392 dénonciations contre 3.872 en 2019, auxquelles s’ajoutent celles reçues des dénonciations du numéro vert se chiffrant à 12.675, contre 17.350 en 2019.

Le Rapport sur l’état de la lutte contre la corruption au Cameroun en 2020 montre l’implication des acteurs impliqués dans cette lutte à travers les activités de : cinq Institutions de contrôle en l’occurrence la CONAC, le contrôle supérieur de l’État, l’Agence nationale d’investigation financière, l’Agence de régulation des marchés publics (ARMP) et le Conseil national de la communication (CNC); 11 Juridictions, dont huit tribunaux de première instance (TPI), un tribunal de grande instance’ (TGI), le Tribunal criminel spécial (TCS) et la Section spécialisée de la Cour suprême.

Le chapitre III de ce rapport est consacré aux activités de l’Agence nationale d’investigation financière. En 2020, les activités de l’ANIF ont consisté d’une part, en la publication de l’Évaluation Nationale des Risques (ENR) dans le blanchiment des capitaux et le Financement du Terrorisme (BC/FT) au Cameroun pour la période 2014-2018 et d’autre part, en l’implémentation de ses activités opérationnelles.

L’évaluation nationale des risques dans le cadre du blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme

L’Évaluation nationale des risques (ENR), qui a été validé en décembre 2020, est un outil stratégique d’aide à la décision et un ” document important dans la prévention des infractions liées au Blanchissement des Capitaux et au Financement du Terrorisme qui sont deux formes de criminalité financière dont les effets sont dévastateurs pour l’équilibre général des systèmes financiers et la paix sociale. Ce sont des crimes qui peuvent avoir des conséquences économiques et sociales néfastes pour les États.

Les fruits de la délinquance financière ont le pouvoir de corrompre et, en dernier ressort, de déstabiliser des communautés/ voire des économies nationales dans leur ensemble, qu’il s’agisse des profits réalisés par les trafiquants de tout genre, du produit des actes de corruption, ou des deniers publics détournés par les gestionnaires indélicats, I.

Le contexte d’élaboration de l’ENR/BC-FT Le Règlement n°01/CEMAC/UMAC/CM du 11 avril 2016 portant prévention et répression du blanchiment des capitaux et du financement du terrorisme et de la Prolifération, qui est d’application directe et a force de loi au Cameroun, est totalement inspiré des 40 Recommandations du GAFI sur la LBC/FT.

Ce Règlement dispose à son article 13, conformément à la Recommandation 1 du GAFI, que « l’Etat doit prendre des mesures appropriées pour identifier, évaluer, comprendre et atténuer les risques de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme auxquels il est exposé ». C’est dans ce contexte que les autorités nationales, dans le souci de renforcer l’efficacité du dispositif de lutte, ont engagé en décembre 2018, l’Évaluation Nationale des Risques de BC/FT du Cameroun.

Elle a été menée par une équipe composée de responsables provenant de différentes Administrations et des Institutions privées impliquées dans t la LBC/FT, avec l’assistance technique de la Banque Mondiale.

L’ENR menée avait pour objectifs principaux : -d’identifier les menaces de blanchiment des capitaux et les comprendre en termes de type d’infractions sous-jacentes, d’origines et de secteurs ; – d’identifier la vulnérabilité globale du Cameroun au blanchiment de capitaux ; d’identifier les faiblesses et les lacunes dans la capacité du pays à lutter contre le blanchiment de capitaux ;

– de prioriser les actions qui permettront de renforcer la capacité du Cameroun à lutter contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme; d’identifier la menace de financement du terrorisme basée sur la menace terroriste; – d’identifier les principales menaces de financement du terrorisme par l’identification de la direction des flux financiers, ainsi que ses sources et canaux;

– d’évaluer la vulnérabilité en se fondant sur les contrôles disponibles liés au financement du terrorisme et les facteurs liés au contexte national. Ce travail a permis de mettre en évidence la plupart des risques de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme au niveau national et aü niveau des différents secteurs, en. favorisant leur identification, leur évaluation et leur compréhension par le biais d’une méthodologie basée sur l’analyse des menaces et l’évaluation des vulnérabilités, liées à ces crimes.

Les différents secteurs à risque et les principales insuffisances du dispositif national de LBC/FT

Les données présentées dans l’ENR ont été documentées à partir des informations collectées entre janvier et novembre 2019. Cette collecte des données s’est faite sur la base des interviews directs des équipes du Comité de l’ENR auprès des entités concernées, ou à travers des questionnaires élaborés par les groupes de travail et déposés auprès.de diverses sources d’informations.

Il s’agit, notamment de 15 Ministères et Institutions publiques ; 09 Administrations publiques, juridictions, autorités d’enquêtes et de poursuites ; 03 Institutions régionales ; des Institutions privées et diverses entités relevant des secteurs tels que. les Banques, les prestataires de services d’investissement, les sociétés d’assurances, les Établissements de microfinance, les bureaux de change, les Institutions financières spécialisées, les sociétés démission et de commercialisation de la Mobile Money, les sociétés de transfert des fonds, les Notaires, les Avocats, les Experts Comptables, les Concessionnaires automobiles, les agents et promoteurs immobiliers, les marchands des matériaux de construction, les marchands d’objets d’art, les marchands des métaux et pierres précieuses et enfin les organismes à but non lucratif.

Source: Expression Economique