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Business News Wed, 22 Sep 2021

Cameroun - Gestion chaotique des stations de pesage: le grand déballage !

Dans une correspondance d’un cadre du ministère des Travaux publics adressée à Emmanuel Nganou Djoumessi, dans laquelle ce membre du gouvernement est accusé en filigrane de népotisme et de favoritisme, il y ressort d’effarantes dénonciations qui donnent froid dans le dos. Des informations venant particulièrement de la station de pesage de Meyos. Abus de pouvoir, clientélisme, corruption, trafic d’influence, collusion mafieuse, incurie, impéritie.. Tout y passe.

C’est peut-être un éléphant dans une pièce, mieux un secret de polichinelle : la gestion catastrophique des pesages routiers au Cameroun par le ministère des Travaux publics (Mintp), depuis belle lurette.

Face à ce qui n’est autre que la démission de ses responsabilités par la hiérarchie, qui semble se satisfaire d’une situation préjudiciable à l’intérêt du pays, mais propice à certaines manœuvres odieuses, un cadre de ce département ministériel a décidé de mettre le doigt où le bât blesse.

Quitte à donner un coup de pied dans une fourmilière, ou alors d’attenter aux tables de la loi mafieuse, ce responsable du Mintp s’est fendu d’une correspondance au parfum d’un ras-le-bol qu’il a adressée, il y a quelque temps, à son ministre de tutelle, Emmanuel Nganou Djoumessi.

Dans cette lettre qui porte en objet : « Note d’information sur le climat délétère qui s’est installé dans la station de pesage de Meyos sur la NI », l’auteur passe en revue toutes les tactiques subreptices et ostensibles employées par certaines personnes nommées à la tête de ladite station et à qui on prête une certaine proximité familiale avec ce membre du gouvernement ; lesquelles rendent lourde et délétère l’atmosphère.

Dans ce service, dit-on, gangrené par la corruption, sont stigmatisés entre autre : le manque de cohérence et de collaboration, les abus de pouvoir et d’autorité, le clientélisme, le trafic d’influence, l’absentéisme, la fraude et tout le toutim, avec à la clé, des suspensions abusives du personnel par la cheffe de station qui agit à hue et à dia.

« Dans le cadre du suivi des activités de contrôle de charges au niveau des stations de pesage routier, j’ai l’honneur de porter à votre haute connaissance qu’un climat de travail malsain s’est installé au sein de la station de pesage de Meyos, et ceci à la suite de certaines actions posées par le chef de ladite station », peut-on lire dans cette correspondance. Les actions pernicieuses décriées sont citées pour la plupart supra.

Les chefs d’équipe en service à Meyos, comme renseigne cette lettre au Mintp, ont, suspendue à leur tête comme une épée de Damoclès, la suspension. Une fois qu’ils opposent une fin de non-recevoir aux instructions de « laisser passer un camion ou un convoi de véhicules sans se faire peser », ils deviennent des hommes à abattre par le chef de la station.

Les victimes de cette intimidation et de ce trafic d’influence qui ne disent pas leur nom sont légion. On a le cas par exemple de Hermine Dongmo, cadre contractuelle de ce ministère et chef d’équipe n°l dans cette station qui, à en croire, notre source, a écopé d’une suspension le 12 février 2021, pour avoir refusé de se soumettre aux exigences de son chef le 06 janvier 2021.

Une situation portée à la connaissance de la hiérarchie par note n°00037/ N/ Mintp/ Sg/ Deprl 0/ Deprl 2 du 19 février 2021 qui a débouché sur une réunion organisée par le directeur de l’entretien et de la protection du patrimoine routiers (Deppr), à l’effet de « ramener la sérénité au sein des équipes opérationnelles ». Peine perdue.

Méthodes peu catholiques

Rebelote le 28 juillet 2021. Le Cppr reçoit une lettre de la cheffe d’équipe n°2, la technicienne supérieure de génie civil, Mme Ngono Toua, portant sur sa suspension à elle adressée par la cheffe de station de Meyos qui, à chaque fois, selon nos sources, confesse sa toute-puissance.

A ajouter foi à ces sources, « la protégée du ministre » déclare pince-sans-rire et à qui veut l’entendre, « faire partir toute personne qui s’oppose à elle, du fait de ses relations privées ». La cheffe d’équipe ainsi suspendue, paie le prix de sa probité.

Il lui avait été demandé, renseigne-t-on, une fois de service, de collecter une certaine somme d’argent, par des méthodes peu catholiques, pour reverser à son cheffe de station. Mise en garde, le Cppr étant déjà au fait des actes de corruption ayant cours dans ladite station, elle n’a pas prêté le flanc aux oukases de cette hiérarchie.

La fraude bat également pavillon haut dans cette station de pesage, où les instructions sont données par T « indéboulonnable » cheffe de station aux équipes opérationnelles de ne pas peser les camions de la société Socepro transportant la pouzzolane de Foumbot pour l’usine de Cimencam à Nomayos et « que les camions des entreprises Somafils et Gracam qui transportent la pouzzolane et/ou le sable traversent avec leurs chargements, la station par la grande route », indiquent nos sources.

Les faits qu’aurait reconnus cette dame à qui il a été demandé de mettre fin à de telles pratiques, qui sont de nature « à remettre gravement en cause les travaux en cours de réhabilitation de la N4 (section Yaoundé-Bafoussam).

Une section de route dont de très nombreux Camerounais ont souffert de son très mauvais état de service, il y a quelque temps », lit-on dans cette correspondance parvenue à notre rédaction.

Patrimoine routier

La cheffe de station de pesage de Meyos ne serait d’ailleurs pas la seule à procéder de la sorte, au grand dam de l’intérêt national. Le ministre Emmanuel Nganou Djoumessi himself, a autorisé par exemple à certaines entreprises sous le prétexte de l’importance de leur investissement et leurs retombés économiques dans la zone d’influence du projet, une circulation exceptionnelle pour le transport de leurs marchandises à l’aide du matériel roulant hors gabarit multi-essieu sur le corridor Douala-Nd-jamena. Il s’agit notamment de Ciments d’Afrique (Cimaf).

Comme si leurs gros porteurs n’abîmaient pas la chaussée. Par exemple, celle-ci devrait être contrôlée entre juillet et décembre 2019 « à la seule station de pesage de Nomayos ». Mais également, au lieu de 50 tonnes, poids limite aux termes de la loi n°96/07 du 08 avril 1996 portant protection du patrimoine routier national, Cimaf bénéficie de tonnes en plus.

« Vous voudriez bien limiter votre charge totale à soixante trois (63) tonnes maximum, le cas échéant », ce qui ressort de la lettre du ministre des Travaux publics au directeur général de CIMAF datée de juillet 2019. Le renouvellement de cette circulation exceptionnelle a d’ailleurs été fait le 31 décembre 2019.

Pour une période de 12 mois, renouvelable, 03 fois, « les camions semi-remorques à sept (07) essieux de la société Cimaf se feront peser aux stations de pesage routier ci-après : station de pesage routier de Nkankanzock à Edéa, station de pesage routier de Mekong (Carrefour Akono-linga) et la station routier de Meiganga ».

Pour reparler de la station de pesage de Meyos, il est de bon ton de souligner que sa cheffe brille également par son absentéisme qui se conjugue à sa dose d’irresponsabilité pour justifier la contre-performance de ladite station. « Au cours des différentes descentes effectuées par le personnel de la CPPR ou les responsables du Mintp dans la station de Meyos, le chef de station est toujours absente de son travail.

Des informations recueillies auprès des personnels en service (civils et de sécurité de ce site) précisent que leur chef gérerait la station au téléphone, afin de donner l’impression de ne pas être impliquée dans les agissements des équipes opérationnelles », relèvent nos sources. Quant à la contre-performance, apprend-on, du 28 juin à 21 heures au 06 juillet 2021, le mobile a pesé 1089 véhicules dont 91 étaient en surcharge, soit un taux de 8,35%.

Un taux de surcharge, soutient-on, très élevé par rapport au taux de surcharge moyen de 0,76% mentionné dans les rapports d’activités, pour le compte du premier trimestre 2021. Il est à préciser que le montant des amendes émises sur la période est chiffre à 2.488.100 francs Cfa. Pendant ce temps, nos routes vont continuer à se dégrader. Affaire à suivre.
Source: Le Zénith