0

Cameroun : des expatriés et une entreprise locale s’étripent autour des planteurs de tabac

Tue, 9 Feb 2021 Source: Actu Cameroun

La Compagnie des tabacs camerounais (CTC) du Canadien Joshua Meerapfel a tenté de manipuler la justice contre la Cameroon Golding Wrapper Group SARL (CGWG). Enquête.

Une véritable catastrophe. Près de 13 tonnes de tabacs en souffrance dans les magasins de la CGWG. C’est que, le 18 janvier 2021, par les soins de Me Gisèle Kitou Yemon, huissier de justice à Bertoua, la CTC assigne la CGWG « en référés d’heure à heure aux fins de désignation d’un séquestre judiciaire ».

Cette assignation fait suite à la requête de Mes Serges Martin Zangue et Olivier Cromwell Bem-bell D’Ipack, à laquelle le tribunal de première instance de Bertoua (TPIB) accède le 15 janvier 2021. En attendant la suite de la procédure, l’entreprise dirigée par Bakary Dobil ne pouvait plus accéder à ses stocks de tabacs. Dont 1,2 tonne était prête à être emballée, 9,26 tonnes en fermentation et devant être retournées chaque matin, et un peu plus de 2 tonnes en salle de manocage.

Le TPIB voulait voir clair dans les allégations de la CTC contre la société qu’elle considère comme « une pseudo entreprise […] non reconnue dans le fichier des contribuables de l’Etat et travaillant dans le secteur tabacole en toute clandestinité ». Joshua Meerapfel saisit la justice camerounaise parce qu’il estime que « [la CGWG] a procédé à l’achat des produits tabacoles auprès des planteurs [que la CTC a subventionnés] ».

Dans son réquisitoire, M. Meerapfel estime avoir ainsi perdu « plus de 100 tonnes de tabacs pour une valeur de près d’un milliard de FCFA, sous réserve des constatations idoines ultérieures ». En tous les cas, la CTC demande au tribunal de « désigner un administrateur séquestre de tous les stocks de tabac clandestinement acquis par la CGWG SARL et se trouvant dans ses divers entrepôts ou entre les mains de tous tiers, afin de sauvegarder et préserver les droits et intérêts de la requérante ».

« La CTC m’a trompé »

Devant ces accusations, la CTC décide de montrer patte blanche. Selon les responsables de cette entreprise, elle est bien connue des pouvoirs publics. En témoignent les documents auxquels Repères a eu accès. Au plan juridique, la CTC brandit l’acte de déclaration de souscription et de versement de capital et des statuts de la société, l’acte de dépôt d’acte de notaire au greffe du tribunal de première instance de Ba-touri et la déclaration de constitution de personne morale toujours au même greffe.

Une attestation de non redevance, une carte de contribuable et une attestation de localisation valent à la CTC la délivrance d’une attestation d’inscription au fichier des exportateurs de tabacs par la délégation régionale du Commerce de l’Est. Laquelle a, le 13 janvier 2021 à Mandjou, effectué une vérification des instruments de mesure de la CGWG. Qui présente ses statistiques de la récolte 2020 aux délégués régionaux du Commerce, et de l’Agriculture.

Ainsi qu’au préfet du département de la Kadéy qui avait été saisi par la CTC pour « dénoncer » la clandestinité de la CGWG. Il ressort de ces correspondances en date du 18 janvier 2021 que l’entreprise encadre 400 planteurs qui cultivent sur 82 ha. Au total, ils ont produit des tabacs de cape et de coupe pour…41 tonnes dont la valeur monétaire est estimée à un peu plus de 36 millions de FCFA.

Sur le terrain, plusieurs planteurs de tabacs admettent être encadrés par la CGWG à qui ils vendent les produits de leurs récoltes. Contrairement à ce qu’allègue la CTC, des planteurs de la CGWG lui vendent leurs tabacs. Comme l’affirme Samuel Ngueou, le chef du village Borguene Foncha : « […] J’ai vu certains planteurs [de la CGWG] vendre leurs récoltes à la CTC. » L’homme cite alors « mes enfants Alfred Kamba et Dieudonné Lande ». Ce que confirme le premier nommé : « Je suis planteur de tabac dans la zone de Borguene Foncha. J’ai reçu l’outillage de la société CGWG. A la récolte, les acheteurs de la CTC m’ont trompé et ont tout acheté. »

Justice rendue

Le 4 février 2021, jour de l’audience en référés heure à heure au TPIB, le verdict tombe : le juge n’accède pas à la demande de la CTC de désigner un administrateur séquestre. Selon les parties, « il a été démontré que la CGWG n’était pas une société clandestine et que ses tabacs étaient bien produits « à partir d’une procédure de subvention transparente des planteurs ». Après ce délibéré, la CTC n’entend pas rester les bras croisés. La bande à Joshua Meerapfel voudrait épuiser toutes les voies de recours que lui offre la loi en la matière pour avoir gain de cause.

Pour rappel, ce n’est pas la première fois que des entreprises qui opèrent dans le secteur des tabacs à l’Est s’étripent autour des planteurs. Le phénomène a toujours été la pomme de discorde entre elles, les unes attendant toujours que les autres subventionnent les planteurs pour venir leur souffler leurs récoltes contre des espèces sonnantes et trébuchantes. La tactique réussit toujours dans un contexte de pauvreté ambiante généralisée. Dans ce milieu, c’est à qui atteindra le plus rapidement possible les planteurs que reviendront leurs récoltes.

Source: Actu Cameroun

Vous êtes témoin d'un fait, vous avez une information, un scoop ou un sujet d'actualité à diffuser? Envoyez-nous vos infos, photos ou vidéos sur WhatsApp +237 650 531 887 ou par email ! Les meilleurs seront sélectionnés et vérifiés par la rédaction puis publiés sur le site.