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Business News Fri, 28 May 2021

Climat des affaires : le chantage odieux du Gicam

Le patronat prédit un assèchement du marché en produits de grande consommation, si la Beac n’assouplit pas ses mesures. Toutes choses qui courroucent la banque centrale, qui voit ses réserves de change érodées du fait du non-respect de la réglementation par les hommes d’affaires.

La crise qui oppose le groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam) à la banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac), au sujet de l’apurement de domiciliation des importations des biens et services, connaît de nouveaux rebondissements. Après que le président dq Gicam, Célestin Tawamba, a vainement tenté d’obtenir du ministre des Finances un assouplissement des mesures mises en œuvre par la Banque centrale, il s’est tourné vers ses pairs de la Cemac.

Réuni il y a quelques jours autour de l’Union des patronats d’Afrique centrale (Unipace), les opérateurs économiques de l’espace communautaire font savoir que si la réglementation n’était pas assouplie en matière d’exportation des devises, de graves conséquences pèseraient sur l’économie notamment en ce qui est de l’approvisionnement du marché.

En fait, les opérateurs économiques mettent à l’index la rigidité de la Beac face aux difficultés d’approvisionnement en devises, qu’ils rencontrent dans les opérations d’importation des biens et services au sein de l’espace communautaire. Ces derniers qui ne cessent de dire que les mesures de l’institut d’émission sont désastreuses pour l’activité économique, en ce sens qu’elles limitent les capacités d’action des opérateurs économiques, prédisent de sombres desseins pour les ménages. Chantage à la pénurie, freins à la production, mesures «économicides», etc., sont entre griefs qui sonnent la charge contre l’institut d’émission.

Du coup, face à l’activisme des patrons de la Cemac et surtout du Gicam, la banque centrale se montre intransigeante et sort de ses gonds. Pour des responsables de cette institution, les opérateurs économiques évoluent dans une opacité totale et font prospérer une économie de la fraude. «Les agents économiques sont des champions de cette dernière et développent à travers les organisations patronales, des logiques de chantage à la pénurie pour qu’on les laisse continuer d’évoluer dans l’opacité», rage la Beac.

Le chantage des patrons laisse éclater le courroux de la Beac. Dans une correspondance adressée aux établissements de crédit le 24 mai 2021, l’institution prévient que «tout dossier de transfert présenté à la Banque centrale concernant un agent économique, n ‘ayantpas procédé à l’apurement de précédents dossiers de transferts préfinancés, sans considération de l’établissement de crédit ayant transmis le dossier, sera rejeté d’office sans préjudice de l’application des sanctions en vigueur».

Pour la Banque centrale, le fait que les opérateurs économiques exigent six mois supplémentaires pour produire des documents tels la facture définitive, le connaissement, la note de frais, la note de débit, la déclaration en détail délivrée par l’administration des douanes, la quittance de paiement dès droits de douane liés à l’importation, la lettre de voiture, le procès-verbal provisoire des recettes est incompréhensible.

D’après les responsables de l’institut d’émission. c‘est un moyen de gagner du temps pour dissimuler les preuves de la fuite des capitaux, parce que les opérateurs économiques fraudent avec la transparence.

«Les seuls documents exiges sont la facture définitive, le connaissement et la quittance en douane. Ce sont des documents dont ils disposent quand ils importent les marchandises ; nous ne comprenons pas pourquoi il faut un moratoire pour nous les fournir», éclaire un responsable de la Beac.

Pour l’institut d’émission, «si le dossier d’un agent économique n ‘est pas apuré dans un établissement de crédit A, le transfert ordonné par ce même agent économique dans un établissement de crédit B sera automatiquement rejeté par la Banque centrale. Le non-respect de la nomenclature équivaut à une absence de transmission des documents d’apurement. La transmission à la Banque centrale des documents illisibles et inexploitables, équivaut à une absence de transmission des documents d’apurement».
Source: L'Anecdote n°1182