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Contrebande et contrefaçon : le fléau prend de l’ampleur au Cameroun

Fausse Usine Clando Camerounweb Une unise clandestine de fabrication de fausses boissons

Mon, 30 Aug 2021 Source: CONFIDENTIEL N 107

Décidemment, le trafic et la vente des vins, liqueurs, spiritueux et boissons gazeuses ont le vent en poupe au Cameroun. Est-ce toujours le manque d’emploi qui pousse certains camerounais à se lancer dans la fabrication des boissons contrefaites, et ce, sans toutefois se soucier des dégâts que cela aura sur la santé des potentiels consommateurs. A partir de quel moment ces derniers ont-ils perdu toute notion de morale? Selon la Chambre de commerce, de l’industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun, chaque année le pays perd environ 255 milliards de FCFA du fait des activités de contrebande, de contrefaçon et de commerce illicite.

Dans le cadre de l’opération « Halte au commerce illicite, lancée par l’administration douanière pour sécuriser l’espace commercial du pays, la douane a pu intercepter dans la nuit du 17 au 18 novembre 2020, 540 bouteilles de Martini, 25 bouteilles de Champagne, 67 bouteilles de Chivas et 10 cartons de vin rouge dans la région du Sud.

Malheureusement, les contrebandiers ne se contentent plus de la vente desdits produit. Ces derniers se sont également lancés dans la production et la commercialisation de ces produits contrefaits. Le 09 février 2021, les forces de maintien de l’ordre en patrouille au quartier Camp Sic Nlongkak à Yaoundé, tombe sur des individus en possession de deux cartons de faux Whisky. Après audition des infortunés, ceux-ci vont les conduire vers usine de fabrication clandestine qui se trouve au quartier Elig –Edzoa.

Suite à cette perquisition, le bilan est terrible, un important stock de vin, du Champagne frelatés, un fût d’Ethanol, des vignettes CEMAC pour estampiller sur les produit et attester de leur entrée régulière dans le marché de la sous-région. Des vignettes Cemac de plusieurs produits Guiness, St James, Moet, Black Lebel et autres. Mais aussi des bouchons et capsules, des colorants, et même du cannabis. Une découverte qui remet sur la table le circuit de transit de ces produits. Comment les tenanciers de cette usine clandestine ont-ils pu entrer en possession des vignettes CEMAC pour estampiller sur les produits lorsqu’on sait que celles-ci ne s’achètent qu’au ministère des finances et ceci après présentation d’un document qui atteste de l’importation d’un stock important de boissons alcoolisées. Pourquoi le voisinage qui a condamné cette industrie de fortune qu’elle par ailleurs considéré étant un facteur d’insécurité dans le quartier, mais aussi de diverses maladies ne s’était jamais plaint auprès des autorités compétentes. Le mal, est beaucoup plus profond que ça.

La pauvreté ambiante, l’appât du gain facile ou alors l’avoir d’un plus gros bénéfice poussent beaucoup de personnes en quête de bien-être à user de tous les moyens pour parvenir à leurs fins. Et pour fonctionner, celles-ci ont très souvent besoin de matière première comme l’éthanol, des bouteilles des timbres et vignettes. Cependant , selon nos différences recherches, pour entrer en possession d’un nombre important de vignettes, le vendeur qui importe les spiritueux ou qui a une entreprise légale, doit au préalable envoyer un bon de commande des vignettes et timbre au ministère du commerce, puis au ministère des finances. Après commande, ces ministères déploient des équipes sur le terrain pour vérifier de l’effectivité des boissons en stocks. Par quelle alchimie ces producteurs véreux parviennent à entrer en possession des vignettes et timbres qu’ils apposent sur ces produits s’ils n’ont pas suivi le circuit normal. Par ailleurs comment s’approvisionnent-ils en intrants. Des produits toxiques qui parviennent à retrouver dans les lieux de loisirs, sans oublier qu’ils portent gravement atteinte à la santé des consommateurs.

C’est pour lutter contre cette contrefaçon et contrebande que les équipes de la Brigade nationale de contrôle et de répression des fraudes du ministère du commerce, appuyées par les éléments de la Gendarmerie nationale ont mené des opérations « coup de poing » les 13 et 14 février 2021 dans la ville de Yaoundé.

Au cours de cette opération, il était question de retirer des comptoirs, les bouteilles non estampillées, et celles qui jusque-là étaient estampillées par des anciennes vignettes c’est-à-dire des vignettes comportant 13 caractères dont 3 lettres, celles dont les vignettes ne renvoyaient à aucune information ainsi que celles dont les informations ne concordaient pas avec le produit estampillé. Et au-delà des «nightclub», des «snacks» et des débits de boissons, les contrôleurs du ministère du Commerce, ont également inspecté les différentes rues et artères ainsi que d’autres espaces marchands de la métropole politique. Une descente de la brigade nationale de contrôle et de répression des fraudes du ministère du commerce qui avait permis de mettre la main sur un important stock de whiskys et de champagnes de mauvaise qualité.

Face à cette énième découverte, le ministère du commerce a invité les consommateurs des liqueurs et spiritueux à plus de vigilance face aux produits qu’ils achètent. Il a par ailleurs appelé les populations à s’impliquer dans cette bataille à travers des dénonciations via le numéro d’utilité publique qu’est le 1502 afin d’éradiquer définitivement ces fléaux qui mettent à mal l’économie camerounaise et aussi la santé des consommateurs. De plus, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a fait de la lutte contre la contrebande et la contrefaçon un de ses chevaux de bataille, et y tient comme à la prunelle de ses yeux.

Au terme d’une énième opération de contrôle des prix des produits de grande consommation dans quelques magasins de Yaoundé, le 01 avril 2021, le patron du maroquin du Commerce semblait exulter des progrès menés par ses services pour éradiquer la contrebande et la contrefaçon. A l’occasion, il avait révélé l’opérationnalité d’une application mise sur pied par son ministère afin de détecter les fausses vignettes sur les vins. Bien qu’elle ne soit pas encore mise à la disposition du grand public, elle était déjà utilisée par les équipes de la Brigade de contrôle. Vous pouvez vous rapprocher d’elles pour en savoir davantage avait-il souligné.

Annoncée depuis 2016, l’opérationnalité de cette application numérique vient ainsi mettre fin à quatre longues années d’attente. Pour arrêter la saignée, une synergie entre les associations de consommateurs, les forges de sécurité, l’Agence des normes et de la qualité (Anor) et le ministère du Commerce ainsi que les producteurs reconnus légalement s’avère indispensable.

Source: CONFIDENTIEL N 107