EXCLUSIF : Voici la liste de ceux qui exploitent l'or au Cameroun

Or Du Cameroun L'or camerounais ne se perd pas dans la nature

Mon, 8 Jun 2026 Source: www.camerounweb.com

Un rapport du ministère camerounais des Mines vient de recenser 216 sociétés minières opérant dans des conditions jugées irrégulières ou illégales sur des sites aurifères du pays. Les inspecteurs ont relevées de nombreuses infractions, notamment l’exploitation sans autorisation, le non-respect des obligations environnementales et l’occupation illégale de sites miniers. L’on s’interroge également sur la destination réelle de l’or extrait au Cameroun et sur la crédibilité de certaines estimations faisant état d’une production de 44 tonnes d’or entre 2021 et 2026, alors que le pays ne dispose pas de mines industrielles capables d’atteindre de tels volumes.

216 sociétés, c'est la vérité que les registres officiels révèlent mieux que n'importe quelle enquête. Le ministère des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique (MINMIDT) a lui-même dressé la liste froide, administrative, implacable des sociétés opérant sur les sites aurifères du Cameroun en dehors du cadre réglementaire. Des dizaines de noms. Des dizaines de situations irrégulières. Et en toile de fond, une question qui dérange : OÙ VA L'OR CAMEROUNAIS ET À QUI BÉNÉFICIE-T-IL RÉELLEMENT?

216 SOCIÉTÉS DANS LE COLLIMATEUR DE L'ÉTAT

Contrairement à certaines affirmations largement relayées sur les réseaux sociaux, ce n'est pas dans les rumeurs qu'il faut chercher les responsables c'est dans les archives du MINMIDT. Le rapport administratif recense au moins 216 sociétés minières présentes sur différents sites aurifères du pays faisant dans l'exploitation aurifère et dans des situations jugées irrégulières, illégales ou ayant fait l'objet de sanctions administratives.

Dans le département du Mbéré, plusieurs exploitants sont explicitement signalés comme opérant sans autorisation : Jing Fing, Amir Mining, Garga Mining, ou encore les entités NSO 1, NSO 2 et NSO 3 Mining. Le document mentionne également des personnes physiques directement associées à ces activités Aniele Eugène, Cobio, Mama, Moustapha Halil, Kuete Gustave, Bowe Renaud Baowoh, Ernest Ngoh Fonang, Djombi Emile Zoller, Begoume David, Njapo Thierry, Yawoui Alex et Niezom Georges Marcial.

Par ailleurs, le Ministère des Mines, de l'Industrie et du Développement Technologique dresse une liste des sociétés dont les autorisations d'exploitation artisanale semi-mécanisée ont été retirées pour non-respect des obligations contractuelles et environnementales : Fu Yuan FY SARL, Yahong Mining SARL, SOMCA, Compagnie Shunda SARL, Tiangong, Duc In Altum Mining SARL, MBC Mining SARL, Golden Sand, Rising Consulting SARL, Mining Factory I et II, Silverstone Mining, Batouri Mining Plus, Nouvelle Vision Mining SARL, Galaxy Mining SARL, Green Stones and Metals, NRM Holding, Xin Yuang, et plusieurs autres.

CE QUE LES INSPECTEURS DU MINISTÈRE DES MINES ONT VU SUR LE TERRAIN

Les observations consignées dans le rapport par les agents de l'État parlent d'elles-mêmes.

Derrière le jargon administratif se dessine un tableau accablant :

●Site stérile,

●Jamais installée sur le site,

●Déplacement hors du périmètre attribué,

●Recherche de partenaires technico-financiers,

●Occupation du site par une autre société,

●Exploitation sans autorisation.

Ces formulations ne sont pas anodines. Elles décrivent un secteur où la règle est l'exception, et l'exception est devenue la norme.

Les motifs de retrait d'autorisation sont tout aussi révélateurs :

●Non-respect des obligations environnementales,

●Abandon de sites,

●Exploitation hors périmètres attribués,

●Incapacité chronique à atteindre les seuils minimaux de production exigés par la réglementation camerounaise. Autant d'infractions qui, ensemble, dessinent le portrait d'un secteur aurifère largement livré à lui-même.

LE MYTHE AUTOUR DES 44 TONNES D'OR PRODUIT ENTRE 2021 ET 2026

C'est ici que le scandale prend une tout autre dimension. Le Cameroun ne dispose aujourd'hui d'aucune mine industrielle d'or en exploitation capable de produire plusieurs tonnes par an. L'activité aurifère nationale demeure essentiellement artisanale ou semi-mécanisée les chiffres du MINMIDT le confirment implicitement. Dans ces conditions, comment expliquer que certaines données attribuent au pays des volumes de production qui supposeraient l'existence d'infrastructures industrielles que le Cameroun ne possède tout simplement pas ?

Produire 44 tonnes (44 000 kg) d'or en cinq ans, comme certains chiffres ont pu le laisser entendre, supposerait des capacités d'extraction que rien sur le terrain ne vient confirmer. Les spécialistes du secteur minier africain s'interrogent ouvertement. Et les réponses officielles, elles, se font attendre.

LE CAMEROUN, PLATEFORME DE TRANSIT POUR L'OR D'AILLEURS ?

La géographie a ses avantages et ses vulnérabilités. Situé au carrefour de l'Afrique de l'Ouest et de l'Afrique centrale, le Cameroun occupe une position stratégique que les réseaux de contrebande n'ont pas négligée. Plusieurs enquêtes internationales ont mis en évidence des circuits permettant l'entrée frauduleuse d'or provenant du Nigeria, de la République centrafricaine, du Soudan, de la RDC ou encore du Niger.

Une fois introduit dans ces circuits, le métal précieux peut être réexporté sous pavillon camerounais vers des places commerciales internationales. Dubaï figure parmi les destinations les plus fréquemment citées : la cité des Émirats est devenue l'un des principaux centres mondiaux de raffinage et de négoce de l'or africain, où l'opacité sur l'origine du métal reste structurelle. Ce système permet à certains réseaux d'effacer les traces de provenance et de contourner les dispositifs nationaux de traçabilité.

Le rapport du MINMIDT apporte un enseignement supplémentaire, souvent négligé : les noms régulièrement agités sur les réseaux sociaux comme responsables du pillage de l'or camerounais ne correspondent pas aux opérateurs officiellement recensés, connus par les services de l'État. La désinformation, dans ce secteur comme dans d'autres, sert parfois d'écran de fumée elle désigne des coupables commodes pendant que les vrais circuits prospèrent dans l'ombre.

L'ÉTAT CAMEROUNAIS FACE À SES PROPRES REGISTRES

Il reste maintenant à savoir ce que les autorités entendent faire de leur propre documentation. Car l'État ne peut pas, d'un côté, recenser dans ses archives des dizaines de sociétés opérant en dehors du cadre légal, et de l'autre, laisser prospérer le silence sur les suites données à ces constats. Quelles sanctions ont été effectivement appliquées ? Quels sites ont été fermés ? Quels dossiers ont été transmis à la justice ?

L'or camerounais ne se perd pas dans la nature. Il part quelque part. Et tant que les réponses à ces questions resteront sans écho officiel, le registre du MINMIDT restera ce qu'il est pour l'instant : la preuve que l'État sait et que savoir ne suffit pas.

Shance Lion

Source: www.camerounweb.com