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Entreprises européennes au Cameroun: l'offensive britannique malgré l'emprise de la France

Entreprise Britanique Camerounweb.jpeg La Grande Bretagne est très active dans le secteur de l'énergie au Cameroun

Tue, 13 Jul 2021 Source: Investir au Cameroun N° 111-112 / juillet-aout 2021

Depuis belle lurette, et en dépit des soubresauts séparatistes qui ont pris de l’ampleur dans sa partie anglophone (régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest) depuis fin 2016, le multiculturalisme du Cameroun, consécutif au fait que ce pays soit l’un des rares à avoir été à la fois sous la coupe coloniale française et britannique, lui est envié jusqu’à ce jour.

Mais, malgré ce double héritage, au sein de l’opinion, le Cameroun est toujours présenté comme un partenaire privilégié de l’ancienne métropole française. Même si cette perception est aujourd’hui contrebalancée par le printemps chinois vécu au Cameroun depuis quelques années, notamment au plan de la coopération économique, force est de constater que le spectre de la France plane toujours davantage sur les relations diplomatiques et économiques du Cameroun, que celui du partenaire britannique. Pourtant, à observer de prêt, l’empreinte britannique au Cameroun n’est pas moins importante.

Bien que moins ronflante et beaucoup plus discrète, cette empreinte se veut d’ailleurs un peu plus prégnante depuis quelques années, avec des investissements dans des secteurs stratégiques de l’économie nationale. Il en est ainsi des secteurs pétroliers et gaziers, de l’électricité et désormais de l’immobilier.

Même le secteur financier, notamment le segment de l’assurance, a récemment vu arriver un investisseur britannique, et pas des moindres. C’est cette présence britannique dans le landernau économique camerounais, qui est visiblement éclipsée par la déferlante chinoise et le lien historique beaucoup plus marqué avec la France, que nous essayons de révéler dans le présent dossier. En quelques tableaux. Pas exhaustifs, mais parmi les plus significatifs.

Un secteur de l’électricité aux couleurs british

Le Fonds d’investissement britannique Actis a annoncé, le 14 septembre 2015, avoir cédé à un consortium contrôlé par le fonds norvégien Norfund et l’institution de financement britannique CDC Group, Globeleq Africa, sa filiale spécialisée dans la production indépendante de l’énergie électrique dans plusieurs pays africains. Le montant de la transaction est de 227 millions de dollars, soit environ 125 milliards de FCFA. Globeleq Africa avait pris possession des centrales à gaz et à fuel de Kribi et de Dibamba, au Cameroun, après le rachat d’Eneo par Actis. Ces deux centrales électriques, d’une capacité cumulée de 304 MW, font du Cameroun le principal producteur du réseau énergétique de Globeleq Africa sur le continent noir, devant la Côte d’Ivoire (288 MW avec la centrale d’Azito) et l’Afrique du Sud (trois centrales solaire et éolienne d’une capacité globale de 238 MW). La cession des centrales de Dibamba et de Kribi au consortium NorfundCDC Group renforce les engagements du groupe britannique dans le secteur de l’électricité au Cameroun.

En effet, le CDC Group est déjà le principal actionnaire d’Actis, qui en est une simple émanation. « Actis a été créée en 2004, à la suite d’une restructuration de CDC visant à apporter plus de capitaux propres dans les pays en développement et les deux organisations ont une histoire commune », confesse le groupe sur sa plateforme. Cette réalité fait de GDC Group le leader du secteur de l’électricité au Cameroun, dans la mesure où, en plus de contrôler deux centrales produisant 304 MW dans le pays, depuis 2014, l’institution de financement britannique détient également, à travers Actis, 51% du capital d’Eneo, le concessionnaire du service public de l’électricité au Cameroun. Mais, la concurrence s’annonce rude avec l’avènement du Français EDF dans le secteur. En effet, avec 40% des actifs, le groupe français est actionnaire majoritaire de Nachtigal Hydro Power (NHPC), la société du projet d’aménagement d’un barrage d’une capacité de production de 420 MW dans la région du Centre du Cameroun. Cette infrastructure, qui augmentera de 30% d’un seul coup les capacités du pays, sera pleinement opérationnelle dès mars 2024, selon le chronogramme des activités.

Source: Investir au Cameroun N° 111-112 / juillet-aout 2021