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Fragilisé en Europe, Bolloré mal barré au Cameroun

Mon, 11 Jan 2021 Source: L'Essentiel N°326

Soupçonné par la brigade financière italienne d'avoir manipulé les cors de titres financiers, accusé de promouvoir l'extrême droit sur sa chaîne de télévision Cnews, l'homme d'affaires français Vincent Bolloré voit également pâlir dans le fleuron de son empire logistique africain : le Cameroun. S'il y demeure puissant, la perte de la concession du port de Douala signe la fin d'une époque.

Chapeau sombre vissé sur la tête, M. Cyrus Ngo'o quitte son domicile pour le port autonome de Douala, la société d'Etat qu'il dirige. Ce 2er janvier 2020, il retrouve des employés réunis sur un quai. C'est une journée particulière, et pas seulement parce c'est la première journée de l'année : leur entreprise, qui administre le principal port du Cameroun, reprend le contrôle de son terminal à conteneurs. La veille encore, cette infrastructure hautement stratégique était gérée par Douala International Germinal, la société créée par le groupe français Bolloré et son associé danois AP Moller-Maersk. Significatif, le changement ne va pas de soi pour tout le monde : les deux multinationales ont cherché à prolonger leur contrat et se sont heurtés au refus de l'autorité portuaire. Une longue bataille s'est engagée et à la surprise générale, le Français, pourtant réputé tout-puissant a dû s'incliner. Devant les salariés qu'il est venu encourager en ce jour férié non-chômé pour eux, M. Ngo'o évoque ce bras de fer : 'Ceux à qui nous avons confié ce terminal pendant quinze ans ont estimé qu'ils ne devraient pas partir. Mais nous, nous estimons qu'un contrat à un début et une fin. Et la fin de contrat, c'était hier". Jamais le groupe Bolloré n'a connu un tel échec au Cameroun.

L'histoire de cette défaite lève un coin du voile qui recouvre depuis des décennies, les relations franco-camerounaises, faites de faux-semblants, des coups de pression et de jeux d'influence mêlant affaires, diplomatie et politique. Tout commence en 1986, lorsque le groupe Bolloré s'implante au Cameroun en rachetant à la Compagnie financière de Suez une entreprise de logistique installée dans le pays depuis les années 1940.

Par la suite, il profite d'un programme de privatisations mené sur l'injonction des institutions financières internationales : il obtient en 1999, pour trente-cinq ans, une concession ferroviaire (Camrail), il investit dans des plantations de palmiers à huile et remportes-en 2004n avec AP Moller-Maersk, la concession du terminal à conteneurs de Douala, par lequel entrent et sortent 95% des marchandises du Cameroun, du Tchad et de la République Centrafricaine. Il se boit aussi octroyer la gestion du terminal à bois de ce même port en 1994 et décroche en 2015 un terminal à conteneurs au nouveau port de Kribi en association avec la China Harbour Engineering Company et la compagnie maritime d'affrètement-compagnie générale maritime française. Le groupe hexagonal devient ainsi incontournable, tout en étant l'un des plus gros employeurs privés du pays avec environ trois mille emplois directs : ses filiales réceptionnent, dédouanent, stockent les marchandises (bois, pétrole, gaz, produits de grande consommation etc.) et les transportent par voie routière, aérienne et ferroviaire.

Source: L'Essentiel N°326

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