GAZ DOMESTIQUE : Le Cameroun face à un nouveau défi après le départ du Hilli Episeyo

Duel De Mastodontes Gaz La tension actuelle dépasse ainsi la simple indisponibilité ponctuelle de quelques bouteilles

Fri, 18 Sep 2026 Source: www.camerounweb.com

Le Cameroun fait face à des tensions dans l’approvisionnement en gaz domestique, notamment à Douala, sur fond de hausse de la consommation et de recul de la production locale. Le départ en juillet 2026 du Hilli Episeyo, qui contribuait à hauteur d’environ 30 000 tonnes de GPL par an, a accru la dépendance du pays aux importations.

Depuis plusieurs semaines, trouver une bouteille de gaz devient plus difficile dans certaines villes camerounaises, notamment à Douala. Derrière ces tensions se dessine un problème plus structurel : la progression de la consommation, les difficultés de certains distributeurs et la baisse de la production locale obligent le Cameroun à renforcer massivement ses importations de GPL.

Le départ, en juillet 2026, de l’unité flottante Hilli Episeyo, installée au large de Kribi depuis 2018, constitue un tournant. Selon les explications données fin août par le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, les activités associées à cette installation permettaient de mettre à disposition environ 30 000 tonnes de GPL par an, soit un volume correspondant, selon lui, à environ une bouteille de gaz sur trois produite localement. Le ministre indiquait qu’après ce départ, l’approvisionnement du marché reposait désormais entièrement sur les importations.

UNE CONSOMMATION QUI CONTINUE DE PROGRESSER

La pression intervient alors que les besoins augmentent. Entre janvier et juillet 2026, 132 902 tonnes de GPL ont été mises à la consommation au Cameroun, contre 125 085 tonnes durant les sept premiers mois de 2025. Cela représente 7 817 tonnes supplémentaires en un an, soit une progression de 6,2 %.

La dépendance extérieure était déjà considérable avant les difficultés actuelles. En 2025, le Cameroun avait importé 150 420 tonnes de butanes liquéfiés, pour une valeur douanière de 56,159 milliards de FCFA.

À ces contraintes structurelles s’ajoutent les difficultés de la SCTM, longtemps l’un des principaux distributeurs du pays. À fin juillet 2026, l’entreprise avait commercialisé 17 692 tonnes, soit 13,31 % du marché, derrière Tradex et ses 18 772 tonnes. Le gouvernement avait reconnu des problèmes d’approvisionnement de la SCTM et annoncé des discussions avec ses créanciers sous l’égide de la CSPH.

60 000 TONNES SUPPLÉMENTAIRES RECHERCHÉES

Face aux besoins, le gouvernement a lancé le 1er septembre 2026 un appel d’offres portant sur l’importation de 60 000 tonnes de GPL, réparties en deux lots de 35 000 et 25 000 tonnes.

L’ampleur de l’opération est significative : ces 60 000 tonnes représentent près de 40 % de toutes les importations camerounaises de butane de 2025. Elles correspondent théoriquement à environ 4,8 millions de bouteilles de 12,5 kg. En appliquant simplement le coût moyen déclaré à l’importation en 2025, le volume représenterait un ordre de grandeur de 22,4 milliards de FCFA, sans que ce calcul puisse être assimilé au montant réel du marché.

LA SCDP CONTESTE L’EXISTENCE D’UNE PÉNURIE STRUCTURELLE

La Société camerounaise des dépôts pétroliers nuance cependant le diagnostic. Dans une communication publiée cette semaine, la SCDP parle d’une « tension localisée » plutôt que d’une pénurie nationale.

L’entreprise reconnaît plusieurs difficultés simultanées : hausse de la consommation nationale qu’elle estime actuellement à environ 15 %, arrêt de la production de gaz à Bipaga représentant une baisse d’environ 2 000 tonnes par mois, retard de certains butaniers, difficultés chez des distributeurs et comportements spéculatifs.

Mais elle affirme disposer de stocks permettant de continuer à alimenter le marché. Au 16 septembre, un nouveau chargement était d’ailleurs en cours de déchargement au dépôt de Bonabéri.

BONABÉRI : DE 2 500 À 3 500 TONNES DE STOCKAGE

L’autre bataille concerne les capacités de stockage. À Bonabéri, la mise en service d’une nouvelle sphère de 1 000 tonnes a fait passer la capacité du dépôt de 2 500 à 3 500 tonnes, soit une hausse de 40 %.

Une nouvelle sphère est en cours d’achèvement. La SCDP prévoit, à terme, de porter la capacité totale du dépôt à 5 500 tonnes et ses capacités de chargement d’environ 1 000 à près de 2 000 tonnes de GPL par jour.

Les chiffres résument donc le défi : 132 902 tonnes consommées en sept mois, une demande en progression, 150 420 tonnes déjà importées en 2025, une production locale affaiblie et désormais 60 000 tonnes supplémentaires recherchées sur le marché international.

La tension actuelle dépasse ainsi la simple indisponibilité ponctuelle de quelques bouteilles. Elle pose une question stratégique : comment sécuriser durablement l’approvisionnement du Cameroun en gaz domestique alors que le pays devient davantage tributaire des cargaisons importées, de leur arrivée à temps et de capacités de stockage encore en développement ?

Boris Bertolt

Source: www.camerounweb.com