Le grand bradage de la souveraineté camerounaise : De la terre aux coffres-forts, la politique du fait accompli

PAUL MOTAZE SOCIETE GENERALE 02 Il est temps que l'économie camerounaise soit pensée par et pour les Camerounais

Sun, 30 Aug 2026 Source: www.camerounweb.com

Au Cameroun, l’on assiste à une perte progressive de la souveraineté économique et foncière du Cameroun. La cession d’une partie du capital de la General Bank of Cameroon au groupe ivoirien NSIA et le conflit autour d’une concession de chasse de 1 640 km² dans le Nord, impliquant des investisseurs français, en sont des exemples.

Une Nation se définit par son sol, son peuple et les leviers stratégiques qui lui permettent de dicter son propre destin.

Lorsque l’État abdique sa souveraineté économique au profit d’intérêts extérieurs, le citoyen est en droit de s’interroger.

Le régime de Yaoundé a-t-il entrepris une entreprise méthodique de dépossession des Camerounais ? La question, abrupte mais nécessaire, s'impose au regard de l'actualité financière et foncière de notre pays.

Entre la gestion opaque de nos immensités territoriales et la cession de gré à gré d’un joyau bancaire tout juste nationalisé, la coupe de la suspicion est pleine.

Analyse froide et objective d’une dérive qui menace l'avenir des générations futures.

L’AFFAIRE GENERAL BANK OF CAMEROON : LE HOLD-UP DU GRÉ A GRÉ

L'histoire récente de l'ex-Société Générale Cameroun aurait dû être une victoire pour le nationalisme économique.

En rachetant les 58,08 % de parts du groupe français pour 129 milliards de F CFA, hissant sa participation globale à 83,68 %, l'État camerounais actait la naissance de la General Bank of Cameroon. On célébrait alors, peut-être trop vite, cette parcelle de souveraineté conquise par le truchement de la deuxième banque du pays.

La désillusion fut immédiate. Par le mécanisme d'une note présidentielle court-circuitant toute procédure d'appel d'offres international ou de mise en concurrence transparente, la Présidence de la République a imposé une reprise de gré à gré. Le verdict est sans appel : 50 % des actifs sont cédés au groupe ivoirien NSIA, tandis que la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) récupère 33,7 %.

L'objectivité oblige à reconnaître que NSIA est un groupe panafricain solide et légitime, et que la présence de la CNPS maintient une part d'ancrage camerounais. Mais l'approche pose une question éthique et stratégique majeure : pourquoi avoir privé les capitaux privés camerounais d'une telle opportunité ?

En confiant le contrôle majoritaire à une entité juridiquement étrangère sans aucune transparence du marché, le pouvoir central envoie un signal de défiance terrible envers le secteur financier et les entrepreneurs locaux. C’est la consécration de l'opacité au détriment de l'émancipation économique nationale.

LE MIROIR DU NORD : 1640 KM2 DE TERRES ABANDONNÉES À L’OLIGARCHIE OCCIDENTALE

Ce réflexe de dépossession ne s'arrête pas aux portes des banques de Douala ou de Yaoundé ; il s'étend profondément dans l'arrière-pays.

Pendant que les Camerounais s'écharpent sur la scène financière, la Cour suprême suspendait les procédures autour d'une immense concession de chasse de 1 640 km² dans la région du Nord. Un conflit surréaliste opposant deux investisseurs français : l'exploitant Pierre Guerrini et les intérêts de la milliardaire Ariane de Rothschild.

Qu’un territoire d'une telle envergure — plus vaste que certaines capitales occidentales — devienne le terrain de jeu et de dispute de fortunes étrangères dans un tribunal camerounais est le symptôme d'un mal profond.

Certes, le droit domanial stipule que l’État reste le propriétaire ultime et que le pays a besoin d'investissements pour le tourisme de conservation. Mais à quel prix ? Quel est le bénéfice réel pour les populations autochtones, spoliées de leurs terres ancestrales, alors que les dividendes de la faune et de la terre sont arbitrés à huis clos ? L'octroi de telles surfaces sans garde-fous patriotiques s'apparente, qu'on le veuille ou non, à une forme de néocolonialisme consenti par nos propres dirigeants. C’est simplement de la haute trahison!

LE MAL-USAGE DES PROCÉDURES : PSYCHOSE OU RÉALITÉ SYSTÉMIQUE

Dire que le régime Biya cherche consciemment à détruire le Cameroun relèverait de la posture politique stérile. Les partisans du pouvoir y verront une intégration pragmatique dans le capitalisme mondial et une dilution nécessaire des risques financiers pour le Trésor public.

Cependant, la méthode interpelle. Depuis les privatisations imposées par les ajustements structurels des années 1990 (rail, électricité, agro-industrie), le modus operandi reste inchangé : l'exclusion systématique du citoyen camerounais des grands arbitrages économiques.

Lorsque les leviers de souveraineté (la terre, la banque, l'énergie) échappent successivement aux forces vives de la Nation par le biais de décrets ou de décisions de gré à gré, ce n'est plus du pragmatisme : c'est une démission politique. Mal nommer ces dérives ou les accepter en silence, c'est installer une psychose collective ou tuer la puissance légitime d'un noble combat pour l'indépendance réelle du Cameroun.

Il est temps que l'économie camerounaise soit pensée par et pour les Camerounais. L'histoire nous regarde, et ses poubelles sont déjà pleines de ceux qui ont confondu la gestion d'un État avec le bradage d'un patrimoine commun.

Loïc Kodjay

Source: www.camerounweb.com