0

Les cinq propositions de Robert Beidi pour restructurer Camair Co

Tue, 8 Sep 2020 Source: investiraucameroun.com

«?Aucun pays à ce jour ne s’est développé sans avoir une bonne compagnie aérienne en son sein. Le président de la République a ainsi raison d’insister sur le fait que le Cameroun doit avoir une compagnie aérienne qui accompagne son développement et sa voie vers l’émergence à l’horizon 2035. Par ailleurs, l’avion, faut-il le rappeler, est également un marqueur de l’indépendance d’un pays. Le Cameroun doit avoir sa compagnie aérienne. C’est une question de développement économique?; c’est une question de positionnement stratégique dans un monde en pleine mutation, et c’est une question de souveraineté nationale pour la principale économie d’Afrique centrale?». C’est par ce postulat que le financier camerounais Robert Beidi, banquier, assureur et expert en stratégie, explique l’insistance des autorités camerounaises à maintenir en vie Camair Co, la compagnie aérienne nationale, devenue un véritable gouffre financier depuis le lancement de ses activités en 2011.

Tout en se réjouissant des dernières instructions du chef de l’État visant à reprendre l’exploitation de la compagnie dans les délais les plus brefs, de la restructurer et de préparer la cession de 51% des actifs à un partenaire privé, M. Beidi rassure sur le fait que «?l’ouverture du capital probablement à des investisseurs étrangers ne signifie pas perte de contrôle par le gouvernement. Le gouvernement pourra agir tantôt comme régulateur, tantôt comme actionnaire, avec minorité de blocage?».

«?C’est une décision difficile que le président de la République a dû prendre, mais en même temps une décision très appropriée et salutaire pour la société. (…) Aujourd’hui, il est difficile de pratiquer la stratégie de l’isolationnisme dans le transport aérien. Il faut absolument rejoindre un réseau. Ce problème sera très certainement réglé avec la cession de 51% du capital à un partenaire. Par ailleurs, la société gagnera également et très fortement en termes de synergies dans la gestion de son parc de matériels volants, dans la formation, dans l’achat des pièces de rechange et dans les campagnes commerciales?», soutient l’expert en stratégie.

Titrisation de la dette commerciale…

Mais, pour arriver à la privatisation de Camair Co, croit-il savoir, le gouvernement doit pouvoir se donner une période de 24 à 36 mois dédiée à la restructuration de la compagnie, question d’embellir la future mariée, pour mieux organiser les noces avec un partenaire privé. «?Cette restructuration devrait à mon sens avoir cinq composantes : une première composante “actifs”, dans laquelle l’État créerait une “Sinking Company”, c’est-à-dire une société appelée à reprendre les actifs non performants et/ou non stratégiques avec vocation de les liquider par la suite?; il pourrait y avoir des avions à céder s’ils ne répondent plus à la vision stratégique de la société?», soutient Robert Beidi.

Et celui-ci de poursuivre : «?une deuxième composante “passif”, dans laquelle l’État reprendrait tout ou partie de la dette financière de la société qu’il pourrait par la suite restructurer en négociant un rallongement de la maturité (durée de remboursement). Une autre option serait pour l’État d’émettre des titres de créance (obligations) et utiliser le produit pour le remboursement par anticipation de la dette financière de Camair-Co. Dans cette composante, l’État pourrait également renégocier une partie de la dette commerciale de la société et solliciter des créanciers de Camair-Co un effort, une éponge sur une partie de cette dette commerciale. L’État pourrait même titriser cette dette commerciale?».

Réduction significative des effectifs…

Dans la 3e composante focalisée sur le volet «?commercial?», apprend-on, Camair Co devra procéder à ce que M. Beidi appelle «?un repli stratégique sur les routes défendables, sur lesquelles la société a un avantage concurrentiel certain. Il s’agit de l’axe Maroua -Garoua -Ngaoundéré-Yaoundé-Douala. Le monopole que l’État assure actuellement sur cette ligne est un atout qu’il faudra exploiter. Dans cette composante figurera aussi la nécessité d’améliorer la qualité de service, en ayant des horaires réguliers de vol qui seraient respectés?; il y aurait également la nécessite d’informer systématiquement les voyageurs en cas de retard ou d’annulation de vol, la possibilité d’acheter les tickets de voyage auprès des agences de voyages autre que Camair-Co, la possibilité de procéder à une réservation et à l’achat en ligne ou via les opérateurs de téléphonie mobile, etc.?»

La quatrième composante devra, selon l’expert, se focaliser sur la gestion du personnel de la compagnie. «?(…) Très objectivement, il faudra mener un diagnostic qualitatif et quantitatif des ressources humaines et très certainement procéder à des réductions significatives d’effectifs. De toutes les manières, le nouvel investisseur le fera si nous ne le faisons pas auparavant?», suggère-t-il, avant de conclure : «?enfin, une cinquième composante “frais généraux”?», devra permettre «?de procéder à une revue de tous les autres postes de dépenses et les réduire de manière substantielle. Il n’y a ainsi aucun doute que si nous menons cette restructuration de manière rigoureuse, nous réussirons à redorer le blason de l’Étoile du Cameroun et elle demeurera la fierté d’un Cameroun qui gagne?».

Source: investiraucameroun.com

Vous êtes témoin d'un fait, vous avez une information, un scoop ou un sujet d'actualité à diffuser? Envoyez-nous vos infos, photos ou vidéos sur WhatsApp +237 650 531 887 ou par email ! Les meilleurs seront sélectionnés et vérifiés par la rédaction puis publiés sur le site.